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ABÉCÉDAIRE Lettre Ca-Co

1 Décembre 2019, 11:23am

C

Camus Albert : (1913-1960) écrivain, philosophe libertaire. « La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité,  mais la protection de la minorité. » Albert Camus a été longtemps considéré comme un excellent littérateur, mais comme un “philosophe pour classes terminales” ! On a souvent dit qu’il avait été éclipsé en tant que philosophe par le poids médiatique de son contemporain Jean-Paul Sartres. Mais la réalité, c’est qu’il était libertaire et qu’à ce titre il énonçait des principes philosophiques irréalistes dans le cadre monétaire. Il est mort trop tôt (en 1960 dans un accident de voiture) pour avoir donné forme à sa vision du monde, trop tôt pour que les esprits puisse entendre ce qu’il suggérait.

                Ce n’est qu’après l’abolition de l’argent que son œuvre a été relue, que l’on a compris ses visions prémonitoires. Même ses principaux admirateurs, le philosophe Michel Onfray par exemple qui lui avait consacré un excellent ouvrage, n’ont perçu la pertinence d’un Camus, sans doute eux-mêmes trop imprégnés par l’échange marchand que nul ne contestait avant la deuxième décennie du siècle.    

 

Capitalisme vert : A la fin de l’Ancien-Régime, les impasses écologiques étaient devenues si flagrantes que les grands groupes industriels autant que les politiques, tous à court d’arguments pour s’opposer aux écologistes et conserver les profits maximum, ont inventé le capitalisme vert, c’est-à-dire une production qui deviendrait propre, non énergétivore, respectueuse de la nature, de l’environnement.

                L’agriculture fut repeinte en révolution verte, les pires pollueurs prirent soin d’inscrire dans leur organigramme des pôles environnementaux, d’afficher des actions de protection, d’ouverture de parcs naturels, et même de financer des projets écologiques. Une fois leur image de marque instaurée, leur “greenwashing” bien visible, ils pensaient se décharger de toutes les contraintes environnementales. Ce système a fonctionné relativement jusqu’au début du siècle, puis les industriels ont fini par constater que plus personne n’était dupe et qu’en outre, le retour sur investissement n’était pas à la hauteur de leurs attentes.

                La tactique a alors changé avec les compensations écologiques : peu importe que l’on détruise une espèce en voie de disparition, que l’on endommage un écosystème, si parallèlement on répare ailleurs, si l’on protège un autre site… Certains États ont été dans ce sens jusqu’à comptabiliser la valeur de zones à protéger et à les mettre sur le marché comme n’importe quelle ressource. Telle usine qui polluait quelque part pouvait acheter ailleurs une zone compensatoire. Mais en devenant propriétaire de la zone, il pouvait ensuite la revendre au plus offrant. Du profit en polluant, et encore du profit en compensant….          

 

Cash : Dénomination anglo-saxonne de l’argent liquide (billets, pièces de monnaies). Pour bien comprendre la situation d’avant la Grande Crise, il faut savoir que le cash, le liquide, ne représentait que 5% de l’argent réel en circulation. Les 95% restant n’étaient que des écritures sur des chèques, des bits sur une carte de crédits, des chiffres sur des comptes. A cette anomalie se sont greffées deux absurdités, celle de la création monétaires par les banques privées  et non plus par les banques centrales, et le système des dettes souveraines qui mondialement dépassaient de plus en plus  le PIB de la planète, jusqu’à en être le double.

                Dès 2015, des études ont été réalisées par le FMI, la BRI, certains cabinets privés de notations financières pour sortir à temps de l’impasse monétaire qui pointait. Le seul moyen d’éponger un peu cette énorme dette aurait été de ponctionner une part d’au moins 10% sur tous les comptes bancaires, dès le premier euro. C’est ce que Christine Lagarde, alors directrice du FMI, proposa à la Commission Européenne. L’idée était séduisante et la BRI la soutenait sauf qu’il y avait alors un risque énorme qu’une masse de citoyens se ruent chez leurs banquiers pour retirer tout l’argent liquide qu’ils y avaient déposé (un bank-runing). Très vite, plus aucune banque n’aurait été solvable, les gens auraient de suite compris qu’avec 5% d’argent liquide disponible, seuls les premiers arrivés pourraient être satisfait, les autres étant ruinés.

