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Désargence.over-blog.com

Altercapitalisme!

10 Février 2020, 12:17pm

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

                La gauche, l’écologie, l’anarchie classiques abordent le capitalisme par une critique tronquée, uniquement centrée sur les perversions, les outrances du capitalisme et oublient ses catégories fondamentales (travail, argent, valeur, marchandise, etc.) Tous en viennent à imaginer un “altercapitalisme”, c’est-à-dire un capitalisme tronqué qui serait plus social, plus égalitaire, plus redistributiste !...

                Il serait intéressant d’analyser un autre phénomène semblable, celui de l’altermondialisme qui a émergé en 1980 avec les “confédérations paysannes” pour aboutir au mouvement international Via Campesina (1993). Il s’agissait, non pas de sortir de la mondialisation, mais d’en contourner les abus et de penser une gestion mondiale sans exclusions, sans dégâts environnementaux. L’idée était sympathique et logique, elle s’organisait sur un modèle horizontal, fédératif et non pyramidal et centralisé, et pourtant,  la mayonnaise n’a pas pris. Si le mouvement a retrouvé un peu de vigueur à l’époque du Traité de Lisbonne (2005), puis avec la crise de 2008, le soufflé est retombé.

                On peut sans aucun doute attribuer ce relatif échec à l’idée d’un “développement durable” quand il aurait fallu parler de “décroissance”, des “intérêts privés et communs” quand il aurait fallu parler d’abolition des “profits financiers”… En faisant la même erreur que l’altercapitalisme de gauche, l’altermondialisme, est tombé dans le piège du capitalisme qui a la capacité de récupérer tout mouvement alternatif, par exemple de promouvoir un capitalisme social et solidaire, une industrie verte, un mondialisme équitable, un contrat social gagnant-gagnant ! On a beau comprendre ce que ces plans réformistes ont de fallacieux, ils valent toujours mieux que l’aventure d’un changement de système, que la radicalité.

                Il y a une logique de la radicalité qui conduit de la croissance infinie à la décroissance, de l’environnement à la  désargence, du constat des inégalités à l’accès total et sans condition, etc. Si l’évolution du monde suit des courbes en tous domaines exponentielles, il est aussi évident que l’échéance avant un possible effondrement global ne peut que se raccourcir, et ce, de façon tout aussi exponentielle. Nous allons vraisemblablement vers des impasses de plus en plus nombreuses dans un temps de plus en plus court, ne serait-ce qu’à cause des effets boules de neige, dominos, boucles de rétroaction active…

                Passer, de l’évolution progressive vers un monde meilleur, à la révolution d’un changement de système global, est certes inquiétant pour le plus grand nombre. Cela induit un immense travail individuel et collectif pour penser dans un tout autre cadre, pour s’interdire toute limite au changement, pour inventer du neuf au lieu de réparer l’ancien, pour faire de l’anticapitalisme, de l’antimondialisme total et non plus tronqué.

                Cela paraît aussi évident, que l’on parte d’un point de vue écologique, économique, politique ou social, que l’on s’interroge sur la marche du monde ou la gestion de sa petite commune. A voir les divers programmes des candidats aux Municipales de mars 2020, on  peut  douter que la conscience d’un tel revirement soit à l’ordre du jour. Pour exemple, je prendrais simplement ma petite commune du littoral méditerranéen où six candidats se battent pour plus ou moins de démocratie, pour développer le commerce touristique, pour améliorer le cadre de vie, quand il suffirait que la mer monte de 50 cm pour que la moitié de la ville soit noyée et l’autre moitié accessible uniquement en bateau ! Les scientifiques les plus optimistes nous disent tous que l’eau monte de 2 mm par an. Il y a donc de fortes chances pour que tous les programmes aujourd’hui proposés par les équipes municipales soient obsolètes dans quinze ou vingt ans, voire sérieusement contrariés d’ici dix ans à chaque marée de plus de 40cm, surtout si la marée s’accompagne d’un épisode cévenol, ces crues quasi annuelles propres à la région… C'est un peu comme si nous montions dans un avion sans être absolument sûrs  que le train d'atterrissage est en état de fonctionner !!!  

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