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Les décroissants sont-ils des idiots-économiques ?

29 Novembre 2019, 11:38am

Billet invité : Marc Chinal (collectif Voter AM)

 

 

     Inutile de monter sur ses grands chevaux ou sur son poney, il s'agit de creuser la question économique, cette fameuse question qui « prend la tête » comme on dit dès qu'un gros effort nous est demandé. Mais il est fondamental de répondre à cette question afin de ne plus avoir à accuser l'autre d'être la source de ses problèmes.
     La décroissance des consommations ? Une évidence en sachant que la planète a des ressources limitées en eau potable, en terres, en ressources non métalliques, en énergies fossiles et minérales, etc.
Mais une décroissance des consommations, c'est aussi une décroissance du nombre d'emploi car un
produit non acheté est un produit qui n'a plus besoin d'être fabriqué. S'il n'est plus fabriqué, que devient l'artisan, l'ouvrier, les personnes intervenant dans sa production ? Chômage ? Recyclage ?
     Se recycler dans la fabrication de quel produit ou quel service ? On ne peut pas éternellement réinventer la lune et créer des besoins nouveaux.
Il est vrai qu'il y a des secteurs où il y a des déficits de production, comme par exemple certains services à la personne, les services publics qui disparaissent, etc. Mais si ces services disparaissent, c'est qu'ils ne
sont pas rentables, pas finançable. Pourquoi chercher à être rentable ?

     Là, on commence à toucher au cœur du système, non pas capitaliste, mais monétaire.
Précision : pourquoi je parle de système monétaire plutôt que capitaliste ? Parce que tous les systèmes qui ont utilisés de la monnaie, échouent à faire une société harmonieuse, qu'ils soient étiquetés capitalistes ou communistes. N'oublions pas que le « capital » commence dans notre poche avec la monnaie qu'on donne à tel fournisseur plutôt qu'à tel autre. Lorsque l'un de ces fournisseurs est « méchant », on en choisit un autre, mais lorsque les deux sont « respectables », respectent environnement et condition humaine, notre
choix se traduit par « qui vais-je faire mourir économiquement ? »
     Le statut de Consom-acteur permet de résoudre des problèmes de philosophie (de se sentir mieux en
achetant), pas de résoudre les problèmes économiques au sein d'un système monétaire : il faudra toujours choisir un des marchands de salades plutôt qu'un autre. Quant aux systèmes communistes, s'ils continuaient à utiliser de la monnaie, ce n'est pas un hasard. En
maintenant l'utilisation de cette outil, vous maintenez le même principe de « non-accès » lorsque vous n'avez pas de monnaie, la même dictature de la part de celui qui fournit la monnaie.
Encore plus précisément, parlons du système monétiste (qui oblige à l'utilisation de monnaie) et non pas de monétaire, qui donne l'impression que cet outil est réformable, soignable, voir multiformes.
Quel est le socle unique de toute monnaie ?
     Qu'elle soit monnaie papier, monnaie métallique, monnaie immatérielle, crypto-monnaie (bitcoin),
monnaie dette, la monnaie est un outil d'échange.
Or on n'échange pas ses biens ou services contre du vent, contre des feuilles d'arbres. La monnaie n'a de
valeur que parce qu'elle est utile et suffisamment rare.
     Seulement voilà : certains ont propagé l'idée que la monnaie n'a pas de valeur en soi », en faisant le
parallèle entre « valeur du papier » ou valeur du bit électronique, et valeur de l'unité monétaire.
Pourquoi ne pas créer autant de billets qu'on a de besoins ? Parce que payer avec une planche à billet (billets physiques ou version électronique) ne fonctionne qu'un temps très court, le temps de se rendre compte qu'on échange ses biens et services contre des feuilles d'arbre. Et après de cette prise de conscience, le système s'écroule. Les dirigeants du Venezuela et bien d'autres avant ont fait cette même erreur : oublier que la monnaie doit être suffisamment pour être utilisable. Même les bitcoins et autres monnaies cryptées non soumises aux « méchants banquiers » « méchants monde financier » ou « méchants gouvernements », n'échappent pas à cet ordre absolu de « rareté relative » et d'utilité.
     Si personne ne s'en sert, ces monnaies meurent, ne valent rien ; si elles sont rares et demandées elles
prennent de la valeur, une valeur intrinsèque.
Encore une précision : qu'est-ce qu'une rareté relative ? Est ce un point précis ? Non, il n'y a pas de point précis. C'est juste un équilibre qui se rompt lorsqu'il y a trop de monnaie sur un marché : les prix augmentent (la valeur de l'unité monétaire baisse, donc il faut plus d'unités monétaires pour avoir la même chose en échange) et cet équilibre se rompt également s'il n'y a pas assez de monnaie sur un marché : les prix chutent (la valeur de l'unité monétaire augmente, donc il a moins besoin d'unités monétaires pour avoir la même chose en échange). Au passage, ces concepts ne sont pas enseignés à chaque citoyen, et faute de ces bases, l'enfumage tout azimute explose, que ce soit en politique, en économie, en art de vivre, etc !