                La solution du FMI, vite admise et adoptée par la BRI, les grandes banques, l’Union Européenne, était alors simple : retirer progressivement tout argent liquide en circulation, en autorisant les seules cartes de crédits, l’argent virtuel. La Suède a été le premier laboratoire européen d’une société sans cash. Même une transaction de quelques centimes (le don à un SDF dans la rue, la quête à la messe, la baguette de pain quotidienne, tout se fit par carte ou par des applis sur téléphones. Le peuple, bien conditionné par des “campagnes d’information”, s’en est accommodé, jusqu’au jour où le cash ayant été supprimé partout, nul ne put réclamer son dû à la banque. Les 10% préconisés par Christine Lagarde, puis les 15%  qui paraissaient plus réaliste chez nombre d’économistes, voire 35% dans certaines zones monétaires, furent débités automatiquement des comptes et nul n’y pouvait rien. Un impôt qui ne disait pas son nom, auquel nul ne pouvait échapper sous peine de voir son compte bloqué et sans le moindre moyen de paiement pour sa survie quotidienne.

                L’opération a commencé par une directive de l’Union Européenne imposée à tous les États membres, la BRRD (Bank Recovery and Résolution Directive). La France a entériné cette directive dans la plus grande discrétion (sous forme d’ordonnance, en plein été, le 20 août 2015, sans qu’aucun média n’en parle et sans débat parlementaire). Mais personne n’a cru ou voulu croire que le plan était en route, que les banquiers sauvaient leur peau en légalisant un vol manifeste.                

                Dès 2018, l’idée s’était répandue dans le monde entier, mais toujours dans la plus grande discrétion. Ce n’est qu’après coup, que l’iniquité autant que l’inefficacité d’une telle mesure apparue réellement, mais trop tard pour réagir. Il s’en suivi une période d’austérité et de récession mondiale qu’aucun État ne put compenser. Les propriétaires de gros comptes en banques ont été les seuls à vider leurs comptes à temps en achetant des biens stables et fiables (métaux précieux, terres, immeubles…), ce qui a gelé encore plus l’activité commerciale. Le remède aggravant la maladie, tout le système s’est grippé au point de plonger l’humanité entière, en quelques mois d’un système sans cash à un système sans plus aucune monnaie possible : La Grande Crise, l’ultime convulsion du système monétaire, l’entrée en Désargence, Le Nouveau-Régime…

                Le plus étonnant de cette histoire a été l’incapacité quasi généralisée à admettre l’existence du processus qui se mettait en place. Les initiateurs du projet ne rencontrèrent aucune résistance, aucune opposition, même dans les milieux les plus contestataires (le mouvement Attac, la gauche radicale, les économistes hétérodoxes…). Les rares personnalités qui tentaient d’alerter l’opinion s’entendaient dire : “C’est impossible, ils n’oseront jamais, arrêtez de vous faire peur avec des phantasmes….” Ce déni de réalité a permis aux instances internationales d’instaurer sans difficulté une “totale mise sous tutelle financière des peuples”. L’argent, symbole du droit à la propriété privée, de la liberté individuelle, fut contrôlé intégralement par le banquier qui pouvait accepter ou refuser une transaction, un investissement, un don, un prêt de gré à gré… C’était en effet si gros que personne n’y a cru, jusqu’au dernier moment ! En revanche, le fait que les États se soient emparés du contrôle via les banques de tous nos avoirs a entraîné quelques cruelles dérives. En effet, le blocage d’une carte de crédit imposée par        

   

Cent-jours (Les) : Période de l’Histoire de France allant du retour de l’empereur Napoléon le 1er mars 1815 à  sa seconde abdication le 7 juillet, après la défaite de Waterloo. Par analogie, de nombreux commentateurs ont parlé des Cent-jours pour désigner la période allant de la Grande crise financière qui déclencha la faillite en cascade de toutes les banques et la Conférence de Bombay qui officialisa la fin théorique du système monétaire et l’entrée dans la Civilisation de l’Accès.

