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ABÉCÉDAIRE Lettre Cor-Cy

1 Décembre 2019, 11:52am

 

C

Corruption : La corruption était jadis l’un des maux les plus fréquemment cités par ceux qui choisissaient de se plaindre. Les politiques étaient évidemment corrompu, les flics étaient “ripous” (pourris en verlan), les fonctionnaires étaient tous tentés par une petite enveloppe….Tout le monde était corrompu ou susceptible d’être corrompu. En revanche, on se plaignait rarement des corrupteurs sans lesquels il n’y aurait pas eu de corrompus. On se plaignait encore moins du principal outil de corruption, l’argent.

                A y regarder de plus près, il n’y avait parmi cette masse de gens susceptibles de corrompre ou d’être corrompus des différences quantitatives, rarement qualitatives. L’homme politique qui acceptait un million en “pot de vin” pour favoriser quelqu’un lors d’un appel d’offre, n’était pas plus vénal que le petit fonctionnaire qui réclamait un petit billet pour accélérer un dossier. Le producteur de film qui exigeait d’une actrice des faveurs sexuelles n’était pas moins coupable que celle qui acceptait le marché quand il lui aurait suffi de dire non au risque de perdre le rôle. L’industriel qui payait une armée de lobbyistes pour défendre un produit indéfendable n’était pas plus corrupteur que le parlementaire qui se devait de “renvoyer l’ascenseur” après avoir accepté une petite croisière sur le yacht de l’industriel.

                Au début du 21e siècle, il y eu quelques retentissants procès en corruption, une immense vague d’indignation vis-à-vis des “porcs” qui exigeaient des prestations sexuelles de leurs subordonnées, des scandales à répétitions de financement occultes de partis ou de gouvernements. Tout cela sentait mauvais et véhiculait une suspicion généralisée, des fausses dénonciations, un dégoût généralisé pour la chose publique. Mais tant que l’on s’acharnait sur l’homme politique qui rémunérait sa femme grâce à un emploi fictif, on oubliait de penser que le premier coupable était l’argent et tous les autres coupables, ceux qui défendaient mordicus les bienfaits de cet argent !  

 

Cotisations : Mot qui a pratiquement disparu en même temps que l’argent. Il s’agissait d’une somme versée individuellement pour un objectif commun. Il y avait des cotisations pour toute association (pour jouer aux boules comme pour faire de la musique), des cotisations sociales (pour les soins, l’éducation des enfants…), des cotisations syndicales (pour défendre les droits et devoirs des travailleurs), etc. Comme rien ne pouvait se faire sans un minimum d’argent, toute entreprise commune impliquait des frais matériels, des frais de gestion, parfois des frais administratifs. Les cotisations servaient à cela.

                On retrouve l’étymologie de ce mot dans l’expression un peu désuète de “faire sa quote part”, c’est-à-dire faire la part qui était prévue lors d’une collaboration autour d’une activité commune. Plus personne ne comptant plus grand-chose, ni le temps, ni le matériel, ni l’effort, cette expression n’est plus guère utilisée que par des anciens encore coutumiers du langage monétaire.

 

Courses (faire les..) : Expression utilisée jadis pour s’approvisionner. Le terme de courses montre en effet la nécessité qu’il y avait de courir pour satisfaire aux besoins essentiels. Généralement, les familles faisaient les courses une fois par semaine dans des grands centres appelés Supermarchés ou Hypermarchés, généralement situés à la périphérie des villes. D’immenses parkings permettaient d’accueillir des milliers de voitures en même temps. Ces magasins d’approvisionnement vendaient de tout (alimentation, vêtements, électroménager, outillage, livres, produits pharmaceutiques…), et avec une effarante variété de modèles pour chaque produit (plus d’une cinquantaine de yaourts différents, une gamme de téléviseurs allant du home-cinéma à la petite télé portable…). C’était une corvée hebdomadaire pour les uns, une détente pour d’autres qui y passaient la journée à rêver devant des objets qu’ils n’avaient pas les moyens d’acheter !

 

Crédit : Facilité de payement accordée par une banque ou un commerçant pour inciter à la consommation. Le prix d’un objet était payé en plusieurs mois ou années moyennant un intérêt qui pouvait doubler ou tripler le prix de départ. Les crédits abusifs, et leurs taux usuraires furent une des principales causes de la Grande Crise.

