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Désargence.over-blog.com

Système malade, hôpital malade !...

21 Février 2020, 13:11pm

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

                Un article de Lorène Lavocat intitulé “Les travailleurs du soin, malades du néolibéralisme” (20.02.2020) est paru sur le site écologiste Reporterre Il est excellent et tout ce qui motive la colère des hospitaliers y est…, ou presque. J’ai pourtant éprouvé le besoin de confronter le titre au corps du texte. Dans le titre, les métiers du soin sont malades du néolibéralisme et dans le corps du texte, l’essentiel porte sur la gestion : “L’hôpital est vu comme une entreprise, on ne parle plus que d’argent et de rentabilité”. Le titre se rapporte à un système, le texte se rapporte aux gestionnaires (l’État, le Ministère de la santé, les Directeurs des hôpitaux qui appliquent les orientations qu’on leur impose).

                Le texte réclame donc très logiquement  que les gestionnaires sortent l’hôpital de cette “logique” mortifère, cause de la perte de sens, de la dégradation des conditions de travail et in fine, de la qualité des soins prodigués. Mais que signifierait pour ces gestionnaires, et principalement pour le premier donneur d’ordre, le Gouvernement, une sortie de cette logique, sinon l’abandon de l’idéologie néolibérale ? Un gouvernement, qu’il soit très consciemment néolibéral ou qu’il y soit opposé, a-t-il un quelconque moyen d’effectuer un tel virage dans le contexte de l’Empire maestrichtien, d’une ploutocratie financière qui a capté l’essentiel des pouvoirs politiques, économiques, médiatiques et judiciaires ? On peut en douter. Frédéric Lordon, lors d’une interview déclarait il y a peu : “ Mélenchon au pouvoir, le gouvernement est torché en deux semaines, à commencer par la finance qui fixerait les taux d’intérêts à un point qui saboterait toute réforme, et les médias déchaînés annonceraient la faillite de la France…”

                Réclamer au gouvernement des réformes contraires au libéralisme est donc un leurre. Renverser le gouvernement pour le remplacer par un gouvernement de gauche l’est tout autant. Si la Gauche existe encore dans les esprits, elle n’a plus d’existence institutionnelle, ayant cédé aux exigences du néolibéralisme, au mirage du TINA. Les médias sont clairement sous le joug d’une poignée d’oligarques ; les budgets d’État sont soumis aux banques, la création monétaire ne leur appartenant plus ; la Justice, la plus démocratique que l’on puisse imaginer, ne pourrait plus compenser les puissants cabinets d’avocats capables de la noyer sous quantité de “procès baillons”, etc.

                C’est donc bien le système néolibéral qui est en cause, avec tous ses “acquis” : les traités européens et internationaux, la puissance de ses multinationales, ses fabuleux outils de contrôle. A défaut de pouvoir “réclamer” à des personnes physiques les mesures indispensables, de pouvoir changer le “personnel” politique, de convaincre une majorité que notre faiblesse ne tient qu’au fait que “nous restions à genoux”, il ne subsiste qu’une issue pensable, celle de gripper la broyeuse néolibérale, si bien huilée, par la désobéissance civile. Il est clair que les personnels hospitaliers sont capables de prodiguer des soins de qualité avec ou sans administrateurs, il est clair que les aides-soignantes des EHPAD savent ce qu’il est bon de faire pour accompagner les anciens, tout comme d’ailleurs les enseignants savent bien ce qui est bon pour leurs élèves. En revanche, les tenants du système ne peuvent se passer de la collaboration de la base. C’est ce qui est suggéré par cette infirmière : « On calcule chaque matin combien de piqûres, de comprimés, de prises de sang il y a à faire, et on calcule ainsi précisément combien de patients une infirmière peut prendre en charge et de combien de temps elle disposera avec chacun » Que se passerait-il si l’infirmière cessait de compter ces comprimés ? Si l’aide-soignante prenait le temps d’écouter une vieille dame ? Si les secrétaires ne relayaient plus les formalités inutiles à la Sécurité sociale et au Ministère ? Si les praticiens faisaient en masse la “grève du codage” ? Si les enseignants refusaient en masse d’évaluer, de noter, de surveiller et corriger des examens inappropriés ? Si les proviseurs oubliaient de communiquer les jours de grève des professeurs ? Si les contribuables refusaient en masse les dépassements d’honoraires, la curieuse “honor dispens (voir) ? Si d’un seul coup, tout le monde collectait les médicaments utilisables au lieu de les laisser incinérer par tonnes par l’association Cyclamed (voir) ?...

                Il y aurait mille manières de gripper le système au lieu de réclamer à un gouvernement qui n’y peut rien ou à des financiers qui le peuvent mais auraient trop à perdre. Le système ne tient que par les profits financiers qu’il génère et s’approprie. Sans notre coopération via l’impôt, les taxes, notre consommation, l’argent que l‘on met en banque, le gaspillage auquel on consent, etc., le système s’écroule en peu de temps. Dans une société sans profits financiers (donc sans argent ni échanges marchands), l’hôpital, l’école, les transports…, tout fonctionnerait bien mieux. Quantité d’expériences de gratuité le prouvent. L’outil monétaire, aussi perfectionné, aussi “socialisé” soit-il, n’a guère d’aboutissement logique que le capitalisme, lequel ne peut mécaniquement produire que des hôpitaux malades, des écoles inégalitaires, une police répressive, une justice variable selon que vous êtes blancs ou noirs, une destruction systématique de l’environnement…

                “Un jour, aujourd’hui, demain, plus tard… nous abolirons l’argent” (Elysée Reclus, Evolution et Révolution, 1890 ), et c’est le meilleur souhait que l’on puisse formuler aux Soignants, aux Enseignants, aux Paysans, aux Avocats, aux Gilets jaunes, …à l’écologie !

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