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Le Revenu Universel, Vers un nouveau pacte social

15 Mars 2020, 10:50am

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

Le Revenu Universel, Vers un nouveau pacte social, Gabriel Charmes, éd. TrAnsition, février 2019, 230 p.

                Et s’il fallait envisager une société de l’après-monnaie comme de l'après-pétrole et de l'après-salariat ? Et si un « revenu universel » était le socle de cette transition vers ce « monde d’après » et vers une véritable économie de bienveillance,  enfin respectueuse de la vie et  de la planète ?... Gabriel Charmes, de son vrai nom Michel Loestscher, est un journaliste au Journal l’Alsace.

                Le titre du livre nous laisse supposer une énième alternative face au capitalisme, une proposition de ce revenu que l’on nomme universel, inconditionnel, de base, universel d’activité ou de subsistance…, selon les orientations de ses concepteurs. Gabriel Charmes nous fait une généalogie de cette idée récurrente. Cette généreuse idée part de l’émergence d’un inconditionnel droit de vivre, du chômage qui se massifie, de l’insécurité permanente du salariat, de l’emploi devenu un marché, des inégalités croissantes qui caractérise notre époque. Une idée dont l’heure semble venir…

                Après une longue digression sur le distributisme de Jacques Duboin (1878-1976), ce banquier et député que la pauvreté dans un contexte d’abondance révulsait, l’auteur en vient aux objections, aux limites de cette re-distribution par le revenu universel. Ne serait-ce pas un revenu de soumission généralisée comme le suggèrent certains décroissants ?  N’est-ce pas un appel à la consommation propre à entretenir le capitalisme extractiviste ? Certains y voient un cheval de Troie qui mènerait droit vers la suppression du cash que tentent d’imposer, depuis plusieurs années, le FMI et quelques thuriféraires du capitalisme mondialisé ? Le mensuel Alternatives économiques se demande lui si cela ne viendra pas remplacer les prestations sociales et in fine aboutir à l’ubérisation de tous les emplois. A droite, on craint que le revenu universel soit un puissant appel d’air pour toutes les migrations. D’autres rappellent que le problème est dans les profits financiers vus comme unique objectif, qu’un revenu inconditionnel ne peut que s’appuyer sur ces profits et donc les renforcer, les justifier. Beaucoup buttent sur l’aspect inconditionnel qui, en se généralisant du sous-prolétaire au gros propriétaire, renforcera et pérennisera  les inégalités sociales que l’on voulait réduire. Au fond, plus qu’un revenu ou salaire à vie, n’est-ce pas être libéré de l’impératif du salariat que l’on recherche ?...

                Arrive alors le chapitre épilogue (pages 191-209) qui conclut à la bien plus grande efficacité d’une désargence pour résoudre tous les problèmes évoqués. L’auteur a-t-il sciemment pris comme prétexte une innovation souhaitée par un grand nombre et qui revient sans cesse dans les débats pour mettre en lumière en 190 pages ce qui lui paraît une évidence acquise en 18 pages ? A-t-il voulu témoigner du temps et des détours qu’il lui a fallu pour en arriver à penser une obsolescence de l’argent et une possibilité d’instaurer une société a-monétaire ? Il faudrait le lui demander…

                Reste que ces 18 pages intitulées “Vers la désargence ?” ne manquent pas d’intérêt. Il évoque la possibilité de sortir du piège de l’échange marchand pour en venir au libre accès aux biens et services.  « Seule une économie de désargence permettrait de réorienter la politique vers un “bien commun” qui ne serait pas à la merci de “grands argentiers” aux intérêts diamétralement opposés… » Merci Michel Loestscher !...

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