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ABÉCÉDAIRE Lettre V

1 Décembre 2019, 15:42pm

V

 

Vacances : Être en vacances, c’est être libre, inoccupé, vacant. Si aujourd’hui, il arrive à certains d’être parfois vacants ou en vacances, le terme ne recouvre plus du tout la même réalité. Jadis, le temps était scandé par des périodes de travail et de vacance, pour l’enfant scolarisé comme pour le travailleur. C’était un temps dit de récupération, pour revenir à sa tâche en étant performant, suffisamment court pour être attendu avec impatience et être rigoureusement destiner à ne rien faire de productif. Quand le salariat a été aboli, les vacances n’avaient plus lieu d’être puisque chacun pouvait se mettre en vacance, en indisponibilité quand bon lui semblait, sans contrainte de temps ou d’objet. Au départ, tout ceci paraissait simple et ne fit guère débat.

                Mais à l’usage, les sociétés humaines comprirent vite que sans la scansion de périodes d’activité et de repos, la monotonie du quotidien devenait insupportable. Le temps d’activité avait beau être réduit, toute nécessité de gagner sa vie ayant disparu, beaucoup s’installèrent dans une routine qui, à la longue, devenait écrasante. Certes, tout le monde avait l’égale possibilité de casser la routine en changeant d’activité, en voyageant, en découvrant un domaine culturel encore inconnu. En théorie…, car en pratique, nombreux étaient ceux qui étaient incapables de s’animer par eux-mêmes, de changer de train, de se confronter au vide d’une période sans cadre sans repères.

                Contrairement à ce que tout le monde avait imaginé, les animateurs sociaux-culturels, les organisateurs de voyages, les accompagnateurs de vacances, les coaches en tout genre n’ont pas disparu du paysage a-monétaire. La plupart aimaient leur ancien travail d’animateur et y démontraient du talent. Ils continuèrent donc à faire pour le plaisir ce qu’ils faisaient jadis pour gagner leur vie, au grand soulagement de ceux qui avaient besoin d’être entraînés dans une dynamique dont ils ne pouvaient prendre l’initiative.

                Certains cassandres critiquèrent ceux qui se laissaient aller à cette absence d’autonomie caractérisée, ceux qui profitaient de la faiblesse des uns pour se mettre en valeur en s’instaurant animateur. Un psychiatre y répondit par un pamphlet qui expliquait que le besoin d’être animé ne relevait pas toujours de la pathologie. “Ma vie se résume à porter à bout de bras des gens dont les diversités neurologiques sont sources de souffrances sévères. Doit-on les laisser souffrir dans le but de les normaliser ? Doit-on m’interdire de me reposer de ce “portage” épuisant en me laissant à mon tour porter par un animateur qui me dira, le temps d’un ressourcement, ce que je fais, où je le fais, ce que je dois manger, ce que doit penser… ?”

                Le même débat eu lieu au sujet des dimanches et des anciens jours chômés. Quel intérêt de consacrer systématiquement le dimanche comme jour de rupture lorsque nous sommes le reste du temps dans des activités librement choisies ? Pourquoi réserverions-nous le premier mai à autre chose que notre activité habituelle au motif que nos ancêtres en avait fait une traditionnelle journée de lutte pour les conditions de travail ? Ce genre de choses n’étant plus soumises à décrets, elles ont évoluées peu à peu, différemment selon les régions et au gré de choix locaux souvent indéchiffrables…   

        

Valeur : En régime capitaliste, tout est valeur économique, y compris ce qui mesure la valeur, l’argent. Or, les choses ne possèdent pas de valeur naturelle, seule la pratique d'échange entre les humains fait naître la valeur. C'est une caractéristique des sociétés capitalistes que l'échange soit devenu le seul principe du "métabolisme de l'homme avec la nature". C'est seulement la séparation violente entre l'homme et ses moyens de subsistance qui rendit possible le capitalisme et généralisa le principe de l'échange. C'est seulement dans le capital que s'accomplit la logique de l'échange. Sortir du capitalisme revenait donc à sortir de l’échange qui crée artificiellement la valeur. Le problème est devenu quasiment insoluble avec le néolibéralisme, cette excroissance cancéreuse qui s’est ingénié à tout marchandiser, à traduire en valeur la moindre activité humaine (le travail, l’argent, le temps, les ressources, le savoir, la santé, l’éducation, la connaissance…). L’échange marchand était devenu incontournable, son abolition impensable car incompatible avec le minimum de confort, de sécurité, de culture. L’idée de passer de l’échange à l’Accès a été le déclic qui a permis de sortir de l’impasse.

