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Désargence.over-blog.com

Le loup et l'agneau

10 Décembre 2019, 15:10pm

Publié par Jef

 

                “La raison du plus fort est toujours la meilleure” nous dit Jean de la Fontaine et, d’une certaine façon, il a raison car, ce présupposé est aussi vieux qu’Ésope (soit six ou sept siècles avant notre ère). C’est pourtant une erreur trop souvent répétée qui a fini par devenir une vérité ! Le loup ne mange l’agneau que par nécessité n’ayant pas encore été contaminé par le véganisme ! L’homme puissant, par sa force physique ou sa richesse, n’exploite le pauvre ou le faible qu’en vertu d’un système qui l’y contraint depuis si longtemps qu’il nous paraît naturel. Une morale immorale et une observation tronquée de la nature privilégiant la compétition plutôt que l’entraide ont naturalisé la conception de “l’homme loup pour l’homme”.

                Une société d’argent est fondée sur la compétition, la recherche incessante de puissance, la compétition, la hiérarchie. Dès la maternelle, les enfants sont en compétition pour savoir qui pisse le plus loin ou qui est la plus belle. Et jusqu’à son dernier jour, l’homme et la femme sont en concurrence pour établir qui réussit le mieux, vieillit mieux, sait se faire aimer… Ce n’est pas une fatalité et certaines sociétés ont échappé à cet injonction. Une société sans argent serait, par nécessité, fondée sur l’entraide et non l’enrôlement, sur l’intérêt commun et non sur le profit, sur l’interdépendance et non sur la concurrence. Nul doute qu’au bout de quelques décennies, la fable du loup et de l‘agneau paraîtrait tout à fait incongrue.

                Avec l’argent, le choix est entre la situation d dominé ou de dominant, et choix est en outre truqué par la logique de classe bien plus que soutenu par les qualités personnelles. Sans l’argent, le choix est entre la posture  du loup solitaire et prédateur ou celle de la sécurité et de la puissance du collectif. Il y a tout lieu de croire que les loups solitaires seraient rares et donc aisément contrôlables.

                La vision d’une nature de l’homme, égoïste et violent, a fait son temps et a montré son inefficacité. Il est temps que l’autre loi de la nature, celle de l’entraide et de la collaboration prenne la place que l’humanité logiquement mérite. Cela nous éviterait d’être la seule espèce à scier la branche sur laquelle elle est assise, à établir des rapports de force aussi disproportionnés, à imaginer des structures sociales qui la conduisent à sa perte.

                Il paraît alors vain d’appeler les prolétaires de tous pays à s’unir, de rappeler que leur servitude est volontaire, de chercher une synergie des mouvements ou fonder de nouveaux partis aux programmes révolutionnaires. Une fois la loi de la jungle naturalisée, elle justifie l’argent comme principal moyen d’émancipation. Le cercle vicieux est bouclé, le rapport des forces est définitivement en faveur des loups, des oligarchies, des ploutocraties, des aristocraties, et à défaut, du plus beau, du plus malin, du plus célèbre. Nous sommes déjà très loin du temps où Kropotkine tentait de vulgariser l’autre loi de la nature, celle de l’entraide. Pressés par l’urgence et le risque d’un effondrement total, nous allons très vite nous retrouvé dans une situation telle que ces plus, ces mieux, paraîtront archaïques.  C’est une opportunité qu’il ne faut pas laisser passer, le seul outil qui vaincra les résistances mentales au changement de société…

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