                Certains spécialistes exerçaient une profession qui paraît curieuse aujourd’hui et qui consistait à convaincre les éventuels acheteurs que tel ou tel objet leur était indispensable, que le crédit était une bonne affaire, qu’ils ne se rendraient même pas compte des mensualités qui leur seraient retirées chaque mois. Il n’était pas rare que ces bonimenteurs forcent de pauvres gens à acquérir des produits dont ils n’avaient aucun besoin réel et à contracter des crédits largement supérieurs à leurs revenus, jusqu’à être en faillite et se voire confisquer par voie d’huissier (homme de justice chargé de ces basses besognes) ce qui leur était indispensable pour travailler, pour dormir, se déplacer…, jusqu’à se retrouver avec femme et enfants à la rue sans aucune ressource. Mais les vendeurs, les établissements de prêts, huissiers n’étaient pas pour autant des professionnels illégaux ni perçus comme immoraux…  

 

Croissance : Tant que le libéralisme a été la seule et unique forme d’économie, l’idée que le progrès humain n’était possible qu’avec la croissance a été admise par le plus grand nombre. La croissance suivait la vision d’un temps linéaire qui irait mécaniquement vers un mieux. Cette escroquerie intellectuelle a fait florès malgré les observations du réel qui la contredisait, malgré l’expérience d’une génération qui, pour la première fois dans l’histoire, était assurée de vivre moins bien que ses parents. Le progrès étant directement lié à la croissance, il a aussi été lié à l’acquisition de l’IPhone et de l’écran plat, donc limité à la consommation. Plusieurs études sérieuses ont pourtant démontré dès 2010 que, passé un certain seuil de prospérité, la croissance ne faisait plus le bonheur et que c’était même l’inverse. 

                C’est bien pour ces raisons qu’il ne pouvait y avoir d’écologie politique sans une critique radicale du capitalisme et de la société consumériste. C’est pour cela aussi que les écologistes et les gens de gauche ont été si mauvais à défendre leurs idées, à les mettre en pratique. Pas de croissance sans profits, pas de profits sans dégâts, d’où l’idée d’une croissance verte, cache sexe de tous ceux qui voulaient verdir juste un tout petit peu pour continuer à permettre les profits… La croissance capitaliste a été comparée à une voiture folle qui n’aurait comme seule choix d’avancer de plus en plus vite ou de caler ! Le mythe de la décroissance a de ce fait pris une place considérable vers la fin du régime mercantile.

                Le simple fait de déconnecter la croissance de la consommation a redonné au terme de croissance ses lettres de noblesse. La croissance dégagée des profits financiers est comme celle d’un végétal, une promesse de fruits sans prix à payer au sol, à l’air, à la lumière, comme celle de la connaissance qui se multiplie au lieu de se diviser quand elle est partagée, une vision cyclique du temps (naissance, croissance, déclin, mort) bien plus logique que l’improbable vision linéaire…

                Les Orientaux, ayant une  traditionnelle vision cyclique de la vie et du monde, eurent plus de facilité à se démarquer de la vision linéaire du progrès qui leur était arrivée tardivement, avec la mondialisation. Mais dans la réalisation concrète des sociétés a-monétaires, la marque de ces deux conceptions, linéaire ou cyclique, a relancé un immense débat philosophique que certains ont voulu tenté de résoudre par l’image de la spirale qui concilie à la fois la ligne et le cercle. Le débat n’est pas clos et perdurera certainement au-delà de la civilisation de l’Accès… On peut toutefois attribuer à la sortie du système monétaire une meilleure compréhension mutuelle de l’a priori théorique et mythique de l’Orient et de l’occident, incidence inattendue mais profitable…

 

Croyances : La croyance est un processus mental qui fait prendre une hypothèse pour une vérité, qui permet d’y adhérer envers et contre toute réalité, contre toute expérience concrète. Le terme de croyance s’applique le plus souvent aux religions qui déclarent réel un Dieu ou des Dieux qu’aucun fait ne peut corroborer, qui imaginent des arrières-mondes dont nul n’est jamais revenu pour en attester l’existence. Mais la croyance s’étendait jadis à bien d’autres domaines.

                La punition (prisons, amendes, sévices multiples…) est la seule prévention de la criminalité croyait-on. On avait pourtant expérimenté, selon les époques et les lieux, des répressions d’une cruauté inouïes ou des méthodes de coercition douces, mais sans jamais pouvoir démontrer un quelconque résultat probant.

                La musique adoucit les mœurs disait-on, même quand la musique militaire conduisait les hommes à la boucherie, quand certains chanteurs menaient leur fans au racisme, à la haine, à l’égoïsme.

