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Désargence.over-blog.com

La désargence, l’électricité en plus !

10 Janvier 2020, 16:49pm

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

                La solution d’une désargence se heurte sans cesse dans les débats à la question de l’énergie, principalement électrique, qui se conçoit mal hors d’une industrie centralisée. Dans les dystopies d’effondrement, c’est d’ailleurs ce qui apparaît en premier : la fin de l’argent, du modèle économique et industriel actuel, entraînerait l’arrêt quasi immédiat de l’alimentation en courant et donc de toutes les activités dépendantes de l’électricité. Dans l’hypothèse d’une fin de l’argent, on peut cependant examiner ce problème sous deux angles, celui de la consommation et celui de la production.

                On imagine que la fin de l’argent induit celle des échanges marchands et donc celle de tout approvisionnement  en sources d’énergie extérieures. Sachant que la France importe les 8 à 9 000 tonnes d’uranium dont elle a besoin par an pour alimenter nos 58 réacteurs (72% de la production d’électricité), on voudrait nous faire croire qu’en quelques jours sans échanges marchands, ces réacteurs s’éteindraient. C’est oublier que le combustible des centrales, l’uranium 235, est retraité à 96% dans l’usine de retraitement de La Hague en Normandie (35 tonnes produites par an). L’électricité risque plus rapidement d’être coupée du fait de la fin du salariat que de questions d’approvisionnement. On voit mal, cependant, les électriciens abandonner leurs postes puisqu’ils en seraient impactés tout autant que les autres. Ce serait imaginer qu’aucun des ingénieurs, cadres, ouvriers du secteur ne soient dotés d’un minimum de sens du bien commun, de l’intérêt général.

                Généralement, on pose le problème de l’énergie en cas d’abolition de l’argent dans les mêmes termes que ceux d’une société “argentique”. C’est oublier un peu vite que nombre d’activités consommatrices d’énergie électrique deviendraient du jour au lendemain obsolètes. Sans argent, que ferions-nous de la publicité puisque plus rien ne serait à vendre ? Or la publicité, par la production de ses supports (flyers, affiches, spots télévisés, enseignes, vitrines, pollution numérique…) est terriblement consommatrice d’énergie.  Un seul panneau publicitaire numérique, consomme autant que trois familles, nous dit-on ! En France, plus de 21 milliards de tracts publicitaires sont distribués par an dans nos boites aux lettres (le tiers de la totalité des papiers imprimés), la plupart pour finir à la poubelle. Le cycle du papier, de la production au recyclage en passant par l’impression, représente un gaspillage insensé. On peut ajouter à ce gaspillage, la production de produits parfaitement inutiles, jetables, non recyclables que nous n’aurions plus aucun intérêt à poursuivre sans la nécessaire recherche de profits financiers. Pour faire bonne mesure, on peut parler aussi des immeubles de bureaux et des magasins qui restent éclairés toute la nuit, du film à 3 giga que nous n’hésitons pas à télécharger et qui équivaut à 1000 ampoules basse consommation allumées pendant une heure, de l’industrie agroalimentaire qui nous pourrit consciencieusement la santé en étant le troisième secteur industriel consommateur d’électricité…

                Nous n’avons pas trouvé d’étude sérieuse et globale de la consommation actuelle d’électricité qui n’est induite que par le système marchand, mais il semble tout à fait raisonnable de penser qu’une suppression de l’argent diviserait, de moitié au moins, nos besoins en électricité. Nous aurions donc tout le temps de nous adapter à la situation pour relocaliser la production afin d’éviter les 18% de déperdition dans le transport (lignes haute tension, transformateurs, câbles…), de développer des énergies sous utilisées (micro hydraulique, géothermie, centrales maritimes avec la marée, la houle, les courants…), etc.

                Dans le cadre d’une décroissance et d’une dénucléarisation,  le réseau Négawatt a estimé que l’on pouvait réduire considérablement la consommation d’électricité en jouant sur la sobriété, l’efficacité, le renouvelable.   En additionnant les travaux non négligeables de Négawatt et l‘idée de la désargence, il est évident que nous sommes capables de réduire de moitié nos besoins en électricité, voire plus, et sans exiger le sacrifice de la technologie sur l’autel de la décroissance. Le propre du capitalisme contemporain est d’inventer des problèmes pour nous vendre ensuite des fausses solutions, ce qui représente pour beaucoup de travailleurs pauvres et de chômeurs, la misère, l’électricité en moins !...

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