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Décolonisation, décapitalisation…

26 Janvier 2020, 11:54am

Publié par AUPETITGENDRE Jean-François

Le jour où des Indiens pieds nus ont battu les Anglais...

                En visionnant un reportage d’Arte sur la décolonisation,  (⚭) je n’ai pu m’empêcher de faire un curieux parallèle entre les processus de décolonisation et nos souhaits de sortie du capitalisme. En effet :

 

La colonisation a été un phénomène mondial qui a peu à peu mis la moitié de la planète sous le joug d’une autre moitié.  

Le capitalisme a été un phénomène mondial qui a peu à peu colonisé toutes les formes politiques existantes, y compris les communismes soviétique et chinois, et a fait peser son joug sur la grande majorité des peuples au bénéfice d’une oligarchie mondiale.

 

C’est essentiellement la recherche des profits financiers qui a motivé cette colonisation.

C’est également la recherche des profits financiers qui a poussé la sphère marchande à s’étendre à tous les “marchés” existants ou potentiels, quel qu’en soit le prix. 

 

Le colonialisme a été une démarche purement mercantile et s’est appuyée sur un discours scientifique (la prédominance de la race blanche), sur une justification civilisatrice (le modèle occidental est le seul qui puisse amener le progrès), sur la soumission des peuples colonisés au modèle des colons (soumission par la force et la terreur, par la division des clans et ethnies, par la religion et la négation des cultures indigènes).

Le capitalisme s’est appuyé sur un discours scientifique (la science économique), sur des justifications humanistes (la richesse de l’oligarchie allait ruisseler sur la masse), sur la soumission des peuples au modèle économique (par la propagande, la compromission - nous rendre tous complices du système, la mise en concurrence des individus et des groupes sociaux, par la religion du consumérisme, par la destruction systématique des cultures traditionnelles - les Humanités, les systèmes d’entraide et de répartition, les traditions artistiques et spirituelles…), et enfin par l’uniformisation des modes de vie, le gommage de toutes les différences pour que l’individu “enfin libre” devienne l’esclave d’usages dont il n’a plus aucune maîtrise.

 

La décolonisation ne s’est imposée que par le sacrifice d’une foule de militants, et a été très vite remplacée par un néocolonialisme. Son histoire n’a été que très récemment étudiée hors du cadre colonial et dans l’optique d’en dégager un bilan “globalement positif”.  Les opposants  au capitalisme se heurtent à des répressions féroces partout où ils s’expriment, d’Alger à Paris, de Beyrouth à La Paz, de Hong-Kong à Bagdad. Dès qu’une contestation se formalise, une nouvelle version capitaliste apparaît, de plus en plus sauvage et inégalitaire, pour aboutir au néolibéralisme actuel. L’histoire de cette évolution est confisquée par des lauréats du Nobel, par des universités grassement subventionnées, par des médias aux ordres, pour que nul ne doute qu’elle soit la fin de l’Histoire, le dernier avatar pensable du progrès social, le TINA…

 

                Comparaison n’est pas raison, me dit-on ! Certes, le capitalisme n’a pas induit l’esclavage, juste le salariat et le dumping auquel il l’a soumis. Il n’a pas induit des génocides comme ceux de la colonisation, seulement des massacres à bas bruit sous forme d’exclusions et sous couvert de “crises”. Il n’a pas induit le racisme ethnique puisqu’un noir peut devenir  Président, un Amérindien être reconnu comme artiste de talent, juste quelques centaines de millions réfugiés dans des camps, de paysans sans terre, de travailleurs sans travail autour d’usines sans commandes, et pire que tout, un nombre croissant d’humains superflus qui n’intéressent personne et que personne n’écoute. Il est probable que tôt ou tard, des colonisés comme l’indienne Lakshmi Bai (⚭), la kényane Mary Nyanjiru (⚭), le sénégalais Lamine Senghor (⚭), le marocain  Abdel-Krim du Rif (⚭) et tant d’autres, seront remis au goût du jour par les anticapitalistes pour décoloniser la planète de l’emprise des financiers…

                Les mêmes  problèmes de stratégie ont affecté les colonisés et les “capitalisés” : dans un rapport de force qui nous est largement défavorable, par quel biais atteindre l’ennemi ? Les joueurs de football du “Mohun Bagan”, pieds nus, ont gagné la redoutable équipe du  “East Yorkshire Regiment”, le 29 juillet 1911 à Calcutta, ont détruit ainsi l’idée que les Anglais étaient en tout les plus forts et ont posé les bases d’un idéal de liberté ! (⚭). Il y a eu la lutte armée de la princesse Lakshmi, le foot du  Mohun Bagan, la non-violence de Gandhi. Aujourd’hui encore, on nous somme de rallier un camp, au mieux de viser une convergence des luttes. Devrions-nous choisir entre Blackbloc ou Extinction Rébellion, entre Écologie ou Décroissance, entre Économie symbiotique ou solidaire, entre foot ou ZAD, entre vote ou abstention, entre Colibri ou Désargence ?... Tout est bon qui nous sort du capitalisme sauvage, tout est risqué qui nous y maintient !

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