Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Désargence.over-blog.com

ABÉCÉDAIRE Lettre U

1 Décembre 2019, 15:41pm

U

Uberisation : Mot dérivant de la société américaine UberCab qui avait commercialisé des plateformes mobiles pour mettre en contact des chauffeurs avec voiture et des clients. Cette pratique fit une concurrence pour le moins déloyale aux taxis qui, pour exercer, devaient payer une licence et beaucoup d’impôts. Le même système a été utilisé dans la location de logements de vacances de gré à gré (peer to peer). Le plus important,  “Airbnb”  mettait l’hôtellerie classique en difficulté. Peu à peu, ce modèle complètement dérégulé et ne fonctionnant que sur l’auto entreprenariat, a séduit les capitalistes libéraux qui y ont vu le moyen de casser définitivement toute organisation du travail.

                Tout a été peu à peu ubérisé malgré les nombreux témoignages des victimes de cette individualisation des échanges commerciaux. Les seuls gagnants de ce système étaient les promoteurs de ces plateformes qui, pour des investissements minimes, pouvaient faire travailler quantité de gens moyennant un petit pourcentage sur chaque opération. Le chauffeur, le livreur, le prestataire de service s’épuisait vite pour de aigres revenus quand le promoteur travaillait peu pour de juteux profits. Quand la révolution monétaire a éclaté, l’ubérisation était en train de gagner des secteurs aussi vitaux que la santé ou l’enseignement… 

 

Unités sociales : L’un des arguments les plus récurrents dans la bataille de la désargence a été sans aucun doute la question de la taille de l’unité sociale de base à partir de laquelle pourrait se construire une fédération, une collaboration efficace. Une société sans argent était réputée réalisable à petite échelle, impossible au niveau d’une métropole, d’une région, d’un pays et encore moins de la planète. Il est vrai que toutes les expériences connues de société sans argent ont été portés par des communautés restreintes : Inuits, Amérindiens, Sans, Jarawas pour les peuples, phalanstères, familistères et autres Zads pour les communautés expérimentales. Une fédération de grande ampleur n’a jamais été réellement expérimentée et la seule chose qui semblait sûre, c’est qu’il y avait un seuil au-delà duquel il fallait se fédérer ou perdre son autonomie, et qu’au niveau planétaire cela induirait quantités de délégations successives et donc une lourdeur et une lenteur administrative extrême pour la moindre décision à prendre.

                Longtemps une désargence a été confinée dans le domaine du local et dénié de toute vraisemblance au niveau international. Seule l’expérimentation a permis de dépasser ce clivage réputé indépassable. Les équipes scientifiques de grande ampleur, telles que celle du CERN par exemple, ont très concrètement mis en place des structures impliquant des acteurs du monde entier et des laboratoires dispersés, et prouvé que l’argent empêchait plus souvent qu’il ne permettait ce genre de collaboration mondiale sophistiquée. C’est en 1989, au CERN, que Tim Berners-Lee, a révolutionné la communication sur la planète en inventant le WEB, sans chercher à en tirer le moindre profit financier !             Le CERN en 2018, c’était déjà 2 500 personnes, 11 000 scientifiques de 100 nationalités utilisant ses outils, c’était 200 hectares réparties sur deux pays de structures différentes (la France et la Suisse), c’était plus de 600 instituts dans le monde qui collaboraient… Aujourd’hui, le CERN reste la référence quant aux projets de grande complexité, sur un niveau mondial, sans aucun enjeu autre que la connaissance de l’univers et sa mise en accès pour tous…

                Mais fondamentalement, ce qui a changé la donne, c’est l’irruption du numérique avec ses moyens de transmission, de communication, de partage des tâches, de collaboration à distance… Sans cette formidable technologie, l’idée d’une abolition de la monnaie serait sans aucun doute restée du domaine expérimental,  confinée  à de petits groupes communautaires.

 

Urgence : Caractère de ce qui requiert une action, une décision immédiate. Dès le début du XXIe siècle, les impasses structurelles qui s’annonçaient aurait dû nous mettre dans une situation d’urgence, nous pousser à prendre des décisions rapides. Au lieu de cela, ce qui a dominé c’est la sidération, l’hésitation, le doute quant à l’urgence même. Face à la nécessité, les sociétés humaines se sont repliées vers le passé, l’identité traditionnelle, les valeurs morales supposées éternelles.  La notion de Liberté, présente aussi bien chez les libertaires les plus progressistes que chez les libertariens issus du néolibéralisme, a induit une répugnance à concevoir une quelconque nécessité contraire à l’indépendance, une quelconque urgence contraire à  l’autonomie…

                De nombreux ouvrages ont été publiés aujourd’hui sur les dernières années de la vieille civilisation, expliquant pourquoi et comment l’urgence qui aurait dû stimuler l’imagination et l’invention d’un nouveau modèle a au contraire conduit au déni de la réalité.