                Aujourd’hui que la valeur ne s’applique qu’à l’usage et au bien commun, comprendre tout cela paraît difficile.  Le plus curieux dans la valeur, c’est la valeur de l’argent, à commencer par son coût. En effet, fabriquer une monnaie coûtait souvent plus cher que sa valeur nominale (une pièce de 2€ valait plus en métaux, coulage, pressage, stockage, distribution…). L’argent nécessité quantités d’appareils de réception (parcmètres, caisses enregistreuses, vérificateurs de fausses monnaies, péages routiers…), de distribution (distributeurs de billets, caissiers…) et une foule de comptables, de vérificateurs, de greffiers, de gestionnaires, de conseillers…, le tout dans des millions de mètres carrés d’immeubles à chauffer, éclairer, équiper d’une bureautique sophistiquée… Ce qui fit dire à un humoriste : “C’est bien beau l’argent, mais c’est devenu complètement hors de prix” !  Et Oscar Wilde disait que “: l’économie est cette science qui connaît le prix de tout et la valeur de rien”.

                Olivier Frérot (Université catholique de Lyon) écrivait en 2014 : “La notion de valeur a son origine dans l’échange, où puise la force de vie. André Orléan veut y retrouver  le sens profond du concept de la valeur économique : la valeur est une puissance qui a pour origine le groupe social, par le biais de la mise en commun des passions et des pensées. Or, fondamentalement, toute relation véritable entre êtres humains, intersubjective, doit abolir la comparaison, la concurrence, l’objectivation, et donc la mesure de quelque valeur que ce soit. La monnaie est alors l’expression d’une confiance, d’une foi, en ce qui unit la société. Elle a une fonction fondamentalement protectrice. Elle est donc indéracinable tant que les forces unificatrices de la société tiennent. Mais elle est aussi un signe avancé de son délitement. Or, c’est ce qui se passe avec l’équation d’égalité entre valeur et argent. Car, par cette confusion, la monnaie est une valeur qui n’a plus rien à voir avec une relation entre personnes.”

 

Valeur morale : L’argent a été investi, consciemment ou pas, de valeurs morales. Les mythes autant que les religions établies nous ont fait croire que seul l’effort, la souffrance, la volonté, l’hyperactivité sont source de vie, le contraire étant le péché par excellence, la bestialité du chat ronronnant, la férocité du loup errant. Elle nous fait croire que la sueur versée pour un patron est noble, que la douleur de l’effort est salvatrice, que le paradis est pour plus tard, que la puissance est un don de Dieu, que la gratuité est immonde et le don pervers. De quoi faire de nous de bons serviteurs, de bons adorateurs du Dieu croissance, des sujets dociles entre les mains des plus puissants. Astucieux !

                S’il serait absurde d’imaginer que les pouvoirs financiers aient inventé cette morale à seule fin d’assoir leur domination et de pérenniser leurs privilèges. Il est cependant logique que les dominants aient largement profité de cette idéologie morale qui servait si bien leurs intérêts. Il a été tout aussi logique qu’au moment où il est apparu clairement que l’usage de l’argent allait être remis en cause, ces principes moraux aient été évoqués, invoqués, que les pires dépravations soient annoncées pour l’humanité entière si La Morale traditionnelle était jetée aux orties en même temps que l’agent.

                Comment en effet convaincre un ouvrier de se plier aux exigences d’un patron sans l’argent, comment justifier ces exigences sans la morale ? Le lien entre les deux catégories, morale et profit,  était devenu avec le temps indissociable. Abolir l’un revenait à abolir l’autre. La fin du salariat sonnait le glas de toute activité pénible, salissante, dégradante, et  récuser la valeur salvatrice de l’effort et de la souffrance, c’était donner un prix impossible au salaire.

                On ne démolit pas des croyances millénaires par décret et ce n’est que la pratique quotidienne d’une vie sociale a-monétaire, les usages nouveaux suscités par l’activité choisie librement, par la garantie d’un accès sans condition à ce qui nous était possiblement nécessaire, qui peu à peu ont changé les mentalités, les jugements de valeur, les mythes et la morale….      

