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Désargence.over-blog.com

Sans argent, sans intrants !

25 Mars 2020, 15:21pm

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

                Demain, il n’y a plus d’argent !  C’est le postulat que nous posons pour imaginer le devenir de nos sociétés technologiques et productivistes, pour démontrer que nous aurions bien plus à gagner qu’à perdre si un tel bouleversement advenait. Pourtant, en dépit de nombreuses expérimentations, d’une prise de conscience de plus en plus visible, le problème reste toujours mental, bien plus que technique. L’exemple du passage d’une agriculture conventionnelle hautement mécanisée et chimique, à une agriculture biologique est significatif. C’est sans doute un des secteurs d’activités où les problèmes sont les plus criants et l’attachement idéologique au système moribond le plus fort. Contre toute évidence, les arguments restent les mêmes pour que rien ne change : le bio n’est pas rentable ; il n’est pas adapté à de grandes cultures ; ce n’est pas avec des petits potagers que l’on nourrira dix milliards d’individus ; le bio, est à l’agriculture ce que le bricoleur du dimanche est au BTP…

                Rien n’y fait : le puissant syndicat FNSEA freine des quatre sabots ; l’enseignement agricole est avant tout conventionnel, avec une simple spécialisation “cultures bio” qui devrait au contraire être le socle commun ; les médias de masse sont globalement fidèles au conventionnel et ne présentent le bio que pour son originalité, ou au mieux pour la “cuisine du terroir” qui allie nostalgie du bon vieux temps et mode pour Bobo friqué !

                Au regard de cette résistance entêtée contre tout changement, le danger d’effondrement est flagrant dans le domaine agricole. Les céréaliers classiques constatent de plus en plus que leurs sols se dégradent, qu’il réclame de plus en plus d’intrants, au point que l’artificialisation des cultures les rend de moins en moins rentables. Les conséquences sanitaires de ces cultures industrielles sont de mieux en mieux établies et chiffrées : perte de biodiversité, intoxication des paysans et des riverains, maladies dégénératives croissantes, baisse inquiétante de la fertilité des adultes et du quotient intellectuel des enfants… La liste est aussi longue que documentée. Aucun gouvernement ne s’en inquiète, ni à droite ni à gauche, si tant est que cette distinction politique ait encore un sens.  

                C’est généralement en désespoir de cause que les agriculteurs acceptent le virage écologique. Quand ils voient leurs terres disparaître un peu plus à chaque pluie, ils finissent par admettre qu’une végétalisation permanente et les haies (qu’on leur avait fait arracher à grands renforts de discours savants sur la modernité) sont essentielles pour que la terre des collines ne parte pas dans la rivière ( Voir ). C’est quand le céréalier constate que sa terre devient aussi dure et stérile que du béton qu’il trouve sur Internet des sites alternatifs offrant des solutions ( Voir ). C’est seulement quand la production de lait et de viande ne permet plus de payer les crédits contractés pour la modernisation de la traite, de l’ensilage, de la stabulation, et que le producteur est au bord du suicide qu’il  accepte de changer de modèle. Curieusement, c’est peut-être plus simple pour un ingénieur citadin, d’apprendre le métier depuis le début, que pour un authentique paysan nourri aux prérequis de la tradition familiale, de s’installer maraîcher bio, éleveur de moutons  ou céréalier-boulanger (Voir à titre d’exemple un ancien ingénieur EDF devenu maraicher).

                Les sites internet fourmillent de témoignages de conversions à l’agriculture biologique, aux circuits courts, aux échanges équitables à défaut d’être sans argent. En cas d’effondrement et d’obsolescence de l’échange marchand, la plupart de ces innovateurs pourront sauter le pas de la désargence sans grosses difficultés quand tous les autres se retrouveront sans les matériaux de base, sans l’énergie pour leur machinerie, sans habitus essentiels acquis au fil des ans. Les uns s’adapteront en une semaine, les autres devront subir le choc plusieurs années avant de s’en sortir. Le plus simple principe de précaution, autant que le fameux bon sens paysan devrait susciter un changement immédiat de l’ensemble de la filière agricole. Il n’en est rien, ce qui prouve bien que les alternatives ne sont pas la solution au problème global, qu’elles ne feront jamais “tache d’huile” et que c’est le dos au mur que le gros des troupes se réveillera.

                Il en est de même quant à l’obsolescence de l’argent que nous posions au départ comme postulat. Imaginons que l’actuelle crise du coronavirus qui a déjà entraîné une chute brutale de toutes les places boursières, soit suivie d’une chute encore plus brutale de l’économie réelle. Là, plus besoin de postulats, d’hypothèses hasardeuses, il faudra manger, boire, se chauffer, se laver, communiquer, changer l’ampoule en panne, la cartouche d’encre vide de l’imprimante…, le tout avec une administration, une organisation sociale, un encadrement sécuritaire et sanitaire, tous défaillants, et à l’échéance de quelques jours, pas de plusieurs années. Le bon sens populaire de base demanderait que chacun imagine dès aujourd’hui son propre environnement, son mode de vie, ses fondements philosophiques et idéologiques à l’aune a-monétaire !

                Celui qui ne consommait que des surgelés passés au four micro-onde aura faim. Celui qui avait oublié l’usage des jambes pour marcher ou pédaler sera un handicapé social. Celui qui habituellement enrôlait des “agents de service à la personne” pour son ménage, sa lessive, ses courses, son jardin sera aussi désemparé qu’un enfant. L’enfant, pourri par quantités de jeux éphémères et coûteux, devra réapprendre à s’ennuyer pour créer ses propres jeux. Les joueurs compulsionnels de la FDJ devront se trouver d’autres objets contraphobiques. Il se pourrait même que l’inusable briquet d’amadou et le moule à beurre réapparaissent.  Sans argent, il faudra faire avec ce que l’on a, et non avec ce qu’il y avait sur le marché. Sans argent, plus d’intrants ! “Plus rien ne sera pareil”, comme disait le révérend Emmanuel Macron, alias Jupiter…     

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