 

Usage : On parlait très peu d’usage dans l’Ancien Régime, sauf au moment des grèves. Quand les transports étaient bloqués par des revendications syndicales, les médias s’empressaient de déclarer que “les usagers étaient pris en otages !” Après avoir été considérés comme des clients à respecter, puis comme des consommateurs ayant des droits inaliénables à être transportés, nous devenions otages et l’on faisait référence à un droit d’usage. Un double oxymore : si le droit à être transporté était inaliénable, en vertu de quoi fallait-il le payer ? Si la grève nous mettait en situation d’être instrumentalisés en vue d’un profit personnel (une augmentation de salaire) comme l’otage est monnayé contre une rançon, comment pouvait-elle s’entendre dans un service public, financé par les impôts de ces mêmes otages ?

                Une des rares allusions juridiques à l’usage était nommée usufruit. Il était possible dans le droit de l’époque d’user légalement d’un bien immobilier sans en avoir la  propriété, quand, par exemple, un père léguait de son vivant sa maison à son fils tout en continuant à en jouir comme s’il en était resté propriétaire. Généralement, le père occupant la maison en payait les charges et le fils ne pouvait aliéner le bien tant que le père vivait.

                Aujourd’hui, la notion d’usage est devenue si centrale que le terme d’usager ne peut plus être sorti d’un contexte particulier. Nous sommes tous usagers de quantités de choses, de façon permanente ou provisoire, individuellement ou collectivement, selon des modalités qui se sont considérablement diversifiées…

     

Usine : Les caractéristiques des usines “fin de régime” était la concentration et la robotisation. La concurrence a peu à peu regroupé toutes les unités de production d’un même secteur sur des sites uniques, généralement délocalisés dans les pays à bas salaires et progressivement vidés de leurs employés, mis à part ceux qui étaient chargés de la surveillance et de la maintenance des machines. Avec la robotisation et l’homme devenu superflu, avec le nombre de chômeurs maigrement assistés, ceux qui obtenaient un poste en usine étaient  prêts à tout accepter pour conserver le privilège d’un salaire temporaire.

                Il est difficile aujourd’hui de se faire une idée des conditions de vie au sein des unités de productions et de comprendre comment les travailleurs étaient amenés à les accepter sans réagir. On se rend aujourd’hui dans une unité de production locale pour y exercer une activité que l’on sait utile, juste le temps nécessaire pour répondre à la demande du secteur. Celui qui a en tête une amélioration possible quant à la qualité des produits, le mode de fabrication ou l’organisation collective de l’activité, qu’il fasse partie de l’équipe permanente ou pas, peut à l’inverse y passer ses jours et ses nuits si le but qu’il s’est donné le passionne.

                Après la Grande Crise, certaines usines ont été débaptisées au profit du vocable atelier tant le souvenir de ces bagnes était douloureux. D’autre ont rappelé que l’usine vient du latin usus (usage) et que le mot devait être conservé, ne serait-ce que pour rappeler que nul n’en est propriétaire sinon ceux qui en ont l’usage

 

Utilité sociale : Ce concept d’utilité sociale est apparu progressivement, au fur et à mesure que l’homme devenait “superflu”. La productivité, la robotique, la baisse de la consommation globale dans le monde, ont en effet rendu superflu une bonne majorité des anciens “travailleurs”, quelle que soit leur qualification. La loterie que constituait “le marché de l’emploi” nécessitait pour être “acceptable” une justification morale. D’où l’idée que ceux qui s’en sortait, qui avait accès à ce fameux marché du travail, à un salaire ou plus généralement à des revenus, n’étaient pas des hommes superflus mais au contraire avaient une “utilité sociale”. Il était donc normal que l’individu utile à la collectivité soit privilégié par rapport aux inutiles.

                Cette démarche intellectuelle accentua singulièrement les pathologies médicales et sociales des “inutiles” qui ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes. L’utilité sociale impliquait une valeur morale et sociale individuelle qui collait bien avec l’idéologie libérale de l’époque. La recherche de valeur utilitaire fit beaucoup pour alimenter les engagements dans les conflits armés, qu’ils soient nationaux ou terroristes, qui se sont multipliés avant que la crise finale mette fin à la civilisation marchande.

                Aujourd’hui, ce concept d’utilité sociale paraît particulièrement barbare, habitué que nous sommes à trouver utile d’une manière ou d’une autre chaque individu, à ne plus déterminer de valeur quantitative et comparative entre un médecin et un aide-soignant, entre un universitaire et un ouvrier du bâtiment, entre l’inventeur d’un vaccin et celui d’un presse-purée…     

 

Utopie : Ce terme a été utilisé à tort et à travers dès le début du siècle pour stigmatiser tous ceux qui proposer des solutions innovantes. Pourtant, nul ne pouvait ignorer que nombre de choses avaient été des utopies avant de se réaliser. Dans Candide, Voltaire disait déjà : "Ceux qui ne croient pas en l'impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui sont en train de le faire". Tout projet visant à limiter ce qui touchait à l’argent, à la marchandise, à la propriété privée était taxé d’utopisme. En revanche, ceux qui imposaient des solutions notoirement inefficaces mais connues étaient des réalistes…

 

Commenter cet article