                Cette période d’un peu plus de trois mois pendant laquelle la seule chose évidente était que plus rien ne serait pareil mais que nul ne savait ce qu’il en sortirait, est certes une vue de l’esprit bien plus qu’une réalité factuelle. La transition entre les deux mondes a été bien plus longue tant l’impréparation était totale. Mais au niveau du ressenti (comme l’on parle du ressenti thermique sans correspondance réelle avec les degrés affichés au thermomètre), cette appellation est restée fixée à jamais dans le langage. Les Cent-jours correspondent à cette période où tout était possible, le pire comme le meilleur, car aucune projection d’un avenir commun n’était au départ susceptible d’émerger.

                Ce que l’humanité a traversé durant ce bref moment de son histoire est resté un traumatisme considérable. Rien n’était plus destructeur que de ne pas savoir si demain, la survie de chacun serait assurée, si nous vivions la fin de “l’anthropocène” ou celle de l’humanité elle-même, qui de la raison ou du suicide collectif l’emporterait… Et cette incertitude n’était pas une vue de l’esprit mais bien la sensation très concrète que le sol se dérobait sous nos pieds, que toute gesticulation ne ferait qu’accroître le désastre. Tout s’est mis à manquer, de l’eau potable à l’information, de la sécurité quotidienne au soin médical le plus basique. Très peu étaient préparés à se passer du jour au lendemain du supermarché, de la voiture, du commissariat local, de l’hôpital, d’un antalgique contre une carie dentaire, du téléphone et de la télévision…

                Et c’est pourtant bien ce qui est arrivé au départ de l’avalanche, chaque petit morceau de nos vies entraînant la chute d’un autre sans que l’on puisse dire si l’effet boule de neige des événements allait s’arrêter avant ou après la disparition de toute vie humaine, si notre monde allait dévaler la pente en trois heures, trois jours ou  trois mois...

                      

Chômage : Dès le début du siècle, plus guère de monde rêvait encore d’un plein emploi. En revanche, la majorité pensait qu’une bonne régulation des marchés et de la concurrence, pouvait créer des emplois, qu’un revenu d’existence pouvait y suppléer. Rares sont ceux qui ont rêvé, comme en désargence, d’une abolition du salariat.

                Le débat dans la deuxième décennie a été centré sur la robotique qui très logiquement allait limiter drastiquement les besoins en main d’œuvre. Les uns s’opposaient farouchement à toute mécanisation et préconisaient une agriculture biologique uniquement fondée sur la force humaine, un retour à l’artisanat, voire à la création artificielle d’emplois à seule fin de rendre tout le monde employable. D’autres ne pensaient qu’au partage, quitte à limiter le travail à quelques heures par semaine pour que chacun puisse faire sa part.

                Pour comprendre aujourd’hui l’absurde débat autour du travail, il faut se rappeler les siècles d’intoxication qui ont conduit les hommes à se mesurer à l’aune de leur travail, à faire de cet asservissement un enjeu d’émancipation. Il faut imaginer qu’un chômeur était certes quelqu’un privé en tout ou partie de son salaire, mais surtout quelqu’un qui perdait du jour au lendemain sa raison d’exister, sa respectabilité, le cadre rassurant d’une vie réglée au rythme de l’entreprise. Il n’était pas rare que, perdus dans une sorte de vide social total, certains chômeurs en arrivent au suicide, à la folie, à des actes de désespérance, que les couples divorcent, que les enfants se mettent à haïr ces parents ratés, désormais plus dignes d’aucun respect.

                Une révolution d’après la Grande Crise qui n’aurait induit que cette seule fin de l’état de chômeur, aurait été tout de même utile. Pourtant, la plupart des intellectuels ont refusé jusqu’au bout toute idée d’abolition de la monnaie (autant que les tenants d’un libéralisme pur et dur). Le capitalisme ne peut résister à l’effondrement du pouvoir d’achat sans lequel il n’y a plus de marché. Une humanité fonctionnant avec une poignée de travailleurs et une armée de robots ne peut plus être capitaliste… Cette impasse de plus dans le concert des contradictions structurelles est restée sous silence, la recherche d’alternatives comblant sans cesse la prise en compte de la réalité… 

                Le mot chômage a presque disparu et ne subsiste que sous la forme du mot argotique chômeur, qualifiant celui qui ne sait pas comment utiliser son temps.

