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Désargence.over-blog.com

L’escroc sans argent… ?

4 Janvier 2020, 17:14pm

                Si l’argent jadis offrait un boulevard à tous les escrocs, voleurs, magouilleurs, trafiquants, faussaires…, il faut bien admettre que l’abolition de l’argent leur coupe sérieusement l’herbe sous les pieds. Dans une société où chacun a accès à tout ce qui lui est nécessaire ou utile, quel intérêt auraient-ils à s’accaparer le bien d’autrui ? Comment soutirer au voisin un avantage quelconque si le voisin ne manque de rien ?

                Pour imaginer les déviances possibles dans un système a-monétaire, il faut faire un gros effort intellectuel. Dans le roman de fiction “ Le Porte-monnaie, une société sans argent”, l’un des personnages avait fait fortune dans les machines à sous et la prostitution.  La disparition de l’argent entraîne de facto la fin des jeux d’argent et le métier de proxénète devient impossible. Le malheureux cherche désespérément comment exercer ses talents de magouilleur et ne trouve que des ersatz  qui ne nuisent pas à autrui et ne lui permettent pas de s’enrichir. Il devient honnête, non par conversion, mais par nécessité.  

                Le métier de voleur n’a de sens et d'intérêt qu’avec la participation de riches et de gendarmes. Certes, dans n’importe quel système économique, y compris a-monétaire, il y aura toujours des plus ingénieux, des plus travailleurs, des plus malins qui arriveront à accumuler des biens pouvant faire envie aux autres. Les voleurs dans ce cas seront du type “voleur de vélo” et bien plus rarement des “voleurs de bijoux”. Un vélo se prend, facilite un déplacement et se dépose un peu plus loin. Un bijou n’a d’intérêt que s’il est fourgué à un receleur contre de l’argent. Or l’argent n’est plus en usage. Que faire alors de kilos de perles, diamants, métaux ciselés qui ne s’échangent contre rien ?

                Le proxénétisme n’est possible que s’il y a des femmes et hommes dans un état de misère telle qu’ils n’aient d’autre moyen de survie que de louer leurs corps. Quelle personne prendrait le risque de se mettre sous la coupe d’un autre, de s’offrir à des inconnus si elle a de quoi manger, boire, se loger, se vêtir… ? Il est vraisemblable que dans une société a-monétaire, certaines personnes jouissent de la multiplication de partenaires inconnus. Mais en échange de quoi ? La prostitution passerait automatiquement de l’exploitation de personnes faibles par des malveillants à la catégorie des perversions sans conséquences. Pour le coup, on pourra évoquer la liberté d’user de son corps à sa guise, ce qui avant l’abolition n’était qu’arguties fallacieuses !

                L’escroquerie, l’abus de pouvoir sur personne fragile, le chantage, sont automatiquement réduits à des cas pathologiques qui mettent vite les acteurs en mauvaise posture sociale. Ces actes délictueux ne peuvent être qu’individuels et évitent la bande organisée, la mafia. On voit bien par ces exemples que le cadre social induit des comportements humains qu’il amplifie ou limite. L’argent induisait la malhonnêteté à tous les étages, la désargence permet de réguler mieux que ne l’auront jamais fait la police, la justice, les systèmes de punition.  

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