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Partager, c'était sympa!...

17 Août 2022, 13:27pm

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

                Le vidéaste Vincent VeVincent et les autres.JPGrzat et son équipe nous avaient annoncé dans une vidéo qu'ils faisaient un break pour mieux rebondir, repartir sur une autre optique. Depuis, beaucoup attendent le retour, au moins de sa casquette. Ils nous disaient dans leur vidéo de clôture qu'il y a un gouffre entre "être conscient" et "agir", que ses vidéos servent souvent "à donner bonne conscience à des militants" dont le seul combat est de visionner des clips de contestation. Et je comprends leur lassitude et leur moment de découragement. Je suis passé par là! Vieux militant écologiste et décroissant, de surcroit objecteur de conscience en pleines Trente-glorieuses, j'ai longtemps crié dans un désert consumériste. A mon sens, si les gens sont conscients mais inactifs, c'est que "le mur est trop grand, trop haut, trop con" comme le dit si bien Vincent. Ils ont bien saisi le problème et je leur souhaite de ne pas en rester là, assis bêtement au pied du mur.

                Si le mur paraît si haut, c'est que tous les problèmes qu'ils ont brillamment soulevés et traités dans leurs vidéos viennent tous d'une même cause, l'argent et l'échange marchand, ce qui induit la nécessité du profit, la prédation sur la nature, l'exploitation des humains, la surconsommation des uns et le manque dramatique pour d'autres… Tant que l'on ne s'attaque pas à cette cause principale, on ne peut rien résoudre. On ne peut qu'adoucir les problèmes, rendre supportable le système qui nous détruit, soulager quelques misères intolérables en se croyant progressiste et humaniste.

                A l'inverse, si on s'attaque à l'argent, au profit, on met le système en danger, on lui enlève un peu de sa puissance. Pour l'instant, peu de gens ont conscience que l'invention d'une société postmonétaire est la seule chose qui puisse provoquer la chute du mur colossal qui s'est construit depuis  deux millénaires. Mais nous sommes de plus en plus nombreux à travers le monde à le comprendre. Et l'effondrement global qui vient fait passer peu à peu les militants "anti quelque chose" à la recherche d'un changement systémique, d'une révolution copernicienne.  

                Si l'équipe de "Partager c'est sympa" relisait leurs vidéos à la lumière du profit et de l'échange marchand, ils découvriraient vite que la seule solution durable passe par l'abolition de l'argent. Ce qui était totalement utopique il y a encore cinquante ans est aujourd'hui techniquement possible. L'informatique permet de savoir en temps réel, et localement autant que mondialement, quelles sont les ressources, les matières, les biens, les services et les productions qui existent et qui peuvent répondre aux besoins biologiques, sanitaires, culturels de tous. Il est maintenant possible d'imaginer une gestion rationnelle et équitable des ressources et des besoins, ce que ni Aristote, ni Marx, ni Keynes ne pouvaient seulement imaginer.

                Cette société innovante, nous l'appelons "la société de l'accès" ce qui nous permet de crier haut et fort "Non au pouvoir d'achat, oui au pouvoir d'accès!" Ce simple slogan ouvre déjà des horizons multiples. Le changement de stratégie, c'est de cesser de se taper la tête contre le mur sans l'ébranler, et d'imaginer un autre monde possible. Un slogan ne suffit pas et il s'agit ensuite de mettre en forme cette société, de la préparer par des expérimentations pratiques, des projections et des théorisations. Voilà qui peut donner sens et motivations à nos luttes environnementales, sociales, politiques.

                Cette sympathique équipe a l'art de partager, de pointer du doigt quelques évidences, d'entraîner derrière elle beaucoup de monde, qualités qui sont à cultiver et non à mettre sous le boisseau. Notre idée postmonétaire met en exergue l'implacable formatage que la société a mis en œuvre. Elle montre jusqu'à l'absurde que ce qu'on nous présente comme des problèmes techniques sont avant tout des problèmes mentaux. La plupart des "plus de quarante ans" ont biberonné aux dogmes capitalistes et sont incapables de sortir de ce formatage. En outre, s'ils y parvenaient, il leur faudrait encore admettre, sans gloire, qu'ils ont été bernés, qu'ils se sont trompés de route. Les jeunes aussi se sont fait avoir, mais ils sont plus souples, plus aptes à changer, moins susceptibles d'être responsables du merdier ambiant que la société marchande leur laisse en héritage.

                Il ne manque à ces jeunes qu'un récit suffisamment précis et argumenté qui donne sens à leur vie, qui leur ouvre des chemins buissonniers. Ils n'ont pas besoin d'une sagesse ancestrale (elles sont toutes issues du monde marchand) ; plus besoin d'un homme providentiel qui leur donne une caisse à outil révolutionnaire (les outils sont usés). Ils ont juste besoin d'une bonne raison de rêver d'un autre monde possible, sans monnaie, sans troc, sans échanges, mais avec l'accès à tout sans condition, par exemple… Ils ont juste besoin de se sentir autorisés à penser autrement que leurs anciens, de savoir que plusieurs collectifs, en France et ailleurs, sont déjà dans la marge, que d'autres ont carrément quitté la page pour écrire un autre livre d'un tout autre genre. Faute de quoi, les jeunes se satisferont de regarder les vidéos de Vincent, de les partager parce que "c'est sympa" et de les liker!...

                Ce qu'il y a de bien avec les collectifs postmonétaires français, c'est que, tout étant à faire, chacun peut y trouver son créneau, chacun peut y apporter son regard singulier, qu'il n'y a pas de limite à l'invention et à la créativité.   

                Bonne reprise donc à toi, Vincent, et à toute ton équipe. JFA

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