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Désargence.over-blog.com

Les ouvriers de la onzième heure...

1 Février 2020, 15:33pm

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

                "Un homme a un urgent besoin d’ouvriers pour sa vigne. Il va au village embaucher des ouvriers et leur promet une pièce d’argent pour la journée. Trois heures plus tard, il retourne au village, trouve encore des désœuvrés et les embauche. Et ainsi tout le jour. A cinq heures du soir, il rencontre encore des gens qui « traînent » et les envoie à sa vigne, même s’il ne reste guère qu’une heure de travail. Et voilà qu’au moment de la paye, il remet à tout le monde une même pièce d’argent. Scandale ! Cela semble fortement injuste pour ceux qui ont travaillé toute la journée et qui ne reçoivent pas plus que ceux qui ne sont venus que pour quelques heures, voire pour une unique heure". (Mathieu, chapitre 20, versets 1 à 16)

                Cette histoire, c’est la logique de l’amour opposée à la logique de l’argent. En amour on ne donne pas en fonction des mérites du bénéficiaire, l’amour ne se compte pas. En argent, on paye des heures de travail et, payer le même tarif à celui qui a travaillé 11 heures et celui qui a travaillé 1 h, c’est injuste, intolérable ! La parabole se termine par la sentence : Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers ! L’Église catholique a pris bien soin de dissocier le royaume de Dieu (amour) et le royaume terrestre (argent) et de s’assurer que le terrestre soit à jamais mauvais (pécher originel) et que celui de Dieu soit le seul capable d’amour véritable. Comme c’est commode pour éviter de penser l’argent et pour tolérer les misères du monde !

                   Ceux qui contestent la possibilité d’une désargence et l’intérêt d’instaurer une société de l’Accès font comme l’Église. Ils tentent de nous confiner dans une nature humaine immuablement mauvaise, ils nous renvoient à une vertu individuelle qui nous emmènerait vers la révolution écologiste, ils nous proposent quelques recettes idéales propres à nous faire  attendre un hypothétique paradis.

                Dans une société de l’Accès, on ne compte plus. Celui qui travaille 11 heures pour la collectivité n’a pas plus à manger, n’a pas de meilleur logement ou de plus beaux atours que celui qui travaille une heure, voire pas du tout. La raison en est qu’il n’y a plus de travail mais des activités, lesquelles portent en elles-mêmes les récompenses afférentes : la considération, la reconnaissance sociale, le plaisir de faire et de donner, l’estime de soi, la tranquillité d’être occupé

                     L’irruption du christianisme aurait pu être révolutionnaire s’il n’avait pas été édulcoré par une petite élite nourrie de Droit romain ou de la  Halakha (l’ensemble des prescriptions, coutumes et traditions collectives qui représentent la Loi juive). Nous en sommes toujours au  même point, avec des peuples en souffrance, un cadre néolibéral obsolète, une révolution qui peine à émerger tant les élites ont été nourries aux biberons de l’ENA, de Sciences-Po, de la littérature économique,  des médias mainstream… D’où la nécessité de s’attaquer à ce formatage, aux outils du conservatisme, à tout ce qui a représenté et représente encore l’argent, le salariat, le marché, l’État, la valeur, la marchandise…

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