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Des gilets jaunes vers la Désargence…

15 Décembre 2019, 14:14pm

                Dans Le  Monde Diplomatique de novembre 2019, un article intitulé “Un an avec les Gilets Jaunes d’Ardèche”, signé par Pierre Souchon, citait cette réflexion d’un occupant de rond-point :

« J’ai trouvé ! Ils nous ont par les crédits, les dettes…, le pognon. Donc il faut qu’on refuse tout, mais sans ! Tout ! D’abord, assurer le matériel, le concret, tout ce dont les gens ont besoin : un coup de main pour remplir les dossiers administratifs, amener un peu d’aide alimentaire, des vêtements… Et derrière, assurer le culturel, parce qu’on n’y a jamais accès : des cours de danse, de musique, se cotiser pour une séance au cinéma, faire deux heures de sport collectif par semaine… Le truc qui réunit tout ça, c’est qu’on ne veut pas de leur fric. Le seul qu’il y aura, c’est le nôtre et on ne fera pas de profit ! »

                Qui est l’auteur(e) de cette belle déclaration ? L’article ne le dit pas, mais au style, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un ou d’une intellectuelle issue du milieu universitaire. Il n’en reste pas moins qu’il s’en dégage un furieux bon sens. Cette personne a en effet tout compris ou presque. C’est bien par les crédits faciles, directement issus d’un piège consumériste tendu par une publicité agressive et omniprésente qu'on s'est fait avoir. Tout cela n’est motivé que par l’appétit insatiable des financiers pour l’argent, le profit. Il est tout aussi évident que ceux-ci nous mettent dans une situation de “tout ou rien”. Toute compromission avec ce système nous met en danger et fait la puissance d’une poignée de privilégiés. Il faudrait tout refuser !...

                Mais pour cela, il faudrait avoir Accès à l’essentiel : de quoi garantir notre reproduction matérielle, la possibilité de vivre en bonne santé, physiquement, culturellement, socialement. S’il nous faut de l’argent pour obtenir cela, le piège se referme. Il nous le faut donc via un accès libre et sans condition (on ne veut pas de leur fric). Voilà donc ce que réclame ce porteur de gilet jaune avec sagesse. Nous sommes bien loin de la défense du pouvoir d’achat, de l’augmentation du niveau de vie, des hausses de salaires ou de prestations sociales.

                Mais on voit bien comme il est dur de penser hors de l’argent après des millénaires d’usage. “Le seul fric qu’il y aura, c’est le nôtre” nous dit cette personne. Il n’a pas encore réalisé que l’argent induit des effets pervers indépendants de la personne qui le détient, qu’il soit banquier ou caissière à temps partiel au supermarché du coin. Sans doute imagine-t-il une monnaie locale, sociale et solidaire, un revenu d’existence universel ou n’importe quoi qui lui donne accès sans condition. Mais peu importe !  Le chemin qu’il a fait depuis les premiers jours où il s’agissait de râler après une taxe sur les carburants est étonnant. A force de débats de ronds-points, de nuits debout sur les places, de manifestations généreusement fournies en lacrymogènes et  grenades de désencerclement, nombre de Gilets jaunes ont pris un chemin sur lequel aucun demi-tour n’est envisageable et qui va droit vers cette société a-monétaire qui fait l’objet de ce blog. Il faudra encore du temps pour arrêter de ruser avec soi-même, pour se rendre à l’évidence : tant qu’il y aura de l’argent, il y aura des pauvres et des très riches, un gaspillage monstre, une mise à sac de la seule planète disponible, des guerres économiques ou armées.  Mais, tôt ou tard, les gens  y viendront, sans doute le dos au mur, sans doute un peu tard, mais ils y viendront…

          Monsieur Macron, le peuple n’a plus besoin de votre argent. Il veut vivre !

 

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