 

Civilisation : A la fin de l’Ancien Régime, le risque d’effondrement a entraîné les intellectuels dans des débats sans fin sur cette notion de civilisation, chacun lui donnant un sens et un fondement différent. Pour l’écrivain américain Antonio García Martinez, “quand la société perd foi en un mythe fondateur sain, elle dégringole dans le chaos”. Pour le philosophe français Michel Onfray, c’est le modèle judéo-chrétien qui est en cause dans son livre “Décadence” (irruption de l’islamisme et errements du christianisme). Même le président turc Erdogan, lors d’une réunion du Conseil International des Civilisations, en octobre 2017, déclarait : “Négliger la croyance et la solidarité sociale ne veux pas dire être civilisée. Dans notre civilisation, l’être humain est la plus honorable des créatures…” Après avoir fait emprisonner et torturer des milliers d’opposants, de journalistes, d’enseignants, le propos ne manquait pas de sel !

                Le débat pris une tournure inattendue lors de la Grande Crise. Face aux urgences qui se mettaient en lumière jour après jour, la notion classique de civilisation s’est effritée sous les coups de boutoir portés au système monétaire. Les historiens s’aperçurent ainsi que depuis des siècles, ils parlaient de la “civilisation gréco-romaine” comme un tout allant de soi. Or les discussions sur l’argent et ses usages contraignaient les penseurs à reposer toute certitude comme hypothèse à infirmer ou confirmer. Qu’était-ce cette civilisation grecque, sinon une volonté démocratique, un individualisme forcené canalisé par la Cité, une liberté de mœurs unique, un amour de l’art et de la dispute philosophique, une propension au plaisir et au divertissement… Qu’était en revanche la civilisation romaine, sinon une soif de pouvoir, un expansionnisme sans limite, le rêve d’un Empire régnant sur tout le monde connu, la barbarie des jeux du cirque, la dépravation des élites, le discours magistral des philosophes, la négation de toute altérité… Le jour et la nuit. Les Romains ne s’y sont pas trompés en rasant des dizaines de cités florissantes, en brulant les livres des poètes et philosophes, en tuant des milliers de ces Grecs par trop indépendants ! Comment a-t-on pu associer dans un même concept deux visions du monde aussi différentes, deux arts de vivre antinomiques, deux types de rapports entre l’individuel et le collectif aussi contradictoires ? Certes, l’Histoire a toujours été écrite par les vainqueurs et les Romains avaient écrasé les cités grecques. Mais les historiens modernes auraient pu repenser cette frauduleuse association gréco-romaine. Ils ne l’ont fait, chose étonnante, qu’à partir d’une réflexion sur l’argent.

                Poser le problème de l’argent en tant qu’argent a eu l’effet d’analyser son poids sur la définition même de l’homme, de la vie sociale, de la hiérarchie, du pouvoir, de la valeur. D’un coup, apparaissait la divergence fondamentale qu’il y avait entre les deux civilisations rassemblées en une seule et même entité. Certes, l’argent était présent chez les Grecs comme chez les Romains, mais avec des nuances, des pratiques et des règles aussi différentes que celles qui distingueraient le néolibéralisme sauvage et l’économie sociale et solidaire. Sans l’amalgame entre les deux entités, il aurait fallu choisir et, sans aucun doute, l’abolition de la monnaie eut été initiée quelques siècles plus tôt. Les Romains ont pris le pouvoir en amalgamant l’antidote grec. Les Grecs eussent gagné cette guerre idéologique, l’économie sociale aurait accompagné les révolutions, américaine et française. La coopération aurait pris le pas sur la concurrence, la répartition sur l’accaparement, le bien commun sur le profit. Il serait resté les tares structurelles de l’argent (son inévitable condensation, ses liens avec le pouvoir, sa nécessité de créer des pénuries pour augmenter les profits, etc.). Mais ces tares seraient apparues bien plus vite, d’autres civilisations, dites premières, auraient servi de catalyseurs pour imaginer comment en sortir au lieu d’être éradiquées pour motif de “sauvagerie” !            

