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Désargence.over-blog.com

Les voix de la science...

26 Novembre 2019, 10:41am

                Le fait que 15 000 scientifiques, de 184 pays, issus des spécialités les plus diverses, aient publié un article commun dans la revue BioSciences en novembre 2017 n’est pas anodin. Il s’agit bien plus d’un cri d’alarme que de recommandations : “L’humanité  est en voie de pousser les  écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie”. Un peu plus loin : “Pour  éviter  une  misère  généralisée  et  une perte catastrophique de biodiversité, l’humanité doit adopter une alternative plus durable écologiquement  que  la  pratique  qui  est  la sienne aujourd’hui”… C’est sans doute la première fois qu’une telle proportion de la classe scientifique suggère un effondrement global, annonce l’irréversibilité prochaine de quantité de problèmes et donc la nécessité d’un changement profond de la société. La biodiversité, singulièrement en ce qui concerne les invertébrés, est proche de l’irréversibilité, avec la disparition de près de 80% des espèces ! Une espèce qui disparaît ne peut plus se reconstituer. Quand il s’agit d’espèces pollinisatrices, c’est une part essentielle de l’agriculture qui est en danger. Or, ni la main d’œuvre humaine ni la technologie (drones pollinisateurs par exemples) ne seront aussi efficaces que les abeilles.

                Il peut paraître étrange que tant de scientifiques, d’horizons si divers, n’arrivent pas à se faire entendre et fasse moins de tapage médiatique que la petite Greta Thunberg. Seraient-ils plus dangereux que tous ces jeunes qui manifestent leur peur de l’avenir chaque vendredi ? Leurs analyses remettraient-elles en cause notre civilisation à un point tel qu’ils en deviendraient inaudibles ? Nos élites préfèreraient-elles le suicide collectif à l’abandon de leur doxa ? Sur ce dernier point, sans aucun doute : admettre que l’on a construit, sa vie, ses combats, sa notoriété, sa richesse, sur des erreurs, sur des contre-vérités, sur du vent, semble si difficile que la plupart préfèrent tordre la réalité plutôt que de reconnaître qu’ils ont eu tort. La révolution mentale qu’implique l’actualité environnementale est impensable pour beaucoup, surtout pour ceux qui étaient aux commandes et en tiraient la reconnaissance sociale et beaucoup d’estime de soi.

                Les élites ne sont pas les seuls dans ce cas. Demandez à un ouvrier syndicaliste qui s’est battu pendant quarante ans pour le pouvoir d’achat d’admettre qu’il s’est trompé de cible et qu’il aurait fallu lutter pour la fin du salariat ; à un commerçant qui s’est honnêtement battu toute sa vie pour son “service” qu’il aurait fallu bien plus tôt éradiquer tout échange marchand.  Impossible, inaudible, scandaleux propos… Surtout ne changeons rien, aménageons, régulons, polluons avec modération, inventons des insecticides propres, des voitures sans gaz d’échappement…, n’importe quoi pourvu que ma vie entière ne soit pas synonyme d’un immense gâchis !

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