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Désargence.over-blog.com

La Sainte propriété privée.

6 Décembre 2019, 10:35am

 

                Qui empêchera le premier venu d’occuper mon habitation personnelle si je m’en éloigne quelques jours ? Qui me permettra de cultiver mon jardin sereinement sans risquer de le voir pillé par d’autres au moment de la récolte ? Pourrai-je léguer à mes enfants le fruit d’une vie d’effort après mon décès ? Devrai-je partager tout, ma voiture, mes livres, mon outillage, mon réfrigérateur…, ma femme !

                Tiens donc ! Jusqu’où va se nicher la sacro-sainte propriété privée! Car c’est bien de cela qu’il s’agit et qui fait si peur. Sans argent, plus de propriété privée, donc tout appartient à tous, plus de sécurité quant aux lendemains, mais la guerre généralisée pour imposer mon usage contre les usages des autres.  Pourtant, même dans le système actuel, le droit prévoit plusieurs formes de propriété : il y a l’usage, l’usufruit, la jouissance d’un passage ou d’un accès…, autant de situations qui déjà sont parfaitement réglementées. Avec la Révolution française puis le code Napoléon, la propriété privée a été érigée en dogme et la jurisprudence y a ajouté quantité modalités particulières au fil des procès successifs.  Toutes les peurs énoncées précédemment sont des phantasmes.

                Il en est de même pour l’héritage. Dans une société sans argent, rien n’interdit de trouver un juste équilibre entre ce qui doit être transmis de droit du père au fils, pour des raisons aussi pratiques que sentimentales, et ce qui doit revenir au pot commun et être distribué pour servir au mieux. Une société sans argent ne signifie pas une société sans règles. Par contre, une société d’argent induit mécaniquement l’héritage et donc la constitution de patrimoine dont on sait qu’il représente la première et la plus évidente cause des inégalités de richesses.

                L’occupation du site de Notre Dame des Landes par les Zadistes a suscité de nouveaux débats sur cette notion de propriété privée. Dans la pratique, les occupants illégaux ont appliqué le droit d’usage : la terre est le privilège de celui qui la travaille mais ses fruits reviennent à la collectivité. Après l’abandon du projet d’aéroport, l’État a voulu régularisé la situation en attribuant des lots individuels et donc en rétablissant la propriété privée. Mais les Zadistes ont réclamé un droit collectif et non individuel, ce qui n’est pas prévu par la loi capitaliste. On voit bien là que la vision sociale globale des Zadistes et de l’État est inconciliable. Mais, qu’une société sans propriété privée ne puisse être réglementée sur le même mode qu’avec la propriété privée n’implique pas la fin du droit. Cela veut simplement dire qu’il y aurait un autre droit…

                Toutes les objections et frayeurs que l’on oppose généralement à une vision a-monétaire de la propriété n’ont aucun fondement si l’on accepte l’idée qu’un autre droit est possible, qu’une autre organisation sociale est à inventer, qu’il ne restera un jour du dogme actuel qu’une vieille plaque dans le musée des usages anciens !         

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