 

Clastres Pierre : 1934-1977, anthropologue. Sa principale thèse explique que les sociétés primitives ne sont pas des sociétés qui n'auraient pas encore découvert le pouvoir et l'État, mais au contraire des sociétés construites pour éviter que l'État n'apparaisse. (“La Société contre l'Etat”, Paris, Editions de Minuit, 2011) Cette thèse ne manquait pas d’intérêt. Elle n’idéalisait pas ces sociétés dites primitives et leur laisse leur part d’ombre et de désordres. Elle soulignait seulement que d’autres choix fondamentaux étaient possibles, qu’il pouvait parfaitement être envisagé une évolution, un progrès, une construction sociale sophistiquée, sans État, sans argent, sans échanges marchands, sans classes. Trop souvent assimilées à des économies de survie, certaines de ces sociétés ont organisé une abondance, donc une vraie production et des réserves, elles ont été capables de développer des technologies, mais se sont refusées à se soumettre comme nous à un pouvoir, à des obligations sociales de croissance, à la recherche constante de richesse. Les valeurs qui ont soutenu nos civilisations modernes auraient pu être toutes autres…       

 

Climat : La grande peur du début du 21e siècle ! Bien d’autres sujets auraient pu susciter pareil émoi mais tout s’est reporté sur le climat, sans doute parce que dès 2014, l’OMM (Organisation Météorologique Mondial) annonçait au congrès de Montréal  des turbulences aériennes accrues, des épisodes polaires et des caniculaires toujours plus extrêmes, des vagues géantes dans les océans, etc. Les conséquences annoncées étaient un accroissement considérable des migrations, la destruction de milliers d’écosystèmes et d’espèces, des catastrophes naturelles au coût impossible à prévoir… C’était la première fois qu’une majorité de scientifiques disait que le phénomène était d’ores et déjà irréversible et incontrôlable, ne laissant comme seul choix l’adaptation ou la disparition.

                Pourtant, la solution d’une désargence ne fut pas suggérée une seule fois. La grande inquiétude était relative au transport maritime sans lequel l’économie mondiale s’effondrerait. Or, des vagues énormes (plus de 40m de hauteur) était déjà observées et signalés par les marins, alors qu’avant, celles de 20m étaient exceptionnelles. Mais l’homme ne réagit qu’à ce qui lui est immédiatement perceptible et le touche personnellement, quand le bateau qu’il a financé à grand frais disparaît sous une vague ou que l’une d’elle dévaste son rivage et sa résidence secondaire !

                La question du dérèglement climatique étant la plus visible et la plus immédiate, aurait pu contraindre les esprits à élargir le champ des possibles solutions. Mais les élites ont fait preuve d’une inhibition théorique et conceptuelle qui  ne s’explique que par un manque d’audace, une incapacité à rechercher des solutions qui, a priori, heurtait le sens commun. La monnaie et l’échange marchand étaient trop anciens et trop prégnants en tout domaine pour que leur remise en cause ne heurte pas profondément le sens commun… 

 

Climatisation : Dans la deuxième décennie du XXI° siècle, le refroidissement des maisons, des bureaux, des lieux publics (la climatisation) est devenu l’exemple type de l’absurdité économique. En effet, plus le réchauffement de la planète était sensible, plus le marché des climatiseurs augmentait (20% par an). Or, la consommation électrique de ces appareils, pour les seuls USA, équivalait en 2018 à la consommation d’électricité de toute l’Afrique. La climatisation des voitures correspondait à 32 milliards de litres de pétrole. Cette débauche d’énergie augmentait le réchauffement qui augmentait la consommation des climatiseurs, qui augmentait… La seule parade trouvée par les technocrates était “la transition écologique”, rideau de fumée complètement inopérant mais laissant croire que des solutions existaient !

                Beaucoup se sont interrogés sur le cas du Koweit qui, dès l’été 2016 a battu le recours mondial de chaleur jamais enregistré (54 °C le 22 juillet). En 2018, une nouvelle alerte a été donnée par une température dépassant 43° sans interruption pendant plus de 24 heures. Or, on savait déjà qu’une telle chaleur sans période de refroidissement était létale en quelques heures. Le corps cherche à refroidir la peau en détournant le sang vers les capillaires, rationnant les autres organes vitaux. Il était donc déjà évident en 2018 que le Koweit ne serait pas viable sans climatisation. Cela n’a pas empêché les architectes d’y construire des gratte-ciels en verre, de créer des banlieues étendues reliées par autoroutes, tout ce qu’il aurait fallu éviter.

