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Désargence.over-blog.com

Nourrir la planète ?

31 Décembre 2019, 10:52am

 

                  La consommation alimentaire mondiale  était de 5 péta-calories/jour (5 millions de milliards) en 1950, elle est de 25 en 2010 et si l’on continue sans rien changer, pourrait être  de 45 en 2050. Dans le même temps il y avait 2,5 milliards d’habitants en 1950, il y en avait 7 en 2010, il y en aura 9 milliards, nous dit-on, en 2050.  Un tiers des terres émergées sont cultivables et seulement 40% des terres cultivables le sont effectivement. L’industrialisation, l’expansion des villes, l’intensification des infrastructures de transport grignotent chaque jour quelques hectares (60 000 ha par an, soit de 9 mètres carrés par an et par habitant, soit un département tous les dix ans !).  Dans le système agricole le plus répandu, celui d’un productivisme vorace en intrants, les terres cultivées s’appauvrissent dangereusement, et in fine se stérilisent. Nourrir la planète fait donc partie des impasses multiples auxquelles nous sommes confrontés.  On peut aussi ajouter à cette description le gaspillage de la moitié de la production agricole et piscicole pour des raisons de profits, de concurrence, de normes absurdes.

                La sortie de cette impasse ne pourra se faire sans l’arrêt de l’artificialisation des sols, le passage à l’agriculture biologique, le changement radical des modes alimentaires, le retour à l’agriculture vivrière et locale. C’est une vraie révolution qui remet en cause une part importante des structures économique et, qui reste dans le contexte actuel, une utopie.  Il faut donc s’attendre, à moyen terme, à des famines et donc à des migrations de masse, des conflits dans l’approvisionnement, des guerres entre les États.

                  On peut raisonnablement penser que dans une société où les populations retrouveraient la maîtrise de leurs usages alimentaires, ils choisiraient de manger avant d’alimenter leurs véhicules en éthanol, ils opteraient pour des cultures vivrières avant de chercher à écouler leur production sur le marché. Il est donc probable que les proportions entre les productions végétales, animales et industrielles changeraient du tout au tout.  En outre, une société enfin débarrassée des impératifs de croissance et de profits, aurait tôt fait de réhabilité les terres épuisées, d’occuper les espaces boisés en agroforesterie, de régénérer des sols jusque-là réputés  incultes. Toute perspective dans un cadre monétaire ne peut aboutir qu’à d’immenses famines quand les projections que nous pouvons faire dans un cadre a-monétaire rendent réaliste de nourrir 9 milliards d’individus. Pourtant, c’est l’agro-industrie qui  est généralement perçue comme réaliste et à hauts rendements et la société de l’accès comme utopique et à faibles rendement !  

                Serait-il donc plus raisonnable de s’acharner dans le vieux modèle que de tenter d’en changer ? Comment continuer avec de tels chiffres, à penser que la technique va compenser les méfaits de la financiarisation du monde agricole ? Comment espérer vivre en paix si les inégalités sociales explosent alors que nous n’utilisons que 6 à 8% des surfaces disponibles pour nourrir les humains ? Comment convaincre le paysan breton ou picard que la pseudo productivité du modèle “FNSEA-Monsanto-PAC…”, est incompatible avec la plus simple humanité ? Comment pourrions-nous adhérer à l’opinion, encore si répandue, que le capitalisme c’est l’abondance, quand nous sacrifions 90% de nos capacité de production agricole sur l’autel du profit ?...

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