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Désargence.over-blog.com

Le poker économique.

6 Décembre 2019, 16:35pm

 

               La santé d’une entreprise, du moins celles que l’on qualifie de “Fleurons de l’économie”, repose sur les capitaux qu’elle peut capter, en partie grâce à l’actionnariat. Pour l’actionnaire, le seul intérêt de financer ces fleurons est d’investir 100 euros pour en récolter 5 ou 10 à la fin de l’année, sans avoir fait autre chose que de choisir son placement.

                La valeur d’une action varie en fonction du gain que l’entreprise promet à ses actionnaires et de la classique loi de l’offre et de la demande. A moins de vouloir pénétrer le Conseil d’Administration pour influer le cours de l’entreprise, l’actionnaire s’intéresse guère aux objectifs de l’entreprise, à ce qu’elle produit et dans quelles conditions. Il se fie à des traders, à des commentaires de journaux économiques et mise sur telle action plutôt que sur une autre. Nous entrons là dans le domaine du jeu, de la loterie, voire du poker.

                Les gains de l’actionnaire dépendent du risque qu’il prend. Celui qui veut jouer gros misera sur une startup encore peu connue mais hypothétiquement promise à un bon développement plutôt que sur une action garantie par l’État, généralement limitée à 2 ou 3%. Le parieur du PMU qui mise sur un tocard prend le risque de perdre sa mise ou de gagner gros, celui qui mise sur le champion a plus de chances de gagner, mais des sommes limitées et partagées entre des centaines de “prudents”.

                Quand on place ses économies sur le marché des actions, à moins d’être un professionnel ou proche d’un cénacle d’entrepreneurs, on est complètement dépendant, dans ses choix, des informations et des conseils de gens qui n’ont guère intérêt à dilapider leurs savoirs à tous les vents. Et là, on est franchement dans le domaine du poker où le gagnant n’est souvent que le meilleur bluffeur. Pour les néophytes, imaginons un joueur A qui tient en main une quinte flush (cinq cartes de même couleur qui se suivent). Il est presque sûr de gagner à moins qu’un autre joueur ait une quinte flush royal (un as, un roi, une reine, un valet, un dix de même couleur, ce qui est extrêmement rare). Le joueur B n’a en main qu’un misérable brelan (trois cartes identiques). Mais à la réception des cartes, il prend une mine étonnée, puis hilare, puis sereine, il relance (met sur la table une mise plus grosse que toutes les autres). Le joueur A ne peut savoir si B a plus que lui ou s’il bluffe. Il risque de tout perdre en un coup, parfois de grosses sommes. S’il est sûr de lui ou s’il a décelé chez B une manœuvre d’intoxication, il suit. S’il a un doute, il se couche et perd tout alors qu’il aurait pu tout gagner.

                Tant qu’il s’agit d’adultes consentants qui cherchent le grand frisson, c’est un jeu. Mais quand il s’agit d’économie, de l’avenir d’une entreprise et de ses salariés, du petit épargnant qui s’est laissé convaincre par le conseiller de sa banque de placer ses petites économies, le grand poker menteur de la bourse relève du crime organisé, du “meurtre en réunion sans intention de donner la mort”.  Et penser que toute l’économie mondiale, pourtant cautionnée par des personnalités politiques et des économistes nobélisés, repose sur des parties de poker, laisserait pantois tout citoyen normalement constitué s’il en prenait conscience.

                C’est pourtant bien la réalité. Que font d’autre les traders qui achètent et vendent chaque jour des milliers d’actions, au rythme de la nanoseconde, sinon faire fluctuer artificiellement leurs valeurs ? Que font d’autre les cabinets de fusion-acquisition, sinon faire croire que telle société n’est plus rentable, que telle autre est en plein essor, sinon faire comme le joueur de poker dont la main est minable et l’emporte sur celui qui possède un flush royal ? Notre président Macron s’est pourtant fait un nom en exerçant cette profession pour le compte de la banque Rothschild. Bernard Tapie a fait sa fortune avec des “redressements d’entreprises” achetées parfois 1 franc symbolique et revendues aussitôt 125 millions de francs (affaire Téraillon). Georges Soros a lancé un raid monétaire sur la City de Londres et a gagné au passage 1,1 milliard de dollars en quelques heures, entrainant aussitôt une dévaluation de 20% sur la livre sterling, avec les conséquences sociales que cela implique. Macron est devenu président, Tapie sort libre de tous ses procès, Soros fait la pluie et le beau temps dans nombre de gouvernements ! Les dégâts humains et sociaux que ces gens-là ont provoqués ne seront jamais jugés tant que le système marchand sera la règle du jeu.

                Les Thomas Piketty, Paul Krugman, Olivier Blanchard, Robert Lucas…, et même les plus honnêtes et généreux tels les Frédéric Lordon, Bernard Friot, Jacques Sapir…, parlent de parties de poker et les appellent de l’économie. Peut-il vraiment y avoir une ambition sociale, une vision environnementale, une volonté de solidarité, un minimum d’honnêteté dans un jeu fondé sur le hasard, le mensonge, la ruine de l’autre, le chacun pour soi… ? Les politiques et les financiers ont-ils encore une quelconque compétence ou  misent-ils sur le hasard des cartes et leur capacité à bluffer tout le monde ?...       

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