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La constante macabre...

31 Décembre 2019, 12:32pm

 

                Le concept de “constante macabre” a été inventé par le chercheur en didactique André Antibi, en 1998[1]. Quelques soient les circonstances, la proportion reste toujours la même entre les bons, moyens et mauvais élèves. André Antibi attribue cette constante au poids de la note, du classement, tant sur l’élève que sur l’enseignant. L’expérience a été faite de sélectionner les meilleurs élèves d’une vingtaine de classes ordinaires pour constituer une classe d’élite. Très rapidement, un groupe de “cancres” s’est automatiquement constitué, avec les mêmes handicaps que dans les classes ordinaires : perte de confiance en soi, rejet du système scolaire, agressivité envers ceux qui réussissent, et du côté des gagnants, apparition d’une surestimation de leurs capacités et d’une arrogance vis-à-vis des perdants. Du côté des enseignants, on observe des réactions (généralement inconscientes) de rejet des mauvais élèves opposées à des comportements d’encouragements et de gratification vis à vis des meilleurs. En somme, le système éducatif crée de la hiérarchie alors que l’enseignant est sensé créer de l’égalité.

                On peut traduire cette observation clinique  en disant que l’introduction de la valeur dans la pratique pédagogique, avec ses notes et la hiérarchisation des valeurs, induit mécaniquement la compétition, la concurrence, la progression par “la carotte et le bâton” et donc l’exclusion des moins bien placés dans cette hiérarchie. Or, si l’on reprend l’exemple de la classe uniquement constituée de premiers de classe, les sujets qui vont se retrouver dans la catégorie des cancres vont être très vite exclus de la norme socialement valorisée et vont de facto devenir “improductifs”. Et c’est exactement ce qui se passe dans la société marchande avec son médium de l’argent.

                Il y a une constance macabre dans toute société qui s’est fondée sur la valeur et la hiérarchisation des objets et des personnes en fonction de cette échelle de valeur, et ce, quelle que soit la qualité de l’individu exclu, quelle que soit la qualité de ses maîtres, quelle que soit le type d’organisation de la société. On peut imaginer toutes les réformes possibles, tous les systèmes de compensation de l’exclusion, toutes les aides que l’on  veut pour réparer la fracture qui se met en place entre les  “premiers de cordée” comme les appelle le président Macron, la masse des élèves ou citoyens moyens et les cancres inadaptés, fainéants ou défavorisés, tant que subsiste la valeur, en notes ou argent, le problème perdurera jusqu’à la fin des temps et le gâchis de compétences, d’innovations, de valeurs pour le bien commun aussi.  Un jour ou l’autre, il faudra bien choisir entre une éducation sélective ou inclusive, entre une société en concurrence ou en collaboration, entre une valeur d’usage des produits et services ou une valeur marchande, entre l’argent ou l’accès, entre la constante macabre ou l’émancipation…

 

 

[1] La constante macabre, André Antibi, 2003, édition Math'Adore, ISBN 2-09-899604-7 Voir aussi l’éclairage de Frank Lepage sur https://youtu.be/ZJEYOKycooY

 

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