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Survalisme et survisme…

30 Décembre 2019, 17:14pm

 

                L’annonce d’un effondrement global par les collapsologues a provoqué l’émergence de quantités de promoteurs du survivalisme. Quand tout le Monde sera plongé dans le chaos, quand aucun des services encadrés par la Loi ne sera plus en état de fonctionner, comment survivre face à la violence et la pénurie généralisée. “L’assurance vie” du survivalisme prend des aspects différents selon qu’elle est  pensée individuellement ou collectivement, en partant d’une position de riche ou de pauvre.

                Individuellement, les survivalistes se présentent comme des “Rambo” capables de se défendre contre tous et de se suffire à soi-même en milieux hostiles avec des moyens réduits. Des coaches proposent des formations, des manuels sont publiés pour nous enseigner l’art de faire du feu, de fabriquer des armes, de protéger un lieu de vie, de chasser, pêcher, cueillir herbes et fruits sauvages. Si ces propositions font recettes tant que l’effondrement n’est qu’à venir, elles apparaissent illusoires. Que peut faire un individu seul face à une troupe organisée ? La vie sauvage est attractive dans les films mais même dans le cas du cinéma hollywoodien, le personnage de Rambo fini désarmé et en pleurs dans les bras de son colonel instructeur.

                Collectivement, nous avons des communautés qui imaginent une vie rurale sobre et autonome en tout, des microsociétés idéales qui permettraient de vivre l’effondrement “en famille” dans une paix relative quand tout est bouleversé autour d’eux. Cela paraît certes plus sympathique que le Rambo guerrier, mais tout aussi illusoire. Les habitants des villes devenues des enfers sans nourriture, sans eau courante et potable, sans chauffage et sans énergie vont se ruer sur ces petites communautés qui seront vite débordées et devront défendre leur pré-carré, vraisemblablement les armes à la main.

                Les riches sont plus pragmatiques et ont les moyens de leur pragmatisme. Ils ont déjà repéré des lieux climatiquement favorables, faciles à défendre avec des milices privées de qualités. Ils préparent des bunkers à l’abri de tout danger, bourrés de technologie et de réserves alimentaires. Les projets foisonnent, qui dans des îles isolées du pacifique, qui dans les pays scandinaves ou dans les Appalaches américaines.

                Les pauvres sont plus friands de technologie douce et de permaculture. Apprendre à vivre avec peu, ne dépendre de personne, ni pour l’énergie ni pour la santé, a au moins l’avantage d’expérimenter et de proposer un mode de vie plus compatible avec une situation de crise grave. Mais si ce modèle ne manque pas d’intérêt, résisterait-il à un environnement hostile ?...

                Quelle que soit l’option que les survivalistes choisiront, cela procède toutefois de l’idée que l’effondrement peut bien advenir, l’issue de secours est possible. Faute de pouvoir éviter l’effondrement ou même de le limiter, on s’invente des solutions d’urgence, ce qui évite de poser le problème le plus important, vers quel monde voulons nous aller ? …

               

                Plus intéressant, c’est l’idée de “survisme”, une théorie issue de la psychologie comportementale. Elle se définit par la maxime : « On fait toujours ce qui nous semble assurer notre survie, on ne fait jamais ce qui nous semble ne pas assurer notre survie. » Cette idée attribue à un instinct de survie plus ou moins conscient l’intégralité de nos comportements, de nos réflexions. Elle échappe donc à la morale au profit du traitement des informations par le cerveau.

                La théorie psychologique du survisme propose une toute autre vision que celle de Rambo. Elle propose de décrypter comment est traitée l'information dans le cerveau et en arrive à la conclusion que nous trions toute information comme susceptible d’assurer ou de menacer notre survie. En réponse à cette analyse, nos émotions seront positives ou négatives, entraîneront des réflexes de défense ou d’empathie vis-à-vis de l’autre. Nous faisons toujours ce qui se approche le plus de la survie et rejetons ce qui nous semble apporter le danger.

                Un effondrement global nous met tous en danger et risque d’exacerber nos réflexes de défense. Mais si nous avons appris à reconnaître ces réactions quasi animales ou en tous les cas primaires,  il est possible que cela nous amène à faire le bon choix. Rambo a beau être fort et hyper entraîné,  il finit par rechercher la compagnie rassurante de son colonel instructeur ou le calme d’un monastère bouddhiste.  Dans la nature, l’espèce qui survit le mieux aux prédateurs est celle qui est capable d’entraide, pas celle du loup solitaire. Or, on sait d’expérience qu’en temps de crise, de guerre, de catastrophe naturelle, l’instinct de survie est capable de faire intégrer à nos cerveaux des comportements tout autres qu’en temps normal. Si aujourd’hui, nous avons pensé nos réactions dans l’optique du survisme, si quelques personnes nous ont proposé un récit entendable et désirable pour dépasser l’effondrement, alors il est probable qu’au-delà de notre histoire personnelle, des idées reçues sur la nature humaine, beaucoup plus de gens qu’on ne le croit généralement sauront sortir du modèle Rambo…         

 

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