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Désargence.over-blog.com

Le savant et la politique.

1 Janvier 2020, 11:29am

Archimède dans son bain. Gravure du 16em siècle.

                Passer de notre vieux Monde à la civilisation a-monétaire va faire exploser toutes les structures politiques et administratives, tous les modes d’élaboration et de choix, tous les systèmes de représentation ou de délégation. C’est donc impossible. Passons à autre chose, circulez adeptes de la désargence, il n’y a rien à voir !

                Et pourtant, un domaine fonctionne déjà radicalement sur un modèle complètement différent de notre politique, de ses professionnels, ses élus, ses experts… Est-ce que l’on a pensé à faire un référendum pour savoir si la gravitation était compatible avec la relativité ? Est-ce que des chambres élues ou autoproclamées se sont réunies pour décider de l’intérêt d’ajouter à l’immense arsenal mathématique que nous possédions, des quantas obscurs et abscons ? Il y a bien des académies, des revues prestigieuses, des récompenses  pour noter les travaux scientifiques, les agréer ou les descendre en flammes. Mais il faut bien reconnaître que ces honorables instances se sont toujours trompées avec une belle constance et que jamais la science n’a cessé d’évoluer, avec ou sans elles.

                Le nombre de découvertes fondamentales, d’inventions radicalement porteuses de révolutions est cependant considérable et sans que jamais une structure hiérarchisée ni pouvoir décisionnel ne leur trace la route, sans que jamais un référendum, un scrutin quelconque ne vienne sanctionner leurs travaux. Certains d’entre eux n’ont même pas eu besoin du soutien de quelques riches protecteurs : une baignoire a suffi à Archimède, un pommier à Newton, un tableau noir à Arbogast pour nous imposer la masse volumique, la gravitation, le système des poids et mesures. Les puissants de ce monde se sont toujours méfiés de ces marginaux, poussant Socrate à se suicider, Galilée à abjurer sa théorie, menant Bruno Giordano au bûcher, Alan Turing à la castration chimique puis au suicide en 1954 (être le père de l’informatique n’autorisait pas à l’homosexualité...).

                Alors pourquoi ne pouvons-nous pas transposer le modèle scientifique à la politique. Le savant étudie le réel, seul dans son coin ou en équipe. Il confronte ses hypothèses à une expérimentation concrète, se trompe, recommence, annonce sa découverte quand elle lui semble intéressante. Il y a les pour et les contre, les climatosceptiques et les tenants du réchauffement. Il y a les aventureux qui foncent et les prudents qui se méfient des applications possibles. Tout ce monde prend le temps de se confronter, de se battre, de se contredire, de se tromper de voie, de se perdre en conjectures absurdes. Et alors ! La science n’avance-t-elle pas ? Le progrès est-il impossible ? L’originalité est-elle une tare ?

                A l’inverse, nos hommes politiques qui affirment toujours et se trompent aussi souvent, qui décrètent sans aucune expérimentation ni réelle confrontation avec l’adversaire (sinon dans des querelles de partis), qui se font élire, ni en raison d’une compétence, ni d’une inventivité ou d’un dévouement à la cause commune, mais sur des promesses qu’ils ne sont pas tenus d’honorer et des théories que nul ne peut confirmer, ces hommes-là se targuent d’importance et de grandeur. Que ne regardent-ils pas en direction des savants pour voir comment ceux-ci fonctionnent !...

                  Il serait temps de considérer l’hypothèse d’une désargence non sous l’angle de vue de la politique, qui fige la réflexion dans un cadre auquel plus personne ne croit, mais avec l’ouverture d'esprit des scientifiques, pour qui rien n’est définitif, tout sujet à controverse et à expérimentation, et qui ne confondent pas postulat et axiome ! 

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