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Désargence.over-blog.com

Le centre de gravité de la vie politique

6 Décembre 2019, 17:16pm

 

                Le centre de gravité de nos systèmes dit démocratiques est, selon les cas d’espèces constitutionnels, le pouvoir exécutif ou le parlement. C’est l’élection qui est sensée légitimer ces pouvoirs. Or, on perçoit depuis quelques années, une tendance très nette des peuples à exiger l’exercice d’une démocratie directe ou, a minima, d’un contrôle renforcé des pouvoirs qu’ils se sont choisis. Il y a là deux mouvements contradictoires qui peinent à se fondre dans un consensus.

                La question préalable est de savoir qui a la meilleure capacité à décider d’une politique, entre celui qui est directement concerné ou celui qui est techniquement le mieux préparé. D’un côté le pêcheur, l’agriculteur ou l’enseignant qui déclarent être les seuls compétents en matière de pêche, de culture ou de pédagogie, de l’autre des politiques qui se proclament au-dessus des intérêts privés et pensent que les bonnes décisions ne peuvent être que transversales aux différents secteurs. On voit au milieu, des contestataires du système actuel considérer qu’entre les lobbies industriels et les défenses corporatistes, il n’y a pas de différence qualitative. C’est le cas d’Etienne Chouard qui cherche à faire rédiger une Constitution par le peuple lui-même au motif qu’une Constitution est là pour limiter le pouvoir des gouvernants et ne peut donc pas être rédigée par ceux qui exercent ce pouvoir.

                La solution d’Etienne Chouard pour sortir de cette contradiction, c’est le tirage au sort, présumant qu’une équipe désignée par le sort, une fois bien formée et informée, n’est pas moins incompétente que les experts et professionnels de la chose publique. Dans les deux cas pourtant, rien ne prouve que des réponses adéquates soient garanties par un honnête parlement ou par une assemblée tirée au sort. En effet, dans un système capitaliste, l’intérêt commun étant le profit, si deux partis entrent en conflit (des intérêts contradictoires entre les pêcheurs et les agriculteurs par exemple), c’est toujours celui qui a les plus gros moyens financiers qui est susceptible de soudoyer les conseils scientifiques, de se payer les meilleurs communicants, et in fine de convaincre les politiques du bien fondé de ses intérêts.

                Il y aurait une troisième voie rarement exploitée, celle du système du “logiciel libre”. Aucun système ne peut prétendre à la perfection, ni même s’en approcher. Ce n’est qu’à l‘expérience que l’on découvre les erreurs ou les effets positifs. Les “systèmes agiles” issus de l’informatique sont ainsi prévus pour qu’ils puissent être constamment modifiés par les usagers. C’est très concrètement que des logiciels ont évolués dans le temps à partir de données et de constats qu’il eut été impossible de prévoir à la conception.

                Le problème pour adapter l’esprit des systèmes agiles à la politique, réside essentiellement dans le coût financier des remises en causes, des mises à jour. Un projet d’infrastructure de grande importance, qu’il soit voté par un parlement ou décidé par une assemblée tirée au sort, une fois lancé ne peut être remis en cause sans pertes financières. En revanche, une société a-monétaire, débarrassée des questions de financements, de rentabilité, de profits, n’aurait aucun mal à abandonner un projet jugé à la conception utile mais qui s’avérerait critiquable en cours de route…

                Mais il se trouve que les sciences sociales ont jusqu’à présent été incapables de poser des règles aussi incontestables que l’attraction électrostatique, la répulsion quantique, le rayon de Bohr. Pourquoi nos sociétés humaines fonctionnent-elles avec des règles contradictoires avec celles de la nature ? N’y aurait-il pas de rayon de Bohr dans les sciences sociales ?... Il semble bien que ce ne soit pas le cas quand on voit le lobby pharmaceutique s’opposer au lobby de la santé, celui des pétroliers à celui des énergies renouvelables, celui de la grande distribution à celui du petit commerce. Il n’y a pas de solution dans le cadre “argentique” qui nous pousse à de simples subterfuges comme le tirage au sort. Ce n’est que dans une société a-monétaire que peuvent être pris en compte les intérêts particuliers et communs, que les lois sociales peuvent être en concordance avec les lois physiques et biologiques…

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