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Désargence.over-blog.com

La marchandise.

3 Décembre 2019, 12:07pm

                La marchandise a transformé ce qu’il y avait de plus beau et de meilleur, en outil d’exploitation et d’oppression. Comme le client est devenu un consommateur, tout objet est devenu marchandise. Généralement on entend par marchandise un bien ou un service qui peut être vendu ou acheté, selon des modalités imposées par le marché. Un objet qui ne passe pas d’une main à l’autre sur le marché cesse d’être une marchandise. Un objet dépourvu d’intérêt et d’utilité est une marchandise s’il trouve preneur sur le marché. C’est en cela que l’outil de l’échange marchand est peu à peu devenu une marchandise comme les autres, puisque l’argent peut être acheté et vendu, qu’une monnaie peut être échangée contre une autre moyennant “frais de change”.

                Mais pire encore, l’homme est devenu une marchandise, comme aux pires moments de l’esclavage, en tant que force de travail susceptible d’être convertie en profit. Jadis, les travailleurs d’une entreprise étaient sous le contrôle d’un “chef du personnel” qui embauchait, à l’occasion donnait son avis sur un licenciement, qui servait d’interface entre le patron et les travailleurs. Il a été remplacé par un DRH, ce qui fait de l’humain une ressource au même titre qu’un minerai ou qu’un outil. Dès lors, ce matériel humain est susceptible d’être un bien meuble que l’on déplace au gré des restructurations,  que l’on met au rebus après délocalisation…

                La notion de marchandise telle qu’on l’entend aujourd’hui à renversé l’ordre marchand du Moyen-âge : on n’utilise pas l'argent pour permettre aux marchandises de circuler, mais au contraire, on utilise les marchandises pour permettre à l'argent de circuler, et donc de fructifier. De là à créer artificiellement le besoin d’un objet ou d’un service, quand bien même ils seraient parfaitement inutiles, il n’y a qu’un pas, que nous avons allègrement franchi, sans même en prendre vraiment conscience. Entre le gadget, le jetable, le fragile, on déborde de surplus et d’invendus, on gaspille. On va jusqu’à fabriquer du “déchiré” comme pour les pantalons quand il aurait suffi d’attendre l’usure naturelle. Un comble de l’absurdité quand on réalise que les jeans troués se vendent plus cher que les non troués. La plupart de ces jeans sont blanchis au permanganate de potassium  et usés par sablage dans des usines du Bangladesh ou d’ailleurs, souvent par des enfants, dans des conditions sanitaires épouvantables pour des salaires de misère. Vive la marchandise et les consommateurs assoiffés d’absurdités !

                La marchandise n’ayant d’autre but que de faire circuler l’argent et donc de l’augmenter, peu importe que l’on fabrique des jouets ou des grenades à fragmentations, que l’on sable des tissus réputés inusables, que l’on invente des gadgets aussi futiles que les casquettes munies de ventilateurs solaires ou l’appli de smartphone pour trouver les toilettes publics les plus proches de là où vous êtes… L’essentiel, c’est que cela circule et que suffisamment de monde en réclament.

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