                Le pire c’est que l’urbanisme traditionnel du Moyen-Orient avait toutes les bonnes recettes : des bâtiments de deux ou trois étages densément construits, avec des rues étroites, des venelles et des cours intérieures, érigés en bois et en pierre, une architecture cultivant l’ombre et la circulation d’air ! L’expérience et le bon sens n’a pas servi aux koweitiens, leur erreur n’a pas été entendue par les autres nations. On a partout habitué les gens à des climatisations à 20° ! Ce genre d’erreur, aussi stupide que d’ouvrir plus grand le robinet quand la baignoire déborde, n’a pas ému grand monde…     

 

Code Hammourabi : Cette stèle de basalte a été érigée par le roi Hammurabi de Babylone (1792-1750 av. J.-C.) probablement à Sippar (nord-ouest de l’Irak), la ville du dieu-soleil Shamash, divinité de la Justice. Deux compositions juridiques sumériennes, celles du roi Ur-Namma d'Ur (vers 2100 av. J.-C.) et de Lipit-Ishtar d'Isin (vers 1930 av. J.-C.), précèdent l'œuvre de Hammurabi. Près de trois cents lois ou décisions de justice, se référant à la réglementation de la vie quotidienne dans le royaume de Babylone, sont inscrites sur cette stèle.

                Ces lois, les plus anciennes que nous connaissions, n’échappe pas à l’échange marchand. On y retrouve en effet tous les effets pervers de cet “outil neutre”, ce qui pose la question du peu de réflexion que la découverte de la stèle d’Hammurabi a suscité. L’occasion était unique de différencier des tares structurelles de l’argent qu’aucun aménagement de peut éradiquer, des erreurs de parcours qu’une régulation législative corrige. Occasion perdue comme tant d’autres…

    

Collaboratif : Ce vocable est devenu à la mode à la fin de la deuxième décennie du siècle. On a vu fleurir l’économie collaborative, l’atelier collaboratif, l’éducation collaborative, l’écologie collaborative… Mise à toutes les sauces, sans définition précise, sans fondements théoriques, cette notion répondait à nombre d’aspirations et semblait destinée à façonner le monde de demain.

                On peut voir trois raisons à cette vogue. La crise du modèle productiviste invitait à prendre en main, chacun à son échelle, une part de plus en plus grande de nos existences. Ensuite, plus personne n’attendait, de l’État, des partis politiques, des élites, la proposition d’un projet visionnaire ou ambitieux. Enfin, les développements technologiques ont facilité cette appropriation du quotidien. Les propositions les plus diverses se sont multipliées, se sont mises à bouillonner, à repousser les frontières du monde capitaliste. Du Fab-Labs au covoiturage, de l’échange de savoirs à la mise en commun des outils, de l’habitat partagés à la gestion commune des Amaps et des unités de productions, il devint difficile de faire le tri.

                En outre, la sphère marchande qui depuis longtemps savait faire feu de tout bois, s’est engouffrée dans le flou de l’espace collaboratif. Le Bon Coin, eBay, BlaBlaCar, Airbnb, Uber, couchsurfing, Zilok…,  nombreux sont ceux qui ont habillé leur commerce bien classique des oripeaux collaboratifs.  Très vite, sont apparues les dérives que l’on avait déjà connues  au siècle précédent (une coopérative paysanne devenir une banque rapace, un Crédit Agricole, une Ruche devenant le champion de la grande distribution, l’empire Carrefour…). Le Bon coin créé en 2006 pour favoriser des échanges d’objets d’occasion est devenu capitaliste dès 2014, avec des centaines de salariés, 150 millions de chiffres d’affaires, plus d’un millions d’annonces par jour…

                L’économie collaborative est devenue une économie de l’attente (attente de la reprise, du plein emploi), de la survie (en vendant son vélo pour boucler une fin de mois), très souvent une économie dans laquelle le consommateur est un travailleur qui s’ignore, où le client est le véritable produit ! Il a fallu le grand basculement dans la désargence pour que le tri se fasse, pour que le mot collaboratif prenne enfin un sens précis et se réfère à un réel partage…

 

Comités de conciliation : Dès l’abolition de l’argent, ces comités ont fait leur apparition pour régler les conflits d’intérêts et les divergences de vues entre individus, communautés, régions ou pays. Ces institutions temporaires, créées pour un unique conflit et dissoutes aussitôt le règlement du conflit, conduites par des volontaires ou des personnes tirées au sort selon les régions, sans pouvoir coercitifs mais investies d’une haute autorité morale, n’avait pas d’équivalent dans l’Ancien Régime, sauf peut-être au niveau de la “Justice de Paix” qui a fonctionné en France jusqu’en 1958.

