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Désargence.over-blog.com

Le prisonnier avait la clé et n’ouvrait pas la porte…

6 Mars 2020, 11:03am

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

 

                Je viens de lire avec intérêt un article d’Éric Juillot, sur le site “Les Crises”, relayé par le site “Exergue”, deux espaces dont je me délecte régulièrement pour la qualité de leurs analyses. Pourtant, je suis régulièrement déçu qu’après de si bons constats, les propositions soient si pauvres. J’ai toujours le désagréable sentiment que le réel est naturalisé et ne peut pas plus être modifié que la loi de la gravitation. Il n’est pas étonnant ensuite que ce réel soit tordu, contrefait pour justifier cette naturalisation.  Il s'agissait là du licenciement de 50 employés de l'usine Kéraglass du fait de la concurrence  agressive des Chinois.

                Comment appelle-t-on une situation où tout le monde est impuissant et qui détruit la nature autant que les hommes ? Une impasse ?... Comment sort-on d’une impasse ? En l’aménageant, en mettant des pots de fleurs aux balcons, des bancs sur le trottoir pour ceux qui y tournent en rond ?... Pourtant la solution est évidente et unique : sortir de l’impasse pour entrer dans une autre rue, dans une voie ouverte.  

                Les piliers, commercial (libre échange), financier (libre circulation des capitaux), monétaire (l’euro par exemple) fondent le capitalisme et ne peuvent être réformés, aménagés, humanisés. Ils font partie de la logique du système et toute mesure d’accompagnement (sic) ne servira qu’à rendre supportable ce qui devrait être considéré comme intolérable. Or, comment sortir de l’impasse commerciale, financière, monétaire, sans abolir l’échange marchand, les profits financiers, l’argent ? Comment se dire anticapitaliste et refuser cette abolition ? Comment croire à une quelconque écologie en restant dans ce système ? Comment persister à parler de décroissance et accepter un système qui ne peut exister sans croissance ? Comment éviter un effondrement si l’on s’entête à préserver cela même qui nous conduit dans l’impasse ?

                C’est sans aucun doute parce que l’on refuse cette évidence, que tout le monde est impuissant (les travailleurs, les patrons, les responsables politiques, nous dit Éric Juillot). C’est parce qu’ils refusent de toucher au capital que les économistes atterrés se contentent d’évoquer un “capitalisme tronqué”. C’est aussi pour cette raison que les militants tournent en rond dans l’impasse, s’accrochent à des alternatives réformistes, à des luttes louables mais confinées dans la réparation des dégâts et non de ce qui induit ces dégâts. De plus en plus de monde réclame un changement de paradigme, mais toujours si peu de monde mettent des mots sur ce que serait le nouveau paradigme. J’ai toujours été étonné de voir les intellectuels annoncer l’évidence et se rétracter dès qu’on veut lui donner forme. Je cite souvent Anselm Jappe qui nous dit : « L’abolition de l’argent et de la valeur, de la marchandise et du travail, de l’État et du marché doit avoir lieu tout de suite, - ni comme un programme “maximaliste” ni comme une utopie, mais comme la seule forme de réalisme. » (La Société autophage, p.236), mais pas un mot sur les implications d’une telle déclaration.

                Pourtant, les mouvements a-monétaires, post-monétaires, abolitionnistes de l’échange marchand, promoteurs d’une société de l’accès se développent et se fédèrent, en France comme ailleurs, malheureusement bien loin des élites qui renâclent. Des solutions “réalistes“ apparaissent qui nous semblent techniquement réalisables. Le seul véritable problème est mental et non technique (changer un paradigme vieux de 5 000 ans n’est pas simple). Le capitalisme arrivant au bout de sa logique et nous entraînant dans une dangereuse fuite en avant pour simplement perdurer, il est urgent que le débat s’ouvre en tous temps et tous lieux, à tous les niveaux "d'outillage" intellectuel, qu'on ait les mains dans le cambouis ou que l'on soit chercheur, journaliste, économiste...           

 

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