     Revenons à cette rareté relative... Qu'en penser ? Concept un peu bizarre pour ne pas dire loufoque vu que les citoyens entendent parler de centaines de milliards, de milliards de milliards d'euros, de dollars ! Donc l'argent ne manque pas ! Sauf que l'argent (la monnaie), on doit apprécier sa quantité en fonction du marché à analyser, en fonction du marché où il est présent.
     Lorsque les « riches » deviennent plus riches, ont plus de monnaie, les mêmes principes de rareté relative s'appliquent : les biens d'exceptions (que seuls les riches peuvent se payer) voient leur prix s'envoler : Inflation ! Mais cette inflation ne touche pas les autres marchés. Ainsi, le prix des carottes ne dépendant pas du même marché, même si les riches mangent aussi des carottes; ce prix n'augmentera pas même si les riches sont toujours plus riches.
La monnaie est-elle « juste un moyen » ?
     On entend souvent : « l'argent existe ! Il est juste pas dans nos poches ! » Et bien si l'argent était «équitablement réparti » (la notion de l'équitable peut entraîner là encore un débat très long, prenons juste l'idée « ne manquer de rien »), et bien le prix des carottes augmenterait parce que « plus de monnaie pour tous » engendre « des prix plus élevés » pour tous. (relire le passage sur
l'inflation).
     Et au final, en croyant résoudre le problème de la misère (du non-accès) en donnant plus d'argent à
chacun, on ne fait que rester prisonniers de l'équation monétiste. (monétiste : qui oblige à utiliser de la monnaie).
Pas convaincu ?
     Prenons un exemple parmi des milliers : les APL.
Cet argent mieux réparti (Aide Personnalisée au Logement) est sensée empêcher le non-accès pour raison monétaire. Plus d'argent pour tous ! (ou presque). Résultat ? Les prix ont augmentés et il y a toujours autant de problèmes liés au mal logement. L'inflation sur ce marché de l'immobilier est entre autre, soutenu par cette répartition « équitable » de monnaie. Les dindons (nous) se font toujours avoir par la même farce (l'idée de soigner les problèmes créés par l'argent avec... de l'argent).
     Mais revenons une fois de plus sur ce fondement obligatoire de toute monnaie : la notion de rareté
relative. La monnaie est un outil d'échange, mais aussi et obligatoirement d'exclusion : vous en avez, vous êtes libre, vous n'en avez pas, vous ne pouvez pas avoir accès...
    Et comme cet outil est relativement rare, que tout le monde ne peut pas en avoir suffisamment, la misère est obligatoire. Vouloir résoudre la misère avec un outil qui génère la misère, tient malheureusement de la débilité.
     Cherchons un contre exemple : Lors des 30 glorieuses, on avait tous du travail, tous accès à ce qu'on voulait ! Et pourtant on utilisait de la
monnaie ! Oui, mais encore une fois, tout n'est que question de « prise en compte correcte de l'étendue du marché ». Dans le cas des 30 glorieuses, on doit prendre en compte la globalité du marché, c'est à dire prendre l'échelle mondiale. Or, quand est-ce que les 30 glorieuses ont commencé à disparaître ? Lors des crises pétrolières, autrement dit, au moment où il a fallu payer le pétrole à un « plus juste prix ».
     Pendant les 30 glorieuses il n'y avait pas de « pauvreté et de misère » ? (admettons même si là encore on peut déjà répondre « balivernes ! »). Et bien c'est simplement parce qu'on « exportait » notre misère chez les voisins ! Ceux chez qui on pillait les ressources et on sous payait le travail!
     Et à l'heure actuelle ? C'est pareil ! L'Allemagne est-il un modèle de « réussite économique » ?
En regardant de plus près, toute la robotique et la performance des industries allemandes, exportent le
chômage dans les pays étrangers où sont vendus leurs produits. Idem pour le Japon.
     D'où l'intérêt pour effectuer une bonne analyse, de prendre en considération « l'étendue correcte du
marché » et pas seulement celui autour de notre nombril ou à portée de regard. Au passage, n'oublions pas que la mondialisation existe depuis que quelqu'un est allé acheter loin un objet, pour le revendre avec bénéfice, ici. Ce principe commercial a plus d'un millier d'années, alors inutile d'accuser ce principe dans le monde actuel en le faisant passer pour une nouveauté. Dans un monde monétaire, pour que l'un gagne, il faut qu'un autre perde car la même pièce de monnaie ne peut pas être dans deux poches au même moment.
      Et si on inventait un monde monétaire où on ne serait pas obligé de faire des bénéfices ? Idée géniale ! Sauf que la monnaie reste un outil qui doit être suffisamment rare, donc il faut avoir moins de sorties monétaires (moins de charges) que de rentrée monétaires (avoir un chiffre d'affaires supérieur aux charges), sinon, on vit sur le dos de quelqu'un (à crédit / que ce soit d'un méchant voisin qui vous prête de l'argent ou sur le dos des générations futures). La recherche de bénéfices est obligatoire dans un système monétaire, car c'est là que se situe notre « salaire ».
      Peut-on alors atteindre un point d'équilibre ? Ni bénéfice, ni déficit ? Difficile de savoir à l'avance si un produit va se vendre et si on va amortir les coûts de production... On pourrait prendre « tout » à partir d'un certain seuil... Mais cela équivaut à sanctionner la réussite, à démotiver de prendre des risques et de créer de l'activité. Le système monétaire au sein d'un système communiste entraîne un marasme. Qui plus est, l'envie de tricher, la jalousie, le pouvoir d'exclure, reste toujours là, puisque l'utilisation de monnaie souffle sur ces braises...
     Et tant qu'on restera dans un système où l'accès se fait par la monnaie, avoir plus de monnaie assure
mieux notre survie, donc on est naturellement poussé à faire de l'accumulation par prévoyance, pour soi ou ses enfants. Cette accumulation recrée un pouvoir et..., etc. Sans oublier que l'accumulation permet d'acheter des biens qui coûtent cher, comme par exemple sa maison... Prendre tout au dessus d'un certain seul finit par engendre exactement l'inverse de ce que l'on voulait : condamner les pauvres à rester pauvres, sans espoir. Mais ne perdons pas courage, il existe sûrement une solution pour sauver le système monétaire !

