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Désargence.over-blog.com

Le Schtroumpf financier

17 Mars 2020, 13:21pm

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

 

             Peyo, de son vrai nom Pierre Culliford (1928-1992) a publié “Le Schtroumpf Financier” dans le journal Spirou, puis en album en 1992. Cette bande dessinée ayant toujours autant de succès, elle a été rééditée en 2017. En résumé, l’action est la suivante : Le Grand Schtroumpf est malade et le village délègue un des leurs pour aller au bourg des hommes chercher un remède. Le délégué découvre alors que les humains utilisent de l’argent pour échanger des biens et des services. Séduit par l’idée, il prépare en cachette la monétarisation du village. Au fur et à mesure, on découvre que les Schtroumpfs ont tout ce qui leur faut sans échange ni argent : l’un fait le pain, l’autre le potager, un troisième la cuisine… Il y a des Schtroumpfs bricoleurs, peintres, sculpteurs, mineurs, et même fainéants. Et les Schtroumpfs ne manquent de rien, ont de bonnes relations entre eux, s’amusent bien… Dès le début, le futur Schtroumpf  financier découvre l’urgence, le temps qu’il faut économiser, la valeur relative des choses. Dès l’introduction de la monnaie, les Schtroumpfs découvrent la nécessité du travail, du partage, le prix de ce qui était jadis gratuit, les charges, les bénéfices, l’usure, la concurrence, le problème du non productif, de la pauvreté, l’arnaque, la violence, la jalousie… et enfin la guerre, la dette, l’exploitation. Mais comme dans une BD tout est possible, le Schtroumpf financier se retrouve tout seul sur une montagne d’or, mais sans pouvoir échanger ni même manger, boire, chanter. Tous les autres sont partis ailleurs rebâtir une société sans argent, comme avant… Désespéré, puis comprenant son erreur, il abandonne l’or au Schtroumpf bricoleur qui en fera de nouveaux instruments de musique et tout le monde est content !

             La BD est astucieuse et avant-gardiste quand on sait qu’elle a été conçue au début des années 1990. Contrairement à la plupart des alternatives actuelles qui se veulent révolutionnaires, Peyo ne propose pas d’échange de biens ou de services contre autre chose, pas de don, pas de partage des richesses, juste un accès à tout ce qui est nécessaire et sans contrepartie, pour le schtroumpf bricoleur comme pour le schtroumpf paresseux. La révolution monétaire se fait sur un marché de dupes, sur une erreur de jugement du schtroumpf financier, et dans l’autre sens, la contre révolution a-monétaire se fait sans contestations, sans manifestations, sans guerre civile, simplement quand le système arrive au bout de sa logique, quand la concentration inévitable de  l’argent fait que le financier n’a plus de clients et n’a plus rien à acheter, et quand tous les autres sont endettés au point de ne plus avoir accès à rien !

             Il suffit  de voir les effets d'un minuscule virus sur notre société marchande sophistiquée pour comprendre notre fragilité et le risque de revenir, contraints et forcés, au régime premier des Schroumpfs (cette bestiole bat tous les records dans le rapport taille-emmerdements!)                

                Tôt ou tard, nous jetterons ce qui nous reste de monnaie à la tête des banquiers rapaces et nous nous organiserons pour mutualiser les compétences, pour gérer à notre guise la production de ce qui nous est nécessaire, pour se schtroumpfer enfin d’une chouette et schtroumpfette organisation sociale…  

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