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Désargence.over-blog.com

Tous ou personne...

30 Décembre 2019, 16:08pm

Capture d'écran série Effondrement EP2

 

                Est-il plausible qu’un pays entre seul en désargence ou faudrait-il que le changement soit global et simultané dans le monde entier ? La coexistence des deux systèmes, l’un monétaire et l’autre a-monétaire est-il possible ? C’est généralement une question abordée pour considérer l’abolition comme utopique, partant du présupposé que jamais l’unanimité se fera sur un tel sujet.

                Les tenants de l’éradication du modèle marchand s’en sortent généralement en postulant qu’une désargence s’imposera simultanément et ne relèvera pas d’un choix mais de circonstances mondiales que personne ne maîtrise. En effet, si l’un des fondements essentiel du capitalisme s’effondre, par exemple une croissance zéro à laquelle plus aucun État n’échapperait ou une hyperinflation qui gripperait l’intégralité des complexes bancaires, l’économie mondiale se retrouverait sans aucun recours et en quelques jours, tout moyen de paiement deviendrait obsolète. L’hypothèse relève sans doute de la pire dystopie qui soit mais n’est pas impossible. La catastrophe serait telle que l’humanité serait alors prête à accepter n’importe quel système qui la sorte du marasme.

                Dans ce cas, on voit mal comment une puissance quelconque arriverait à refonder avec son seul marché intérieur, sa seule création monétaire et ses seules ressources énergétiques et industrielles, un nouveau système marchand absolument autonome. Elle se retrouverait rapidement en conflit ouvert avec tous les autres.

                Mais il n’est pas  fou cependant de penser qu’un État ose se lancer dans une organisation a-monétaire face à une crise mondiale imminente. Si l’organisation d’un système centré sur l’accès aux biens, services et savoirs est mis en route dans un seul pays, il est possible que d’autres États suivent, sous la pression populaire ou en pensant que c’est une solution  temporaire susceptible de calmer la grogne.

                Mais pour qu’une Nation ose ce pas, il faudra qu’entre temps, un immense travail de préparation, d’élaboration du projet ait été réalisé à tous les niveaux de la société initiant ce saut dans l’inconnu. Sans un récit préalable et très concret de ce qui est possible, la réponse à une crise globale risque plutôt d’être celle bien connue de la guerre mondiale !

                Dans tous les cas, l’arrivée d’un effondrement à brève échéance commence sérieusement à faire recette. En décembre 2019, une série télévisée a commencé à imaginer les lendemains de crise (réalisée par Guillaume Desjardins et Jérémy Bernard). Les deux premiers épisodes de la série “Effondrement” imagine un super marché au deuxième jour et les problèmes de liquidités, d’électricité, de pénuries qui émergent  et une station-service prise d’assaut par des chauffeurs sans carburant. Bien entendu, la série paraissant sur Canal Plus, la chaine TV de Vincent Bolloré, elle prend dès le départ le parti de la dystopie, du catastrophisme.  Les raisons et circonstances de la crise sont éludées et le scénario commence à J+2. Les seules réponses évoquées sont celles de l’individualisme et de la violence. C’est naturellement un axe plus porteur, pour ne pas dire plus commercial, que celui qui montrerait des situations de coopération et d’entraide. Il est pourtant évident que dans un contexte de pénurie, ce sont ceux qui savent s’organiser et se protéger mutuellement qui survivront, bien plus que les individus armés mais isolés.

                S’il y a une chose à préparer pour éviter la dystopie avant qu’une crise majeure ne nous mette au pied du mur, c’est bien de proposer une utopie, le récit d’une  organisation plus sereine qui nous laisse le temps d’inventer autre chose que le modèle qui nous aura entraîné vers le gouffre.  

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