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Désargence.over-blog.com

L'entr'aide.

17 Mars 2020, 11:11am

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

L’entr’aide, un facteur d’évolution, Pierre Kropotkine, éditions Écosociété, 1906, 400p.

                Pierre Kropotkine (1842-1921) a publié cet essai pendant son exil à Londres en 1902. La première traduction en français du géographe libertaire Élisée Reclus, est parue chez Hachette en 1906. Piotr Kropotkine proposait, exemples à l'appui, une conception du progrès dans la nature et la société fondée sur l'entraide et la sociabilité. Homme de son temps, mais bien en avance sur ses contemporains, il s’attaque au “darwinisme social” à la mode en ce début du XX° siècle et, sur le terrain même du darwinisme, démontre que l'entraide est un facteur de l'évolution autant sinon plus important que la compétition. Pour lui, la “sélection naturelle par le plus fort”  est une conception restreinte de l'évolution de l'humanité. Il expose en détail des exemples du facteur d'entraide dans l'évolution des espèces, dont l'espèce humaine, entre groupes humains et également entre les toutes formes de sociétés (modernes, industrielles ou barbares…). La conception de "l’homme loup pour l’homme" est selon lui à la fois irréel mais surtout nous condamne à une vision de société cruelle.

                Kropotkine a observé durant des années les végétaux, les animaux et les humains vivant dans le milieu hostile de Sibérie. Les seules espèces qui y survivent sont celles qui s’entraident et coopèrent. Seul l’homme possède ce complexe de supériorité qui lui fait croire en une mythique capacité à dominer le monde, à exploiter le plus faible, à se penser au centre de tout…, sauf s’il est brutalement plongé dans un milieu hostile, ce qui pourrait bien arriver si l’on en croit la collapsologie !   

                Relire Kropotkine, surtout associé à la lecture du livre récent de Pablo Servigne (L’entraide, l’autre loi de la jungle, éd. LLL, 2017), est édifiant. L’ami Piotr-Alexeïevitch était en 1902 dans une situation proche de ces “fous” d’aujourd’hui prônant l’abolition de l’argent et de l’échange marchand: à contre-courant du bon sens commun, sans cesse combattus par une doxa faite d’a priori et de préjugés idéologique, consignés dans la case utopie… Pour tous ceux qui sont intimement convaincus qu’une société a-monétaire serait de loin plus enviable que celle de la consommation, mais qui doutent de pouvoir un jour en convaincre une majorité suffisante, cet essai prouve qu’une idée juste ne meurt jamais tout à fait et finit tôt ou tard par renaître sous une forme ou une autre.      

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