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Désargence.over-blog.com

De l’utile et du superflu…

11 Décembre 2019, 11:10am

Publié par Jef

 

                Ceux qui entendaient parler d’une société sans argent, imaginaient un monde terne, égalitariste, un monde selon “Traban” (un même modèle pour tous et de surcroît de mauvaise qualité), donc un monde de frustration insupportable. “Et si j’ai envie d’une Ferrari, d’un yacht, d’une maison de luxe, ou simplement d’une Rollex…” ; “Et si je veux me différencier des autres, passer pour un original ou un dandy…”

                On ne voit pas bien pourquoi les rêves, la folie, l’outrance, l’originalité seraient abolis en même temps que l’argent. La maison du Facteur Cheval n’est-elle pas le fruit d’une folle passion sans argent ? Versailles, celle-ci monstruosité monarchique, ne va pas être détruit au nom de l’égalité. Son accès en sera même plus simple. Des quantités d’artisans passionnés se régaleront à l’entretenir, des historiens prendront un vrai plaisir à en expliquer le moindre détail, et sans tickets d’entrée, sans subventions, sans Ministre de la Culture.

                Même une Ferrari pourrait devenir accessible. L’accès à plein temps en est actuellement incongru autant que scandaleux. Mais un tel bolide préservé du cataclysme et  mis à disposition sur une piste pour que les rêveurs ou fous de vitesse puissent, une heure dans leur vie en jouir, pourquoi pas si cela ne nuit à personne, si l’empreinte carbone est supportable, si l’essence pour cela est disponible…

                Ce qui changera radicalement avec l’abolition de la monnaie, ce sont les notions de besoin, de désir, d’envie… Actuellement, tout désir représente un marché potentiel qui doit impérativement se transformer en besoin. Tout besoin qui n’est pas immédiatement assouvi crée une insupportable frustration. La publicité a pour fonction essentielle de transformer nos envies passagères en désirs lancinants et nos désirs en besoins incoercibles. Dès lors, le citoyen Lambda devient un consommateur, incapable de “s’empêcher”, en permanence frustré par la permanence des “nouveautés”. Le smartphone en est une belle illustration qui est devenu, en à peine plus d’une décennie, l’objet contraphobique que l’on ne quitte plus des yeux, qui fait taire les plus belles conversations même entre amoureux, qui s’impose aux enfants dès qu’ils sont en capacité de glisser un doigt sur l’écran, qui provoque des émeutes le jour où un incident nous prive d’électricité au-delà de la  capacité des batteries…

                L’abolition de l’argent aurait pour vertu première de poser immédiatement, pour tout et à tous, la question du nécessaire et du superflu, du désir et du besoin, et donc de la possibilité d’accéder ou pas à un désir, de s’empêcher ou pas de le prendre pour un besoin. La marchandisation nous a fait oublier notre capacité à nous empêcher de jouir d’un bien ou d’une personne à sa guise, il y a des chances qu’une désargence nous réapprendrait à différer nos désirs, à relativiser nos besoins, ce qui ne pourrait qu’apaiser bien des relations sociales….   

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