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Désargence.over-blog.com

Nature et culture...

7 Décembre 2019, 15:55pm

 

                Le conflit d’intérêt entre nature et culture paraît insoluble, tant au niveau individuel que collectif. La nature est considérée comme “ce qui est” et la culture comme “ce qui devient”. Toute culture tend à transformer l’essence des choses et des êtres, l’intérêt de la nature est de se conserver.

                L’histoire est vieille comme le monde et se retrouve dans toutes les mythologies avec des propositions antinomiques. Le mythe de Noé illustre la nécessité de préserver la nature face au pécher originel, alors que le mythe de Prométhée propose de donner à l’homme le pouvoir du feu, la promesse de dominer la nature. La même dichotomie se retrouve aujourd’hui existe toujours entre l’écologiste qui veut sauver l’oie cendrée menacée de disparition et l’ingénieur qui rêve d’extraire du sol tout ce qui peut lui être utile en négligeant les dégâts collatéraux. Le conflit est si vieux, si violent, si disensuel, que les descendants de Noé et de Prométhée en sont réduit à l’anathème, au combat idéologique, passionnant mais vain. C’est le combat classique opposant celui qui pense l’homme tel qu’il est et celui qui pense l‘homme tel qu’il devrait être, sujet inépuisable juste bon à exercer l’intelligence des impétrants bacheliers !

                Les deux positions sont aujourd’hui confrontées à des logiques poussées à bout et qui ne résistent pas à la réalité d’un effondrement global à très court terme. En même temps, nous voyons émerger des tentatives très pratiques pour concilier ces deux options en prenant modèle sur la nature. Le biomimétisme, la permaculture, l’agrobiologie se dotent des moyens scientifiques pour mettre en cohérence nature et culture. On peut se demander pourquoi il aura fallu tant de combats stériles, tant d’énergie pour éviter à choisir entre Noé et Prométhée. On se demande pourquoi tant de résistance subsistent chez les extractivistes, les productivistes, les technicistes, sinon la peur de perdre ce système monétaire et marchand si contraire à toute logique naturelle mais si porteur de puissance. La photosynthèse a beau produire une incroyable quantité de végétaux avec la seule énergie solaire et un peu d’eau, elle ne rapporte rien si elle n’est pas intégrée dans un marché, et sans marché pas de fortunes potentielles, même si le marché induit les pillages, l’exploitation sans limites, y compris celle des humains.

                Nos savants modernes tentent de dépasser le paradoxe nature-culture mais se heurtent à des impératifs budgétaires, peinent à trouver les subventions nécessaires. Les agriculteurs bio sont non seulement combattus par l’agro-industrie mais freinés par des règles et des choix politiques d’un autre temps. Tout nous ramène à la seule question fondamentale de l’usage de l’argent sans laquelle nous pourrions enfin embarquer Noé et Prométhée sur le même bateau !

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