     Notons que cela fait plus de 3000 ans que les humains de bonne volonté essayent de faire mieux, 3000 ans qu'ils échouent (généralement parce que le voisin est un saligot et pas nous, bien entendu), mais qu'ils continuent à se croire plus intelligent que leurs aïeux, et tel Sisyphe, ils continuent à faire rouler leurs rondelles métalliques espérant qu'avec eux au pouvoir, le résultat sera différent ! En toute modestie bien évidemment.
     Et si on utilisait une nouvelle sémantique et un nouveau concept ? L'économie circulaire ! Une économie qui fait croire à éternité, à l'équilibre, le tout dans le respect de chacun. Sauf que parfois, il n'y a pas d'activité parce qu'on ne fait plus d'objets à durée de vie volontairement courte. Or ce manque d'activité fait disparaître du salaire, et sans salaire, pas de vie possible au sein d'un système monétaire.
Sauf que chacun a des besoins différents, des consommations différentes suivant les moments, et que le « cercle vertueux » de l'économie monétaire, devra grossir et diminuer en fonction des offres et des demandes. Grossir, ça veut dire produire plus, recruter ou robotiser, diminuer ça veut dire virer des
producteurs ou faire le dos rond pendant « la crise » en s'endettant. Mais un manque de consommation, ça veut dire moins de taxes et par conséquent, moins de financement pour les services publics. Et c'est reparti pour un tour à se tirer dessus pour des raisons purement liée à notre utilisation de monnaie.
        Et si on parlait de « la croissance, une obligation dans un système monétaire » ? Pourquoi est-ce obligatoire ? Pour rembourser les dettes qui s'accompagnent d'un taux d'intérêt. Ce surplus à « produire » qu'est la somme des intérêts, nécessite de « dégager plus de fric », c'est à dire... de croître économiquement, d'augmenter son chiffre d'affaires, d'augmenter la consommation des acteurs.
     Le problème viendrait donc du taux d'intérêt des dettes, qu'elles soient privées ou publiques ?
Alors... pas de taux d'intérêt ? Vous souvenez-vous de la crise des Subprimes ? Elle trouve sa source dans « les crédits presque gratuits » qui ont ensuite généré une inflation de l'immobilier (normal puisqu'il y a un afflux de monnaie sur le
marché) , une bulle, qui ensuite explose au moindre toussotement. Devons nous faire comme « dans les pays musulmans » avec interdiction de « demander des intérêts » ? Ne nous leurrons pas, les musulmans ont remplacé le taux d'intérêt par un contrat commercial où l'emprunteur devra à la fin du remboursement, payer plus cher son bien. Acheter plus cher le bien qu'on a acheté en petits morceaux chaque mois. Et au final, exactement les mêmes conséquences : la croissance est obligatoire dans un système monétaire, sous peine de s'effondrer et d'être inutilisable.
     Ha si seulement tous les hommes de bonne volonté voulaient bien se tenir la main au lieu de tenir leur porte feuille en regardant celui du voisin...
J'ai oublié de vous parler du « facteur humain ». Vous savez, ce facteur qui fait que l'intelligence et la
conscience ne sont pas à l'adresse indiquée. Alors, misons tout sur l'éducation !
     Sauf que le système monétaire nous oblige à avoir de la monnaie à la fin du mois pour avoir le droit de vivre. Et cette monnaie restant relativement rare, on développe notre intelligence pour prendre le chiffre d'affaires du voisin (ou son job si vous préférez). Au final, dans une société monétaire, même avec uniquement des êtres intelligents, vous aurez droit à une société « inhumaine », qui laisse sur le carreau les moins roublards, les moins intelligents des intelligents...
      Alors que faire ? Depuis le début, ce qui « sauve » les systèmes monétaires des révoltes liées aux misères, c'est la charité, autrement dit le don, autrement dit encore : l'accès. Et si cette « accès » était généralisé ? Le monde s'écroulerait ? Le monde sur-consommerait ?