                Les religions sont une bonne chose pour réguler les passions affirmait-on en dépit des croisades, des guerres de religion, des inquisitions diverses et variées.

                La démocratie, c’est le moins mauvais des systèmes politiques même quand elle a habillé les pires dictatures, qu’elle s’est parée de représentativité pour ôter tout pouvoir aux peuples…

                L’échange marchand était indissociable des sociétés développées et pourtant, il a été aboli. Il nous faut cependant rester d’une grande vigilance si l’on ne veut pas que dans dix ans ou un siècle, un fou ne réinvente un outil de mesure et d’échange, si bien déguisé que l’on ne reconnaisse pas immédiatement l’argent sous les oripeaux d’une innovation géniale ! En attendant, la désargence, qui s’est imposée plus par nécessité que par conviction, a fait de nous des “anomismates”, non-croyants à la  νόμισμα, à l’argent.  Comme d’autres ont jeté leur soutane aux orties, nous avons jeté nos  portemonnaies à la poubelle et avec eux, les croyances qu’ils contenaient !

 

Cusey Aloïs : L’économiste Cusey proposait de supprimer la monnaie : “La fédération humaine”, éditions  Elzevir (2011). Pour sortir du système monétaire, il suggérait l’utilisation de la " carte de consommation " qui veillerait à ce que chacun consomme selon ses besoins afin d'éviter tout excès. Et surtout, il définissait préconisait une " Fédération humaine " conçue à l'échelle mondiale. Une fédération qui veillerait au respect de la démocratie, qui défendrait le désarmement, et qui démarrerait une grande entreprise de redistribution. Il fait partie de ces penseurs généreux qui ont critiqué l’argent mais n’ont su se départir à temps des implications du modèle marchand.      

 

Cyberattaque : Acte malveillant envers un dispositif informatique. Les cyberattaques étaient fréquentes sous l’Ancien Régime. Elles prenaient la forme de virus, de logiciels espions qui bloquaient le fonctionnement des ordinateurs privés et contraignaient les usagers à se munir d’un antivirus, naturellement payant. Souvent, les hackers (informaticiens qui exploitaient les failles des systèmes) étaient financés par les vendeurs d’antivirus pour pratiquer leurs actes illégaux. Les pirates s’introduisaient dans les systèmes pour les piller : ils pouvaient ainsi s’introduire dans le compte bancaire d’un particulier et le vider par des achats sur des sociétés écrans impossible à retrouver. Les banques proposaient donc des assurances qui garantissaient le risque de piratage d’un compte, toujours moyennant finances. Les entreprises entre elles se pirataient allègrement, pour découvrir des secrets de fabrication ou pour ralentir leurs opérations. Les États eux-mêmes étaient piratés pour influencer une élection, prévoir les stratégies adverses, diffuser des fausses informations, des intoxications !

                Les hackers ayant toujours un pas d’avance sur les spécialistes de la sécurité, le risque zéro était impossible, quelques soient les systèmes de cryptage. Avec l’abolition de la monnaie, quel intérêt un informaticien aurait-il eu à hacker un ordinateur, une entreprise, un État ? Qu’y aurait-il pu gagner, sinon la réprobation générale des utilisateurs… ? En revanche, le génie de certains anciens hackers, fut très utile pour mettre en place les logiciels nécessaires à la gestion a-monétaire, pour mettre la masse des données jadis privées  à la disposition de tous, pour les rendre abordable par tous, pour éviter que des maladresses n’enrayent les systèmes…  

 

Cynisme : Posture qui a atteint son apogée à la fin de l’Ancien Régime et illustrée par le bon mot de Jules Renard : “J’ai froid dit le pauvre. C’est la saison qui veut ça dit le riche !...” La période des deuxième et troisième décennies ont été particulièrement cyniques, tant sur le plan politique autant qu’économique. Le Président français Emmanuel Macron en fit un style politique à part entière. Plus communicant que technicien, il a grandement contribué à embrouiller un débat qui, durant son règne, commençait à être urgent et vital. Son plan dit loi Pacte (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) en automne  2018 est resté un modèle du genre. Présenté comme une avancée fondamentale pour les entreprises comme pour les salariés, ce plan visait surtout à privatiser des services publics, à précariser les employés en les transformant en actionnaires, avec en bouquet final la publication du salaire moyen des entreprises (un directeur à 10 000€ par mois plus deux salariés à 1000 par mois indiquait ainsi un salaire moyen  de 4 000€ !) Ce que le gouvernement Macron appelait une  “transparence” s’apparentait plutôt au cynisme…   

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