                Cette Justice de Paix avait pour fonction de régler les conflits mineurs avant qu’ils ne soient portés devant la justice ordinaire. Les juges étaient élus sur la base d’une notoriété, sans qualification professionnelle particulière et ont prouvé leur efficacité. La Justice de Paix a toujours été perçue comme simple, rapide, gratuite et équitable, ne serait-ce que par sa proximité avec les assujettis (il y avait un juge de paix par canton). Leur suppression a été motivée autant par la folie centralisatrice de la deuxième moitié du XX° siècle que par la complexification constante des procédures, et n’a jamais pu être remise en œuvre malgré les demandes régulières des citoyens et d’une partie de la magistrature en surcharge de travail.

                Quand la justice d’État a été complètement désorganisée par l’affaiblissement du pouvoir central et la fin du salariat, on s’est de nouveau intéressé à cette justice de paix qui avait laissé dans les archives départementales des milliers de registres de débats, d’enquêtes, de commentaires divers. Une mine d’information vite ressortie par les archivistes et historiens quand les premiers conflits hors système monétaires sont apparus. On s’est vite rendu compte qu’il n’y avait pas de différence fondamentale entre le conflit de deux voisins pour une banale question de nuisance sonore, et le conflit entre deux pays qui revendiquaient un même territoire ou l’accès à une même ressource. La seule différence était quantitative (deux plaignants ou des millions), dans la complexité du litige (dépendant d’une histoire, d’une culture, d’une longue tradition guerrière, etc.) Dans le premier cas, un seul juge de paix pouvait régler la question pendante en quelques minutes, dans le second cas, il fallait réunir un aréopage de spécialistes, de représentants choisis par une partie et acceptés par l’autre, et débattre des mois durant.

                L’expérience a prouvé qu’aucun conflit n’existe qui ne puisse être résolu par la négociation, que la justice pouvait être rendue sans pouvoir pénal, que la réparation autant que la répression entravait la justice alors que la conciliation pérennisait les jugements de justice…   

 

Commerce : Le mot commerce désigne les relations entre deux personnes. On parle d’untel qui est d’un commerce agréable, du commerce douteux de celui qui tente d’embrouiller son voisin… Sous l’Ancien Régime le commerce était l’activité consistant en l’achat, la vente, l’échange ou la location de marchandises. Tout étant marchandisé, c’était l’activité principale de l’humanité contrainte de payer le moindre bien, même vital, donc de gagner l’argent nécessaire.

                Il y avait bien dans le commerce marchand une relation sociale qui s’établissait. Nous pouvions avoir des relations amicales avec le boulanger qui nous vendait son pain, avoir même une totale confiance dans la qualité de sa prestation. Mais dès que cette relation se limitait à la seule dimension commerçant-client, il ne pouvait y avoir d’échange “gagnant-gagnant”. Soit le client marchandait et compliquait la vie du commerçant, soit celui-ci augmentait ses marges indument et nuisait à son client. Quant aux relations commerciales à distance, sans contact physique (la vente en ligne par exemple ou l’achat d’un objet dans une grande surface anonyme), tous les coups y étaient permis…

                Il y eu jadis fort peu de réflexion de fond sur la relation commerciale et la loi, les règlements ont remplacé l’éthique. En somme, tout ce qui n’était pas interdit devenait moral. Deux magasins identiques et proches étaient logiquement en concurrence, au point que l’un des deux pouvait disparaître, faire faillite, perdre à la fois sa source de revenus et sa raison sociale. Il suffisait que le gagnant n’ait pas eu l’intention avérée de nuire à son concurrent pour que nul n’y voie le moindre mal. Le plus habile, le plus entreprenant éliminait l’autre dans un jeu légal donc légitime. La plupart des commerçants qui un jour se sont trouvés ainsi en situation d’exclure le voisin auraient même été scandalisés qu’on leur en tienne rigueur et aucun n’en acceptait la responsabilité. Le coupable était toujours celui qui n’avait pas su gagner la bataille.

                Le système économique que l’on a appelé néolibéralisme a porté ce jeu cruel au rang de vertu cardinale et de loi naturelle. La concurrence devait être libre, non faussée par les règles et les usages. Que le meilleur gagne et la société en sera plus forte…    

     

 

            

   

 

 

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