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Désargence.over-blog.com

Qui fera les travaux ingrats?...

5 Décembre 2019, 17:58pm

                Voilà bien une autre question récurrente : qui, sans gratification financière, acceptera les travaux pénibles, salissants, voire dégradants ? C’est vrai qu’actuellement, aucune femme n’accepte plus de torcher ses enfants sans une récompense immédiate, que nul ne songerait à s’épuiser dans un long jogging s’il n’y était obligé, que ceux qui débouchent des toilettes malencontreusement obstruées ne le font qu’en échange de salaires royaux, et discrètement car c’est là un travail de basse caste… Soyons sérieux.

                La première objection serait de souligner le caractère profondément immoral de l’enrôlement par l’argent pour ces travaux. Le plus riche peut ainsi se débarrasser de travaux pénibles sur le dos du plus pauvre que la nécessité vitale d’obtenir un salaire contraint à accepter tout et n’importe quoi. Cette nécessité induit aussi des salaires sans aucun rapport avec la pénibilité du dit travail. L’exemple le plus flagrant est celui des “Jumpers” qui travaillent dans les centrales nucléaires. “Sauter” au cœur d’un réacteur pour vérifier la solidité des canalisations, revient à s’exposer à de telles radiations que leurs interventions ne peuvent excéder quelques minutes et qu’ils en ressortent, quels que soient leurs équipements et leur dextérité, avec un cinquième de la dose déclarée létale sur une année. Pour vendre ainsi sa santé contre un salaire à peine supérieur au SMIC, il faut être inconscient du danger, avoir été trompé par un employeur (généralement un sous-traitant d’EDF), ou ne pas avoir le choix. A quoi ressemble une société qui permet ce genre de chose ?...       

                Les hasards de la vie m’ont permis de constater qu’il est des gains autrement plus gratifiants que l’argent. J’ai un temps travaillé dans un centre de soins pour toxicomanes, isolé en pleine montagne et où nous devions faire beaucoup de choses nous-mêmes. La cuisine collective était dotée d’un bac à graisses en sortie des eaux usées et quiconque a ouvert un bac à graisse sait que c’est une horreur. Le vider avec une pelle et des seaux soulève le cœur, et on en garde l’odeur dans le nez des jours entiers.

                A chaque fois que le cas se présentait, nous demandions deux volontaires  parmi ces toxicomanes réputés pour leur goût modéré de l’effort et peu enclins œuvrer dans l’intérêt général. Il était annoncé que sans ces volontaires, la cuisine ne serait plus opérationnelle et qu’il n’y avait pas de vidangeurs professionnels susceptibles de faire ce travail moyennant finances. A chaque fois des volontaires se sont présentés et leur “exploit” utile à tous a radicalement changé leur rapport aux autres. Ils ont été admirés, félicités, et cette soudaine reconnaissance sociale a grandement accéléré leur désintoxication. Le bien-être ne dépendrait-il pas essentiellement du regard que les autres ont sur nous ? Le bonheur ne serait-il pas un simple équilibre entre le “je” et le “nous”, faute de quoi nous serions “à genoux”? Et dans ce cas, la vergogne vaudrait bien plus que le salaire, surtout pour une tâche pénible…

                Cette question si souvent posée n’a de sens que dans le cadre du salariat, mais dans le cadre d’un volontariat, ce qui est nécessaire mais salissant, répétitif, fatigant, ingrat, trouvera sans doute plus de bras qu’en échange d’argent…

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