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ABÉCÉDAIRE Lettre Q

1 Décembre 2019, 15:20pm

Q

Quantitative easing (QE): Terme qui désignait un type de politique monétaire consistant pour une banque centrale à racheter massivement des titres de dettes aux acteurs financiers. Cette pratique était censée rassurer les banques, relancer la production et réduire le chômage. En réalité, elle a surtout abouti à augmenter considérablement la quantité de monnaie en circulation, à gonfler artificiellement le bilan des banques centrales, sans pour autant éviter l’inflation.

                C’est le Japon qui le premier s’est lancé dans une vaste opération de QE entre 2001 et 2006. Puis, avec la crise de 2008, le système a été adopté par les USA, l’Union européenne, la Suède, le Royaume Uni… L’opportunité et l’efficacité de cette politique monétaire a longtemps divisé en deux clans les économistes, les uns affirmant que le QE avait permis de sortir de la crise, les autres qu’il ne faisait que préparer la crise suivante. L’hyperinflation qui a suivi a donné raison, mais un peu tard, aux opposants…

                Pour des citoyens n’ayant pas connu le système monétaire, et encore moins le QE, il est difficile d’en comprendre le sens et l’enjeu. Un petit retour historique est nécessaire. En 2008, une crise est survenue dans des modalités qui avaient été prévues dans les manuels d’économie mais qui ne s’était jamais produite dans la réalité : une crise systémique. Une grande banque (Lehman Brothers) fit faillite avec le risque d’entraîner dans son sillage la faillite de tout le système américain puis mondial. Dans la panique, les États ont décidé de sauver les banques pour se sauver eux-mêmes. Le système économique était figé, les banques ne se faisant plus confiance entre elles et ne se prêtant plus d’argent. Sans liquidités en suffisance, toutes les banques étaient en péril. Les banques centrales ont donc décidé de financer les banques en créant ex nihilo de la monnaie, bien sûr à taux zéro. Mais cet argent restait dans le système bancaire et filtrait très marginalement dans l’économie réelle. Logiquement, l’usage de la planche à billets produit une inflation automatique sur le marché international, les taux d’intérêts des créances publiques explosent. C’est ce qui s’est passé en Grèce, en Irlande, en Espagne, au Portugal. Les États plus puissants ont donc été contraints de venir en aide à ces pays. Pour cela ils ont utilisé le même système que pour les banques, le QE ! Mais cette masse d’argent injectée par les banques centrales n’a cessé de créer des bulles spéculatives (sur le bitcoin, l’énergie, les start-ups, etc.). Les spéculateurs n’ayant plus aucun profit par les voies normales ont pris des risques de plus en plus grands sur ces bulles. C’est ainsi que l’on est arrivé à la situation de crise absurde que plus personne ne pouvait contrôler et qui a signé l’arrêt de mort du capitalisme. Les banques étaient cette fois trop fragiles, les États aussi et le QE ne pouvait être éternel. Personne n’avait envisagé une quelconque solution innovante, un débouché politique possible. Le crash était inévitable…

 

Quantitative easing for people (QE4P):  Mouvement social européen qui réclamait à la BCE (Banque Centrale Européenne) d’organiser une sorte de QE, mais cette fois destiné aux peuples. Techniquement, rien n’empêchait la BCE de faire pour les peuples ce qu’elle avait fait pour les banques : créer des quantités énormes de monnaies et les redistribuer directement aux particuliers. L’idée était de relancer la croissance par la consommation en redonnant un pouvoir d’achat aux chômeurs, aux exclus du système, aux travailleurs pauvres… Une sorte d’impôt inversé !     

                Jamais ce système n’a réussi à se mettre en place. Généreux en apparence, ce système plusieurs fois tenté expérimentalement s’est avéré contre-productif. On ne réforme pas le système monétaire. On le quitte ou on accepte son utilité et ses tares. Un paquet cadeau non négociable… Au début, un QE4P relance la consommation, ce qui produit l’effet immédiat de concentrer à nouveau la totalité de ces prestations sociales sur les comptes en banque des plus gros producteurs, donc de relancer aussi la spéculation, laquelle annule la croissance espérée. En fin de compte la richesse publique, avec ou sans intention de redistribution, se retrouve toujours là où elle est le moins utile. Certains économistes ont alors proposé une annulation périodique de la monnaie sociale, après qu’elle ait irrigué l’activité économique, pour éviter qu’elle soit retenue par les circuits financiers… Mais il en fut des financiers comme de tous les magouilleurs professionnels, qui de tout temps  eurent un train d’avance sur les lois, les régulations, les contrôles. La belle idée du QE4P est morte dans l’œuf à chaque tentative !

     

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