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Désargence.over-blog.com

Une question préalable à tout…

25 Février 2020, 17:09pm

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

                Une désargence pour entrer dans “l’ère post-monétaire” paraît à première vue si étrange que des objections les plus absurdes nous sont opposées, y compris de la part de personnalités manifestant en tout autre domaine une réelle finesse d’analyse et un sens aigu de la logique. Quand Frédéric Lordon nous dit que les propositions de société a-monétaires relèvent “toutes” de “contre-sens tragiques”, qu’une abolition de la monnaie mettrait fin à toute capacité d’enrôlement et nous ramènerait à l’économie primitive de subsistance, il semble méconnaître totalement la proposition de la Désargence. Un monde sans argent est visiblement pour Lordon de l’ordre de l’impensable et sans doute de l’impensé.

                Quand le sociologue Alain Caillé, auteur de quantité d’ouvrages sur le “don” et de  “Pour un manifeste du convivialisme” (éd. Le Bord de l'eau, coll. « Documents », 2011, 120 p) rencontra Jean-Paul Lambert, l’inventeur du mot Désargence, il déclara que l’idée était sympathique mais qu’il n’y croyait pas ! Il est étonnant de voir cet éminent membre du Mauss (Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales), dont la vie est centrée sur la raison, parler de croyance ! Il ne s’agit pourtant pas de croire ou ne pas croire à la désargence. Il s’agit de savoir ce que l’on veut comme société, philosophiquement, sociologiquement,  de déterminer jusqu’où peut-on accepter l’injustice, l’inégalité, la dissociation à tous les étages de notre structure sociale, la dégradation de notre environnement...

                La Désargence, au moins celle que nous promouvons, n’est pas partie de l’économie, de la politique ou de la sociologie, mais de cette question théorique. Certes, les impasses multiples auxquelles nos sociétés sont actuellement confrontées (effondrement, inégalités croissantes, élites en panne, économie chancelante…) nous ont amenés à remettre fondamentalement en cause le système, mais pas pour réparer ce qui nous a conduits à cette situation ; juste inventer un autre système où les impasses se transformeraient en voies d’accès. Nous n’avons pas fait cette recherche pour inventer une “monnaie juste”, pour trouver des alternatives “convivialistes”, pour convertir nos contemporains à la gratuité, et surtout pas à une moraline façon Colibri. Nous l’avons faite pour enfin choisir ce que nous voulons faire du potentiel productif, intellectuel, social, technologique et scientifique à notre disposition. Comment voulons-nous vivre ? Comment assurer notre reproduction matérielle sans causer des dommages irréparables ? Qu’est-ce qui nous semble indispensable ou superflu, prioritaire ou secondaire… Il est clair que jamais cette question n’est posée par l’usine qui produit de l’inutile et du nocif, par l’agriculture qui pollue et empoisonne, par la prison qui chronicise au lieu de réhabiliter, et par tant d’autres projets souvent inutiles et toujours imposés…

                Anselm Jappe dans son livre “La société autophage” nous dit que  “l’abolition de l’argent et de la valeur, de la marchandise et du travail, de l’État et du marché doit avoir lieu tout de suite, - ni comme un programme “maximaliste” ni comme une utopie, mais comme la seule forme de réalisme” (Voir le site Palim Psao). C’est sans doute la raison pour laquelle il se refuse à proposer un mode d’emploi, une boîte à outils, un programme. La question est avant tout philosophique. A l’inverse, la Désargence, sans jamais se départir de la question philosophique initiale de définition d’un nouveau système civilisationnel, a choisi de mettre “les mains dans le cambouis”, d’imaginer les conséquences de ce que dit Jappe, dans le concret, par le menu, avec tous les risques que cela comporte. Ce choix procède de notre réflexion sur les usages qui, dans la société actuelle sont confisqués par une élite. Nous pensons que rien n’est réellement réalisable si les usagers ne retrouvent pas l’entière maîtrise de leurs usages, qu’il s’agisse de plomberie, d’écologie ou de philosophie. Cela commence donc dès aujourd’hui par cette question posée à tous, intellectuels ou manuels, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, spinozistes ou nietzschéens : dans votre domaine particulier, comment imagineriez-vous la société, votre activité, vos relations…, si demain, l’argent, l’échange marchand, les profits financiers disparaissaient ?… 

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