 

Variable d’ajustement : Nombre que l’on fait varier dans un algorithme statistique. Cette notion purement mathématique est entrée, sous l’Ancien Régime, dans le langage courant par le biais de l’économie politique. Une entreprise devant faire le maximum de bénéfices pour survivre, elle devait ajuster ses activités et sa gestion en ce sens. Les variables dans ce cas de figure n’étaient pas infinies : on pouvait réduire la qualité du produit et donc son prix de revient, limiter au maximum les investissements ou réduire la masse salariale.

                Les deux premières solutions ayant été exploités jusqu’à leur limite, il ne restait plus que la masse salariale comme variable d’ajustement, en réduisant les salaires, puis en supprimant du personnel. La réduction drastique des salaires a été largement utilisée au point que le phénomène des “travailleurs pauvres” s’est généralisé, y compris dans les pas riches, avec des personnels rémunérés à des taux les maintenant juste au-dessus de l’extrême misère ou avec des temps de travail partiels. Venait ensuite la délocalisation pure et simple des unités de productions des pays riches vers les pays pauvres où la main-d’œuvre était taillable et corvéable à merci.

                Seuls les actionnaires ont été préservés dans cette course à la rentabilité. La situation était même devenue caricaturale. En 2018, la France a été championne dans cette catégorie. Les dividendes versés aux actionnaires ont augmenté de 60% en dix ans tandis que les licenciements se comptaient par milliers sur la même période. Quant aux présidents de grands groupes industriels (les PDG), on vit des directeurs s’octroyer des augmentations de plus de 450% alors qu’un ouvrier aurait été heureux d’un petit 3% sur sa paye ! Les dirigeants du CAC 40  (l’indice boursier déterminé sur les cours des 40 actions des entreprises dont les échanges étaient les plus abondants en France) gagnaient en moyenne 120 fois plus que leurs employés…  Comment ces inégalités sociales, ces écarts de revenus ont pu subsister si longtemps sans que les peuples descendent dans la rue et pendent les politiques, cela reste une énigme dont la seule explication reste la théorie du linguiste américain Noam Chomsky, “la fabrique du consentement”…   

 

Véganisme : Mode de vie consistant à ne consommer aucun produit issu  des animaux et de leur exploitation. Très en vogue dans la deuxième décennie du XXI° siècle, cette idéologie parfois “intégriste”, s’appuyait sur l’écologie (l’élevage est très consommateur d’eau, de terre, d’énergie), sur l’antispécisme (l’homme est une espèce comme les autres sans niveau de valeur), sur le droit des animaux. Les “végans” ont souvent pris des positions morales rigoristes en considérant les utilisateurs de produits issus des animaux (miel, cuir, laine, plumes, corne…) comme des “assassins”, des exploiteurs d’animaux doublés d’inconscients sociaux et écologiques.

                Après la disparition de l’argent, le véganisme n’a subsisté que chez une poignée d’idéologues en recherche de pureté absolue, réduits à la l’état de secte. En effet, l’absence de la recherche des profits a considérablement réduit la maltraitance des animaux, la surexploitation des espèces, l’impact écologique des régimes carnés… L’agriculture ayant retrouvé son intégration naturelle dans les écosystèmes, sa place dans une chaîne alimentaire n’excluant aucune espèce, la plupart des arguments du véganisme devenaient obsolètes.

                Les théories végétariennes et véganes se sont emparées de l’écologie mais sans tenir compte des études de la collapsologie. Elles ont donc omis un élément essentiel, le temps. Quand bien même elles auraient été en tous points cohérentes, elles n’auraient pu se concrétiser. En effet, changer un mode alimentaire qui met en jeu l’habitus autant que la culture réclame du temps. Convaincre les bénéficiaires du régime carné (les éleveurs, les pêcheurs, les industries alimentaires…) de leur erreur quand on sait la puissance de leurs lobbies, relève de la gageure. Or, l’effondrement du système était annoncé pour 2022 pour les plus réalistes, pour 2030 pour les plus optimistes. Il s’agissait donc d’une échéance de quatre ans au pire, de douze ans au mieux. Personne ne pouvait raisonnablement imaginer changer le mode alimentaire de la planète en seulement douze ans ! Le pari était fou ! Il eut été bien plus productif de fonder la stratégie sur l’effondrement que sur la réduction drastique des protéines animales, a fortiori sur leur élimination totale…      

 

Vente : Action d’échanger un bien ou un service contre de l’argent. La vente était aussi un métier, avec ses écoles, ses grades, ses experts. On a parfois du mal aujourd’hui à comprendre ce genre d’activité. Pourquoi fallait faire de longues études pour être un bon vendeur ? Le discours du vendeur aurait-il eu plus d’importance que la valeur de l’objet vendu ? Comment une personne sensée pouvait-elle être contrainte à acheter une chose dont elle n’a pas besoin ou qu’elle jugeait inappropriée à ses usages courants ? Étrange en effet pour notre civilisation de l’Accès !

