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Désargence.over-blog.com

La forêt brûle !...

19 Décembre 2019, 14:44pm

Publié par Jef

                La fin d’année 2019 a été marquée, entre autres catastrophes, par les immenses incendies dans la forêt amazonienne. Qualifiée improprement de “poumon de la planète” (un poumon consomme de l’oxygène, il n’en produit pas), de “climatiseur de la terre” et plus exactement de “puits de carbone”,  la forêt s’étend sur huit pays dont le Brésil et la France (Guyane). Pour nous, c’est l’exemple type du conflit d’intérêt insoluble entre écologie et finance, profit et nature, principe de précaution et urgence économique.

                Dans ce conflit, les armes sont inégales. Les Amérindiens sont rangés au rayon des curiosités folkloriques, les écologistes sont impuissants et parfois assassinés quand ils deviennent trop médiatiques. En face d’eux, les multinationales qui exploitent le cacao, l’huile de palme, le soja, ont des moyens de pression énormes sur les gouvernements concernés. L’élevage, premier moteur de déforestation, est responsable de 80% de la déforestation. Le Brésil est le premier exportateur mondial de bœuf et de cuir et son gouvernement entend voir sa part sur le marché mondial doubler d’ici à 2018. Les Amérindiens, le réchauffement climatique, l’extraordinaire biodiversité de l’Amazonie pèsent peu face au système marchand.

                L’exemple du gouvernement français est parfait : d’un côté le président Macron s’indigne des dégâts sciemment causés par le gouvernement brésilien et se pose en défenseur des peuples autochtones, de l’autre il brade d’immenses territoires de la Guyane aux grands groupes miniers internationaux, au mépris des Guyanais fortement mobilisés. Mais les mobilisations des écologistes  sont bien peu de choses par rapport aux puissances d’argent et à la complicité des gouvernants.

                Réclamer au pyromane de limiter ses dégâts, d’aller dans la forêt sans essence ni allumettes, de réprimer lui-même ses pulsions, est absurde et pourtant, c’est la seule voie possible pour les défenseurs de la forêt. C’est le drame des militants sincères et honnêtes qui misent sur la prise de pouvoir d’un homme fort, capable de renverser la table des financiers et des industriels. Mais l’homme fort capable d’inverser le rapport des forces est un doux rêve. Le ministre de l’économie grec Varoufakis, s’est présenté comme tel face à l’Union Européenne. Il a tenu quelques mois avant d’être exclu du cénacle sans avoir fait bouger d’un pouce le bloc capitaliste. Frédéric Lordon expliquait il y a peu qu’à la minute ou un Mélenchon serait élu président, les marchés pratiqueraient un spread (calcul déterminant les taux d’intérêt) qui aussitôt provoquerait une tempête financière ingérable et in fine la destitution de Mélenchon président.

                D’où le débat qui s’installe de plus en plus un peu partout entre transition et rupture, entre aménagement et changement de système. Toute l’énergie déployée par les militants écologistes, politiques, syndicalistes ne résoudra pas le conflit d’intérêt entre l’oligarchie financière et industrielle et la logique sociale et environnementale. La forêt amazonienne brûlera jusqu’au dernier arbre si nous n’arrêtons pas les pyromanes en leur coupant l’herbe sous les pieds, en abolissant argent, profit, échange marchand et tout ce qui va avec. Ce serait une véritable révolution copernicienne et c’est ce que propose la désargence. Que ceux qui n’en veulent pas veuille bien admettre le réel et nous proposer une autre issue. Pour l’instant, nul n’en propose, ni les politiques de gauche, ni les économistes, ni les mouvements anticapitalistes, ni les écologistes, même politiques.

                L’exemple des immenses incendies qui ont ravagé l’Australie suite au record d’une température moyenne de 51,9° est significatif. Ce continent ne manque ni d’écologistes militants, ni d’intellectuels sérieux, ni même de politiques sincèrement soucieux du bien commun. Pourtant, la seule mesure prise a été celle de décréter l’état d’urgence ! Des centaines de maisons brûlées, de nombreuses victimes, des exploitations agricoles ruinées, une économie durement ralentie, des urgences sanitaires qui dépassent les capacités normales de soins…, ça méritait bien un état d’urgence. C’est un peu comme l’automobiliste qui, abordant un virage  à une vitesse excessive, téléphonerait aux secours routiers au lieu de freiner !    Alors, acceptons de regarder en face la seule proposition alternative jusqu’ici proposée…

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