Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Désargence.over-blog.com

La fin des Zones Commerciales.

5 Janvier 2020, 12:03pm

Publié par Jef

 

     Quinze jours après la grande crise et la fermeture des grands centres commerciaux des périphéries urbaines, les populations des villes se sont retrouvées dans le dénuement le plus total. Très vite, des petits centres d'approvisionnement de proximité se sont organisés, parfois dans d'anciens locaux commerciaux, parfois dans des salles communales, quelques fois chez des particuliers.

     Les premiers fournisseurs de ces établissements ont été les gros pilleurs de supermarchés qui se sont retrouvés à la tête de stocks aussi encombrants qu'incomplets. C'est par camions entiers que certains avaient accumulé des kilos de sucre et de pâtes mais manquaient d'huile et de sel, ou l'inverse.  Puis les producteurs de fruits et légumes, de viande ou de fromage se sont demandés comment se débarrasser de leur production sans les centrales d'achats et coopératives qui jadis s'en chargeaient. Les producteurs qui s'étaient déjà organisés en AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) avaient une longueur d'avance puisqu'ils avaient déjà un réseau local de consommateurs et en général quelques restaurants ou magasins bio leur prenant les surplus. Le modèle fit rapidement école et les producteurs classiques se mirent en lien avec les petits centres de distribution locaux.

      L'acheminement des produits s'organisa avec des volontaires, réguliers ou occasionnels, en fonction des possibilités de transports qui restaient. On a vu réapparaître des calèches de promenade ou qui se louaient pour les mariages reprendre du service pour le transport des légumes, des centres équestres s'équiper en urgence de remorques bricolées.  

      Les vieilles voitures ne manquaient pas, le carburant, si, et les idées originales ne tardèrent pas à émerger. Puis, la logique absurde du transport de marchandises se diluant dans les mémoires, on s'est habitué à produire au plus près. Les expériences de villes en transition, de jardins partagés, d'agriculture urbaine ont pris une ampleur impensable avant la crise.

 

Un grand débat a vite éclos à propos du droit à l'accès. Les vieux réflexes du monde de l'argent étaient tenaces. Va-t-on donner sans contrepartie à tout le monde, sans contrôle? Les gens de passage, les étrangers, ont-ils les mêmes droits à l'accès que les locaux? Est-ce juste que le parasite, le marginal reçoive autant que celui qui se dévoue au bien commun?

     Quelques anciens reparlèrent des tickets de rationnement du temps de guerre avec lesquels on échangeait des bons contre des biens. Des plus jeunes réclamèrent des cartes de crédit non plus fondées sur l'argent mais sur la quantité d'objets auxquels on pouvait prétendre. Puis très vite, on s'est aperçu que ces systèmes de répartition faisaient rentrer par la fenêtre ce que la crise avait mis à la porte. En plus, ils exigeaient une administration centrale qui décide du droit d'accès et en profitait pour rétablir les privilèges d'antan. Pour des raisons bien plus pratiques qu'idéologiques, le système de l'accès libre et sans condition à tous les biens, services et savoirs s'est imposé presque partout. 

     Les unités de production qui avaient résisté à la crise et étaient encore en état de fonctionnement suivirent le même modèle. En France, c'est une usine de papier qui la première instaura le système de l'accès direct. Quiconque avait besoin de papier déposait une demande, l'usine ne produisait que la quantité demandée, le demandeur se débrouillait pour venir la chercher sur place. Les employés ont vite compris que leurs conditions de vie et de travail en étaient grandement améliorées. Quelques heures par semaine suffisaient à satisfaire les besoins, ce qui laissait beaucoup de temps pour partager les compétences et offrir une grande mobilité dans les diverses fonctions. Ils pouvaient passer d'un bureau à l'atelier, de l'atelier au magasin comme bon leur semblait. Le travail, n'étant fourni que par des volontaires enfin dégagés de l'impératif financier, il était de bien meilleure qualité et ces "bénévoles" prenaient un réel plaisir à satisfaire les besoins de leurs concitoyens, lesquels le leur rendaient bien.

      Nous reviendrons plus précisément sur les différentes industries qui suivirent la reconversion de cette papeterie... 

Commenter cet article