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Désargence.over-blog.com

Un problème d’échelle ?…

5 Décembre 2019, 17:39pm

                Il ne se passe pas un débat sans qu’on nous rappelle qu’une société sans argent est bonne pour une île, une petite communauté, mais qu’elle est impensable à grande échelle. Les sociétés connues qui n’ont pas utilisé le médium argent n’étaient que des tribus, pas des grandes puissances.

                Bien qu’historiquement faux, c’est sans doute là l’argument le plus sérieux contre une désargence mais qui, une fois de plus, est pensé dans le cadre actuel et sans tenir compte des techniques actuelles. Ce que tente de faire l’échange marchand n’est pas autre chose que d’établir un lien entre des besoins et des moyens, du plus proche au plus lointain. Ensuite, il s’agit de savoir si l’on a les moyens de les acquérir, de les transporter, de les vendre. L’accès tel que nous le pensons ne fait pas autre chose, à la différence près qu’il n’est plus question de valeur mais de disponibilité, plus d’échange mais de mise en libre accès.

                Or, nous avons aujourd’hui un outil fabuleux pour répondre à ces questions, tant sur le plan local que mondial : le numérique. Quel que soit la matière, l’objet, le savoir-faire, l’information recherchée, nous savons mettre ça en tableaux, comptabiliser les ressources et les désirs, ce que l’on peut mettre en accès libre, en accès limité ou au contraire ce que l’on doit préserver de tout usage. Nous le faisons tous les jours sur des sites d’échanges et d’achats, sur des encyclopédies en ligne…

                Wikipédia en est un bon exemple. Il publie chaque année plus de données qu’une encyclopédie classique ne peut le faire en dix ans. Personne n’est salarié pour cet énorme travail. Tout le monde peut y participer. Cela induit bien sûr la possibilité d’y publier un article sur la physique quantique sans en savoir le début d’un commencement et d’y introduire quantité de contre-vérités. Mais dans l’heure qui suit cent spécialistes auront alerté les lecteurs, corrigé les erreurs, ce que ne peut faire une encyclopédie classique quand une découverte rend caduque une information ancienne, sinon après plusieurs années, dans une nouvelle édition.

                Un autre exemple plus sophistiqué est la base de données mondiale constituée à partir de photos satellites des forêts. En temps réel, nous pouvons savoir l’état sanitaire d’une forêt, les essences qu’elle contient, les ressources que l’on peut en tirer sans lui nuire, et tout cela avec une précision au mètre carré près ! Ce qui a été fait pour la forêt peut tout aussi bien se faire au sujet de la production agricole. Il suffit pour cela d’établir une collaboration entre scientifiques, informaticiens, agriculteurs.

 

                Les sceptiques hurlent aussitôt à la dictature du big data, aux risques du piratage, à l’énergie colossale qu’exigent ces bases de données, au contrôle que certain pourrait en tirer, etc. C’est oublier qu’Internet aujourd’hui est construit sur le modèle capitaliste et qu’il évoluerait très différemment sans l’impératif catégorique du profit financier. Google a été  créé dans une économie de marché où la moindre information a une valeur marchande, donc qui représente un capital à préserver et sans cesse augmenter. Depuis on a inventé la blockchain qui décentralise les données et se déploie en réseau. C’est encore un système pensé dans le cadre de l’argent (puisqu’essentiellement crée pour le bitcoin). Mais on semble se diriger maintenant vers l’holochain qui fédéraliserait le moindre ordinateur particulier pour le faire entrer dans un maillage plutôt que dans un réseau. De toute façon, on voit mal comment un tel outil ne pourrait pas techniquement évoluer avec le système global si celui-ci changeait…

                Quant au piratage, si demain, il n’y avait plus d’argent et donc aucun moyen de réaliser des profits financiers, tous les hackers seraient au chômage et n’auraient plus qu’à se recycler dans l’invention de systèmes d’entraide, de solidarité, d’accès. Les Services de renseignements aussi devront se recycler faute d’État pour les financer…

                J‘imagine donc assez bien, et sans  folie imaginative débridée, que sans argent, nous pourrions tous être dotés d’ordinateurs enfin inusables (ou du moins réparables par n’importe quel bricoleur du coin), avec de grandes capacités de mémoire (le coût de ces cartes mémoires actuels ne correspond en rien au temps de travail ou aux matériaux utilisés), dotés de logiciels libres et adaptés aux besoins particuliers réels, tous reliés les uns aux autres pour que les informations circulent Nous pourrions savoir en temps réel où se trouvent les légumes mis en libre accès, les produits qu’il faut ménager en raison des saisons ou de leur quantités réelles. Nous pourrions trouver la compagnie de cargo-voiliers faisant le trajet Brest-Cayenne capable de nous rapporter quelques tonnes de ce café qui persiste à mal se cultiver chez nous. Actuellement, les cargo-voiliers existent, les producteurs de café  aussi, et je doute que ces passionnés de la voile et du café ne s’arrangent entre aux pour nous satisfaire quand c’est possible et raisonnable, ne serait-ce que pour leur bon plaisir…                

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