                Mais un bon vendeur avait été formé aux techniques de manipulation. Il existait dans les universités des “Masters en management des stratégies commerciales”. Redoutablement efficaces, ces stratégies commerciales étaient spécifiques en fonction de la culture, de la classe sociale, des spécificités propres à acheter potentiel. Un bon vendeur était capable de vendre du sable à un Touareg et des glaçons à un Esquimau ! Un bon vendeur devait rendre très heureux un aveugle d’avoir acheté appareil photo, un sourd d’avoir cédé à l’attrait du dernier enregistrement de musique Pop ! Un bon vendeur savait faire oublier toutes les priorités vitales et vous faire avaler de bon gré les pires couleuvres. Un bon vendeur savait devancer vos désirs, les rendre irrépressibles et immédiats. Un bon vendeur était celui qui vous rendait heureux d’avoir acheté, qui devenait l’ami qui guide vos pas dans la jungle de la concurrence…  

                La publicité aidait beaucoup la pratique de ces manipulations en les rendant quotidiennes, familières, médiatisées. Nul ne pouvait être dupe des discours scientifiques servis à longueur de temps par les télévisions au sujet de multiples dentifrices qui tous avaient été testés dans de grands laboratoires et vous garantissait la blancheur parfaite, l’absence de carries, la protection totale de l’émail et l’haleine pure pour toujours. Pourtant, beaucoup avaient leur marque de prédilection et quand on leur demandait les raisons de leur choix, on retrouvait généralement l’un ou l’autre de ces arguments pseudo scientifiques des publicitaires… Rares étaient ceux qui auraient pu se vanter ne n’avoir été influencé dans aucun achat, de n’avoir jamais cédé au discours d’un vendeur expérimenté !

              

Ville : La ville recouvre deux réalités temporelles qui ne se ressemblent en rien : la ville de l’Ancien Régime et la ville d’une société a-monétaire n’ont rien de commun, ni en taille, ni en fonction, ni en paysage… La jeune génération qui ne connaît la vieille ville que par les films et photos d’époque n’en a qu’une idée réductrice. Les survivants de l’ancien monde sont incapables de décrire une réalité qui fait appel à des concepts, à des références qui ne font plus sens aujourd’hui. La transmission générationnelle s’est très mal faite, un peu comme pour les déportés du nazisme qui mirent des années avant de pouvoir s’exprimer sur leur expérience.

                La ville de l’Ancien Régime n’avait pas de limite. Le même mot pouvait désigner une agglomération de mille habitants ou une mégalopole quinze millions de personnes, alors qu’aujourd’hui, il a été déterminé que le seuil de cinq mille habitants était indépassable. Au-delà de ce chiffre, la ville se scinde en deux entités distinctes, autonomes.

                La ville de l’Ancien Régime était conçue et aménagée en fonction de l’automobile et des indispensables trajets professionnels que chaque citadin devait parcourir chaque jour pour gagner sa subsistance. Aujourd’hui, nul n’aurait l’idée saugrenue de se choisir un logement à l’opposé du lieu de son activité principale. Les déplacements quotidiens sont courts, ne sont soumis à aucune urgence (sauf accident), se contentent de moyens individuels sobres (vélos généralement) ou de transports en commun légers et agiles.

                La ville de l’Ancien Régime était entièrement centrée sur les nécessités commerciales. Magasins, entrepôts, publicité, enseignes, panneaux indicateurs…, tout était fait pour “ faciliter” l’accès à la consommation. Le paysage urbain en était donc profondément affecté. Il a fallu plus d’une décennie pour réaménager la ville hors des nécessités de l’activité marchande.

