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Désargence.over-blog.com

Le concept de valeur.

2 Décembre 2019, 15:45pm

                Le concept de valeur chez Marx part de la “valeur-travail” de Ricardo : la valeur d’un objet dépend de la quantité de travail nécessaire à sa fabrication. Mais il y ajoute la “plus-value” qui est empochée par le capitaliste. De là, il en vient à dire que “en tant que valeurs, toutes les marchandises ne sont que du travail humain cristallisé”. Cependant, le terme “valeur” est sans cesse utilisé dans le langage courant pour définir la place de l’objet dans des hiérarchies d’intérêt, de prix, de beauté, etc.

                En ce sens, la valeur d’un objet est une notion complexe tant elle dépend de critères différents : sa qualité intrinsèque, l’usage que l’on en a, le temps qu’il a fallu pour le fabriquer, la valeur de ses composants, sa rareté, la demande plus ou moins forte de l’objet, la mode du moment… La valeur aussi s’entend par rapport à la morale, à l’éthique : nous défendons nos valeurs, aussi immatérielles soient-elles, aussi peu susceptibles d’entrer dans des hiérarchies marchandes.

                Dans une économie moderne, la valeur dépend aussi de la concurrence, du contexte social, et aussi du jeu commercial qui fait que les prix n’ont souvent rien à voir avec la valeur réelle. On pourrait penser que d’affreux spéculateurs affichent des prix allant bien au-delà de la valeur réel, mais il est plus exact de s’avouer que c’est la marchandise elle-même qui définit sa valeur par le biais d’un échange marchand qu’aucune des deux parties ne contrôle réellement, au point que l’on a inventé “la main invisible du marché” !

                Quand Anselm Jappe déclare indispensable l’abolition de la valeur, c’est sous l'angle marxiste, dans un cadre où plus personne n’est à même de contrôler ni les prix, ni la valeur. Abolir l’argent ne va faire disparaître la valeur, mais elle va cesser d’être traduite en chiffres monétaires. Ce n’est pas une fable pour enfant, puisque nombre de personnages tout à fait modernes ont fait fi de la valeur qu’ils avaient produite.

                                 Citons l’un d’eux pour l’exemple : Timothy John Berners-Lee est l’informaticien britannique qui a inventé le WEB (plus exactement le langage HTML) vers 1990 alors qu’il travaillait pour le CERN. Avec un collègue belge, ils cosignent un texte intitulé “WorldWideWeb : Proposition pour un projet hypertexte”. Berners-lee était assis sur une montagne de dollars mais fit don de son invention à l’humanité en raison de son universelle utilité. Ce que nous utilisons chaque jour, sur les réseaux sociaux comme sur les moteurs de recherche, nous le devons à cet homme. Il continue son œuvre aujourd’hui au sein d’une start-up centrée sur l’open-source pour nous redonner la maîtrise de nos données. Si Google compte les sous qu’il se fait avec le WEB qui lui avait été offert, Berners-lee va peut-être nous “dégoogliser”, pour le fun.  Choisir entre un capitalisme, même à visage humain, et une civilisation de l’accès, c’est choisir entre Google et Berners-Lee !  Adieu la valeur de la marchandise…

                              Que l'on utilise cette notion de valeur dans son sens commun ou selon la philosophie de Marx, il parait évident qu'une abolition de l'argent, outil d'évaluation et d'étalonnage par excellence, changerait radicalement de sens et d'usage. Nous y reviendrons dans le chapitre "post-monétaire".

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