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La grande razzia...

5 Janvier 2020, 11:50am

 

                Après la grande crise et la disparition de l’outil monétaire, les supermarchés et les grandes zones commerciales ont été rapidement pillés. En quelques jours, il ne restait plus en rayons que les objets trop moches ou trop inutiles pour intéresser qui que ce soit. On a vu, à ce sujet, fleurir de nombreuses analyses sociologiques tout à fait originales sur la “grande razzia”. Pourquoi avions-nous produit, transporté, mis en vente une telle quantité de choses invendables ? Si elles étaient invendables, pourquoi les gestionnaires de grandes surfaces les avaient-elles commandées ? Pour quels motifs certains consommateurs avaient dépensé leur argent pour les acquérir ? Pourquoi les mêmes personnes avaient-elles brutalement négligé ces absurdes productions, dès l’instant que l’argent avait disparu ?

                D’autres sociologues se sont intéressés  à la hiérarchie de valeur des pilleurs. Il était clair que ce furent les produits alimentaires faciles à conserver qui ont déchaîné les passions accumulatrices. En quelques heures il fut impossible de trouver du sucre, des pâtes, du riz, des lentilles, de l’huile… Le premier besoin vital, celui de manger, devait être assuré et focalisait toutes les angoisses. Dans les produits frais, les plus chers partirent les premiers. Tout ce dont les plus pauvres avaient été privés faute de moyens, suscitèrent des combats acharnés. Certains se sont massacrés pour des tournedos, des langoustes, du caviar, du confit d’oie…

                Tout étant à prendre après des années de rêves consuméristes, on aurait pu penser que l’ensemble des commerces allaient être également pillés, de la voiture de luxe à l‘électroménager en passant par la bijouterie. Mais, sous la folie apparente du basculement vers l’abolition de l’argent, le bon sens populaire a produit une classification des besoins, de l’utile assez logique. Chez les concessionnaires de voitures, les camionnettes disparurent immédiatement quand de splendides berlines restèrent longtemps dans l’attente d’un usager. Les magasins d’outillages furent vidés en quelques jours alors que les marchands de luxe qui avaient baissé leurs rideaux de fer en catastrophe, furent surpris de voir les pilleurs passer devant sans s’y intéresser.  

                Le commerce ayant été depuis des années contraint de travailler “à flux tendu” c’est-à-dire avec un minimum de stock, en deux jours il n’y eu plus aucun produit alimentaire et en une semaine, la plupart des produits manufacturés avaient été “récupérés”. Les carburants ont totalement disparu dès la deuxième semaine. Il était évident qu’à très court terme, l’intégralité des activités humaines allaient être bloquées, que les réserves seraient épuisées et que les services vitaux, de la santé à l’alimentation, des ressources énergétiques aux moyens de communication, auraient disparu. Mis à part quelques originaux qui avaient misé sur l’autonomie totale et avaient bâti des lieux de vie capables de répondre  aux besoins de base, il est vite apparu que l’unique choix était entre l’organisation collective d’un approvisionnement en matières, produits et énergie ou la famine, la guerre, l’extinction.  La nécessité faisant loi et l’État ayant failli, c’est au niveau local que des solutions ont émergé, à commencer par la  création de banques de données et de centres d’approvisionnement.

                C’est par des sites et blogs privés, souvent issus de SEL(Services d’échanges Locaux), de groupements d’achats collaboratifs, de réseaux nationaux comme Le bon coin (vente de gré à gré),  Tout.donner (mise à disposition gratuite), Blablacar (partage du transport), Microgrid (système électrique décentralisé), etc., que les banques de données de mise en accès ont été inventées. Ces supports techniques étaient tous prêts à s’adapter à la situation nouvelle, à se fédérer. L’enjeu était simple puisqu’il s’agissait de classer les ressources d’un côté, les demandes  de l’autre avec indication des lieux et quantités disponibles.

                Une fois en mesure de savoir, du plus proche au plus lointain, où l’on peut trouver ce que l’on cherche et sous quelles conditions, que le producteur de légumes peut annoncer ce qu’il peut mettre à disposition, que telle ou tel professionnel peut  se mettre au service d’un projet, d’une collectivité, il est évident qu’il était facile d’organiser des centres d’approvisionnement, de les faire connaitre, d’en expliquer les modes d’emploi.

                Les premiers à l’avoir compris furent les producteurs d’énergie, en particulier pour l’électricité. En effet, rien ne marche sans approvisionnement en électricité, à commencer par l’informatique et les communications. Nous le verrons dans un prochain chapitre ainsi que le détail de la banque de donnée globale, et des centres d’approvisionnement locaux.         

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