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Désargence.over-blog.com

Hervé Kempf.

16 Mars 2020, 17:30pm

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

Tout est prêt pour que tout empire, Hervé Kempf, Seuil, 2017, 110 p

                Désastre écologique, néo-libéralisme, terrorisme : voici les trois menaces qui obscurcissent le présent. On pourrait les croire distinctes. Elles sont les manifestations enchevêtrées d’une évolution commune amorcée au début des années 1980. Pour comprendre le présent, il faut retracer l’histoire surprenante de ces décennies qui ont changé le monde, et analyser le désordre actuel à rebours des discours dominants, nous dit Hervé Kempf.

                Le changement climatique et l’érosion de la biodiversité déterminent l’avenir. L’intégrisme prospère sur le vide de sens de l’époque. L’oligarchie poursuit sa montée en autoritarisme. Au cœur du danger, des inégalités insupportables nourrissent ressentiment et colère. Le monde peut-il échapper à la guerre civile mondiale ? Oui, nous dit ce livre : les forces et idées nouvelles peuvent nous remettre sur le chemin de la paix. Jusqu’alors, selon une idée communément admise, le terme « progrès » supposait que  « la situation générale de l’humanité ne pouvait aller qu’en s’améliorant ». Mais, avec la catastrophe écologique, « il devient évident que l’action humaine détruit les conditions de son épanouissement et que la tâche de l’avenir consiste à éviter cette destruction ».

                Hervé Kempf fait suivre son constat clinique par « douze leçons pour éviter la catastrophe ». Mais elles s’adressent à une autre part de “l’humain” que celle qui a conduit à la catastrophe. Alors que la croissance et les « réformes structurelles » demeurent « l’alpha et l’oméga de la pensée économique », alors que les crimes les plus inexpiables ne font plus l’objet d’une condamnation sans appel et que l’irresponsabilité s’institutionnalise, il semble difficile de croire que ces « douze leçons » puissent conjurer le pire plus qu’avancé qui ronge notre civilisation… Cela supposerait un tel saut de conscience dont la détente s’est d’ores et déjà perdue dans le verrouillage d’un système de surconsommation et de prédation tout juste prompt à sauter sur les occasions de profit, de dépossession de l’être et de mise en données du monde.  

                Bien qu’exempt de solutions radicales et globales faute de nous expliquer comment sortir de ce capitalisme si bien incrusté, l’essai ne manque pas d’intérêt. Je m’étais fait la même remarque à propos du livre Comment les riches détruisent la planète qui, dix ans après sa parution montre aujourd’hui à quel point nombre de ses intuitions se sont révélées prémonitoires. A lire donc, ou à relire avec dix ans de décalage !

                Hervé Kempf est l’auteur d’essais qui renouvellent l’interrogation écologiste, tels Comment les riches détruisent la planète (2009) et Fin de l’Occident, naissance du monde (2013). Journaliste, il anime la rédaction de Reporterre, le quotidien de l’écologie.

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