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Désargence.over-blog.com

ABÉCÉDAIRE Lettres X Y Z

1 Décembre 2019, 15:45pm

X

Xénophobie : L’argent avait induit la concurrence et l’étranger était souvent suspecté de venir “manger le pain” de l’autochtone, de lui prendre son travail, d’être déloyal dans cette concurrence généralisée. L’afflux de migrants économiques et climatiques, auxquels s’ajoutaient les réfugiés politiques, a non seulement rendu l’accueil difficile mais a suscité des réflexes de replis communautaires. La xénophobie était presque devenue normale dès la troisième décennie du siècle.

                La civilisation de l’Accès, de fait de son inconditionnalité absolue, aurait dû accroitre encore plus les mouvements massifs de population. C‘est du moins ce que pensaient la plupart des habitants de zones tempérées et naturellement riches. Pourquoi, en effet, un Touareg, un Saoudien, un Ethiopien affronterait-il la dureté du désert en voyant nos montagnes “où coulent le lait et le miel” ? Nous avions nous aussi nos “réfugiés de l’intérieur”, ceux qui avaient fui leurs villes noyées par la montée du niveau des mers, leurs montagnes rendues terriblement instables par la fonte des glaces ou leurs terres devenues vierges de toute eau potable ! 

                Contre toute attente, c’est l’inverse qui s’est produit. Nombre d’émigrés sont rentrés chez eux dès qu’ils ont compris que sans argent la désertification pouvait être combattue, que plus rien ne ferait obstacle au creusement de puits, à l’agroforesterie, à des technologies sobres et simples d’usage, que le risque de se voir commandé par un patron, un dirigeant, un président, un militaire était quasi nul… Les mouvements de population se sont apaisés, chacun étant attaché à ses racines bien plus qu’à un supposé confort. La disparition des frontières politiques au profit des frontières naturelles, avec l’obsolescence des passeports, visas, douanes et autres barrières propres à l’argent, a rendu bien plus aisés les retours au pays que tout ce qui avait été proposé antérieurement.

                La société de l’Accès a apaisé les tensions et donc la xénophobie bien mieux que tous les discours moralisants. L’étranger est plus souvent regardé comme un apport extérieur qui pourrait être utile que comme un intrus. Du moins, les intrus qui persistent toujours à vouloir se trouver là où ils dérangent le mieux, ne sont plus forcément des étrangers !                

Y

Yacht : Bateau de plaisance à voile ou à moteur. Ce terme était essentiellement utilisé pour les embarcations de luxe (20m et plus) et la “plaisance” (pour le plaisir, le loisir), bien qu’à l’origine, il désignait des bateaux rapides, utilisés pour la “chasse”, c’est-à-dire la poursuite des autres bateaux dans un but de piratage.

                Dans l’Ancien Régime le yacht était un marqueur social important, compte tenu de son prix d’achat, de son entretien, du coût de l’appontement dans les ports de plaisance. Certains yachts de grand luxe étaient loués à des prix aberrants (plus d’un million d’euros la semaine soit un siècle de salaire ouvrier). 

                Après l’abolition du système monétaire, les grands yachts de luxe posèrent un problème. Que faire de ces palaces flottants, aux équipements luxueux et réclamant un équipage important et qualifié ? Trop sophistiqués pour être convertis au transport de passagers ou de fret, trop gourmands en carburant, la plupart furent démantelés pour récupérer les métaux, les équipements électroniques, les moteurs, le mobilier à d’autres fins. Quelques-uns sont restés en l’état et servent de musée afin que les jeunes générations n’ayant pas connu la société marchande puisse se faire une idée du mode de vie de l’époque, comme on l’avait fait des grands châteaux de la royauté (Versailles, Chambord…).

                Les voiliers, qui utilisent leurs moteurs pour les seules manœuvres d’appontage, servent encore aujourd’hui pour le cabotage ou les traversées transocéaniques. Ils font le bonheur de skippers passionnés et  des voyageurs. Beaucoup ont été réquisitionnés par les équipes scientifiques pour l’étude et la restauration des milieux marins. Le système monétaire nous avait laissé mes mers et des océans affreusement pollués, une faune et flore en  voie d’extinction, et le chantier était immense.       

 

Z

 

Zomia : Le terme Zomia est une invention de l’anthropologue James C. Scott. C’est le nom générique qu’il a donné à une centaine de millions de personnes en Asie, vivant hors de toute contrainte étatique. Sans frontières, sans capitale, sans langue, race ou religion commune, ils vivaient sur une zone de hauts plateaux à cheval sur la Chine, le Vietnam, la Birmanie, la Thaïlande. Ils s’étaient organisés en petites communautés, et percevaient le travail comme une aliénation. Ils étaient capables de se déplacer et de se décentrer quand il le fallait, s’étaient organisés selon un modèle résolument matriarcal, tenaient beaucoup à rester divisés pour être moins gouvernés. Leur survie face aux différents États qui ont toujours tenté de les “domestiquer” a tenu à leur situation géographique isolée et à leur extrême souplesse d’organisation, à leur capacité à disparaître et renaître ailleurs rapidement.

                L’art de ne pas se laisser gouverner qu’ont développé ces peuples a été fort utile au moment du grand chambardement. L’agitation soudaine de l’humanité les a beaucoup intrigués car ils avaient depuis longtemps compris que l’argent était le plus efficace des outils de servage. Sans pouvoir s’en passer totalement à cause de leurs encombrants voisins “civilisés”, ils s’en étaient toujours méfiés comme de la pire maladie épidémique de l’existence….  

 

Zoo : Les parcs zoologiques sont restés longtemps une attraction prisée des citadins ayant peu de contacts possibles avec les animaux, et a fortiori avec les animaux sauvages et exotiques. Ils étaient pourtant contestés pour les conditions de vie qu’ils offraient aux animaux, pour les trafics qu’ils suscitaient. En effet, la capture d’animaux sauvages et leur revente à des particuliers ou des organismes tels que les zoos pouvait être rentable au point de mettre certaines espèces en danger.

                Les zoos ont perduré bien au-delà de la révolution monétaire, ne serait-ce que par la nécessité de protéger les animaux à qui il était impossible de rendre leur liberté. Que faire d’un couple de tigres au cœur de Paris ou de Berlin sinon leur assurer le meilleur confort possible dans leur enclos ! En revanche, les zoos sont  souvent devenus des outils pédagogiques utiles, essentiellement au titre de témoins d’un passé révolu. Ce fut parfois l’occasion d’expliquer que le slogan “du passé faisons table rase” était une vue de l’esprit. Il subsistera longtemps des scories de l’Ancien Régime qui ne pourront s’effacer qu’avec le temps, parfois avec la disparition de leurs acteurs, par exemple dans les zoos, avec la vieillesse des animaux, leur disparition naturelle…      

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