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Désargence.over-blog.com

Le syndicaliste et l’exploiteur…

19 Décembre 2019, 13:14pm

                Il fut un temps où le syndicalisme s’inscrivait clairement dans un rapport de force. Les travailleurs représentaient une masse considérable dont le patron ne pouvait se passer, et le patron représentait une puissance économique seule capable d’assurer la survie matérielle des ouvriers privés de toute activité de subsistance. Si les ouvriers se mettent en grève, le patron perdait de l’argent, ce qu’il pouvait accepter dans une certaine limite, si le patron abusait de son pouvoir, il perdait ses ouvriers, là aussi jusqu’à une certaine limite, celle de la faim.

                Puis vint le temps où l’exploiteur est devenu “l’investisseur” susceptible de satisfaire une petite partie des travailleurs et le syndicaliste “un partenaire social” sensé négocier à égalité avec l’investisseur. Les travailleurs sont ensuite devenus des “collaborateurs”. Au lieu de louer leurs bras et leurs savoir-faire, les ouvriers ont vendu des “compétences” et des “motivations productives”. Les exploités sont devenus des “défavorisés”, ce qui élimine à la fois l’exploiteur et le système d’exploitation. Si le syndicaliste défendait l’exploité avec acharnement, pourquoi se mobiliserait-il pour un défavorisé qui n’a simplement pas eu de chance… A ce jeu-là, le rapport de force n’est pas en faveur du salarié !

                Avec le néolibéralisme, l’individu est devenu une entreprise à lui tout seul. Chacun doit être entrepreneur de sa vie, prendre place dans la concurrence du “marché du travail”, ce qui signifie que le travail lui-même est devenu une marchandise qu’il faut “optimiser” pour en tirer un profit. L’argent se condensant mécaniquement, l’entreprise familiale est devenue multinationale, le bon père de famille un actionnaire majoritaire, le patron un PDG, la lutte des classes le combat de tous contre tous dans la chasse à l’emploi puis dans sa préservation.

                L’individualisation de “l’acteur social” face au capital mondialisé est telle qu’il n’y a plus rien à attendre d’une quelconque mobilisation et le récent mouvement des Gilets jaunes en est la preuve qui, partant d’un ras le bol au sujet d’une taxe de trop, en vient à remettre en cause l’ensemble du cadre économique, démocratique, environnemental. Le pouvoir l’a bien compris et l’a montré en développant une violence inédite dans la répression. Les syndicats aussi ont été déstabilisés par ses revendications populaires si différentes des habituels mots d’ordre et tactiques de lutte.

                Le temps n’est pas encore venu où une majorité osera sauter le pas et prendre le risque d’un changement total de cadre, par exemple d’abolir l’échange marchand. Nos sociétés sont actuellement dans la position du “pas suspend de la cigogne” comme le suggère le film d’Angelopouplos. Un pied levé prêt à sauter dans l’inconnu, mais le mouvement figé par l’énormité du voyage. Pourtant, quelle solution avons-nous autre que celle d’abolir cet enchaînement mortifère de l’échange marchand, de l’argent, du profit, de l’extinction possible de l’espèce humaine… ?

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