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Désargence.over-blog.com

Les ressources ou la valeur?...

8 Janvier 2020, 14:29pm

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

            Il est aujourd’hui avéré qu’au rythme sur lequel nous tirons parti des ressources naturelles, celles-ci ne peuvent se renouveler à temps. La comptabilité tenue sous la forme monétaire est incapable de prendre en compte cette réalité ou ne le fait qu’en chiffrant les dégâts. L’idée qui s’impose alors est celle d’une économie fondée sur les ressources.

            Deux hypothèses se présentent. La première, est celle proposée par le Distributisme : on chiffre les produits et services disponibles au terme d’une certaine période. On fait le total et distribue la somme aux usagers. Tout ce qui est produit peut être acheté. Il s’agit alors de renouveler les produits et services en fonction de l’usage qui en sont fait et non plus des profits sur un marché aléatoire. L’argent s’annule au moment de la transaction. La seconde hypothèse tire parti d’une technique en expansion constante : l’informatisation des données, déjà visible aujourd’hui sous la forme de codes-barres. Cette technique permet d’abolir l’usage de l’argent et de suivre au plus près le renouvellement des ressources.

            La réduction d’un objet ou service à une évaluation et la création standardisée du substitut, ou monnaie, qui chiffre ou « objective » cette évaluation, a quatre effets fondateurs du modèle ou paradigme économique et social actuel :

            1. Le substitut s’étant généralisé sous la forme de monnaie, et cette « forme » étant cumulative, l’argent est, et a toujours été, capitaliste par construction. Tout anticapitaliste déclaré qui oublie ce fait n’est en fait qu’un “alter capitaliste”. S’il avait la ferme intention d’abattre le capitalisme, il devrait immédiatement viser l’éradication de l’argent. Aussi propose-t-il « une redistribution plus juste » des profits monétaires via les entrepreneurs ou l’Etat.
          2. L’argent est spéculatif par construction. Cette construction s’observe sous deux angles, celui de la pluralité des substituts (monnaies de valeurs relatives différentes) et celui des taux de prêt à intérêt (en fonction de la solvabilité de l’emprunteur). C’est ce qu’oublient ceux qui prétendent combattre la spéculation mais ne proposent pas d’éradiquer les prix et « exigent » qu’ils soient « plus justes ». Les prix dépendent de  l’abondance et de la rareté, de l’offre et la demande…,  et ne joueraient pas cet office spéculatif si le chiffrage en argent ne s’imposait pas.

            3. L’argent est hallucinatoire par construction.  L’abstraction à laquelle conduit ou que constitue l’évaluation monétaire, la réduction de toute chose à un prix, ne dit pas suffisamment que le prix en vient à se substituer à la réalité des choses et l’irréalise. Dans une société régie par l’argent, c’est le prix qui détermine l’usage. Plus il est élevé, plus il valorise l’usage. La « vérité des prix » ne fait et ne fera jamais qu’un mirage consécutif aux conditions d’appréciation du moment (les choses comme les personnes se mirent, s’admirent, dans leur « prix »). Elle constitue une “possession” au sens “possédé par un esprit”. L’adjectif qui revient le plus souvent quand on apprend la hauteur des stocks options et les salaires des grands PDG est “hallucinant” !

            4. L’argent est anti-démocratique par construction. Si l’idéal démocratique se définit comme la maîtrise de leurs usages par les usagers, force nous est de reconnaître ce qu’il y d’affabulatoire dans la confusion entre l'économie de marché et la démocratie. Sous le règne ou la colonisation du Marché, ce sont les contraintes de l’argent, c’est-à-dire du profit, de la rentabilité, de la croissance, de la redistribution, du crédit, qui décident du maintien, du remplacement, de l’invention des usages dont la maîtrise échappe donc aux usagers. Contrairement à la légende, le stalinisme et l’hitlérisme ont été non pas des formes politiques opposées à l’économie de marché mais des réformes destinées à réaliser ce qu’il exige : empêcher toute forme de maîtrise de leurs usages par les usagers pour la confier au comité central ou au Chef. Cet empêchement dépend aujourd’hui des agences de notation, agissant en représentantes d’un Marché dont le centre est partout et la circonférence nulle part. La “crise de la démocratie” qui s’exprime un peu partout sur la planète montre que les “démocrates”, tout en dénonçant l’oligarchie, n’ont jamais cessé d’identifier la capacité de décider à celle d’acheter et se sont comportés en “vendus”.

            Les quatre points ci-dessus n’épuisent pas la liste des méfaits « par construction » de l’argent. Nous aurions pu choisir d’autres entrées. L’insistant « par construction » s’explique par notre volonté d’en finir avec la mise en spectacle des méfaits de l’argent par une analyse des propriétés de sa construction, qui conduisent et reconduisent « le capitalisme », « la spéculation », « la quête du profit », « la marchandisation », « le mépris des peuples », et autres figures de la rhétorique anti-capitaliste .
            De deux choses l’une : ou bien donner indéfiniment les méfaits de l’argent en spectacle pour les dénoncer, s’en indigner, faire vibrer les foules « contre », et au final se réjouir de la moindre réforme et collaborer, ou bien nous emparer de la possibilité d’abolir son usage comme nous pouvons le faire aujourd’hui, autrement que dans les coins ou par le biais d’alternatives mesquines. Il s’agit bien de tourner le regard de la scène vers la sortie !

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