                La ville de l’Ancien Régime était cloisonnée selon des critères de classe et de fonction : centre-ville bourgeois, zones résidentielles, zones pavillonnaires, banlieues, zones industrielles, commerciales, administratives. Toutes ces zones étanches ont explosé immédiatement dès l’abolition de l’argent, ne serait-ce qu’en raison de la libération de millions de mètres carrés de surfaces habitables libérées du jour au lendemain (banques, assurances, cabinets comptables, hôtel des impôts…). On est passé avec une rapidité effarante de la spécialisation des quartiers à la mixité sociale et au mélange des activités. Les classes privilégiées ont tenté de s’y opposer, supportant très mal l’intrusion d’une famille ouvrière et encore moins Rom ou Tsigane dans un immeuble bourgeois. Mais, sans l’outil de l’argent, quel moyen avaient-ils de s’opposer à l’occupation d’un appartement vide par des gens d’autres milieux ? Quant à la spécialisation professionnelle, nul n’aurait eu l’idée d’installer un dépôt alimentaire ou un centre d’approvisionnement électroménager à dix kilomètres du lieu de résidence de ses usagers. Il y avait suffisamment de locaux commerciaux devenus obsolètes pour instaurer la proximité la plus totale.

                La liste des mutations immédiates qu’ont connues les villes au lendemain de l’abolition est sans fin, autant que l’analyse des conséquences anthropologiques de ces mutations…    

                

Violences : Viol, violence, violer, vient du grec βία qui désigne ce qui est pris par la force, donc contre la volonté d’une personne, ce qui relève d’un abus de pouvoir. La violence d’une société, d’une personne, d’une institution est donc proportionnelle au pouvoir que l’on croit légitime sur l’autre ou à la volonté d’acquérir, d’affirmer, d’imposer sa puissance sur l’autre. Autant dire que la violence est naturelle, depuis le mâle dominant qui s’octroie l’exclusivité des femelles du troupeau à l’enfant qui cogne un plus faible pour compenser sa faiblesse vis-à-vis des adultes.

                Pour autant, la violence peut être canalisée ou exacerbée par les structures sociales. Il est normal que l’homme soit animé des pulsions les plus violentes dans certaines circonstances, mais la culture fait, comme disait Albert Camus, “qu’un homme, ça s’empêche…” !

                La société a-monétaire que nous connaissons aujourd’hui est tout autant capable de violence. Mais cela n’a plus rien à voir avec la violence institutionnalisée de l’argent, de la propriété privée, de l’État centralisé, de la Justice de classe. Faute de concurrence, de compétitivité, de glorification du pouvoir, la violence s’est individualisée et reste du domaine de la psychologie, du ressenti personnel, de la relation interpersonnelle. Elle est donc plus simple à traiter et bien moins à risques.      

 

Vote : “Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne disent rien, et ils n’espèrent rien. Mais du moins, ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit”. Ce texte écrit par Octave Mirbeau et intitulé “La grève des électeurs”, est paru dans le journal Le Figaro, en 1888. Il a pourtant fallu attendre l’abolition de la monnaie pour que Mirbeau (1846-1917) soit enfin entendu ! Le vote a longtemps été la seule arme qui restait aux humains pour exprimer un avis personnel, pour avoir un sentiment de pouvoir, fût-il extrêmement limité et circonstancié. C’est pourquoi l’élection, piège à cons, comme disait le slogan abstentionniste, a si longtemps perduré malgré la perpétuelle constatation que l’élu ne réalisait jamais ses promesses, que les meilleurs étaient vite pervertis par le système, que tout était faussé par la puissance de l’argent. 

                Le capitalisme était un avion fou et changer de pilote n’aurait rien changé à la folie de l’avion… Il impliquait un chômage massif et structurel, un accroissement constant des inégalités, une surproduction qui ne pouvait ni être épongée  par le gaspillage ni par le partage… Voter dans ces conditions était tout aussi fou…  

 

Voter AM : Fondé à Lyon en 2013 par Marc Chinal, ce mouvement s’est donné comme nom “voter AM” (comme a-monétaire), parce que, devant la réticence de ses contemporains à oser toucher le paradigme de l’échange marchand, il avait choisi de se présenter comme député à diverses élections pour s’offrir une tribune. Sa capacité à utiliser les médias pour poser le problème d’une abolition a beaucoup fait pour en vulgariser l’idée. Auteur de nombreuses vidéos, d’interview de personnalités politiques et médiatiques (généralement très embarrassées d’être mis face à une telle question), de bandes dessinées qui eurent un réel succès (“Joanne Lebster, le début d’un nouveau monde”), il a été présent à de nombreuses manifestations (écologiques, décroissantes, politiques ou culturelles) semant les graines d’une future désargence.

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