     Il y a tant à dire, à réfléchir, comprendre que l'abondance sereine, ce n'est pas la sur-consommation du monde actuel. Comprendre que l'humanité adolescente doit devenir adulte... Etc.
Se pose alors la question de la « radicalité » (radicalité ne voulant pas dire violence, loin de là).
Amoindrir l'omniprésence de la monnaie dans notre société, soigne-il le monde ou est-ce que cela
prolonge les souffrances ?
      Lorsque je donne de l'argent à une association qui prend soin de la nature, des animaux, des humains, lorsque je participe à « l'économie solidaire », dans un premier temps je me sens plus en harmonie, je me sens utile, mais en réalité, je nourris l'esclavage monétaire, j'entretiens le principe de manque de budget, je cultive l'idée qu'en restant dans ce système de guerre commerciale, cela peut s'arranger, oubliant que les mêmes causes produisent les mêmes effets.
     Et les effets sont là : jamais l'humanité n'a autant détruit les espèces, empoisonné l'eau, la terre, l'air,
qu'actuellement. Ce, malgré la mode actuelle de « faire attention », car au final ce qui prime sera toujours la rotation monétaire, et nous sommes de plus en plus nombreux à être dans cette danse.
Le climat doit être protégé mais qui veut/peut arrêter d'utiliser du pétrole ? Le pétrole c'est rentable, et ça rapporte des taxes nécessaires aux Etats. Et la nature a le bon goût de ne pas établir de facture, alors on la pille, on l'empoisonne.
STOP !
     Un peu d'espoir : les pires barrières sont celles que l'on se construit dans sa tête. Et ces barrières se
détruisent de manière constructives, en commençant par se poser des questions : Que ferait un soldat s'il n'était pas payé ? Continuerait-il à aller battre ou tuer son voisin ? Que deviendraient les « maladies orphelines » si la monnaie (et la rentabilité qui va avec) ne gouvernait plus ? Comment se développerait la démocratie directe réelle, si compliquée à mettre en place dans un système
où la gestion des conflits d'intérêts monétaires occupe 98% des lois ? Que deviendrait le stress tueur qui est lié aux impératifs monétaires ? Qui ramassera mes poubelles ? De quoi sont faites mes poubelles ? Qui fera le travail pénible si je ne peux pas me déresponsabiliser avec de la monnaie ?
Oui objecteurs de croissance ou lecteur curieux de ce journal, cela va nous faire mal à nos habitudes,
mais... si la décroissance est une philosophie intelligente, c'est une idiotie en restant dans un système monétaire.
     Alors... ni monnaie, ni troc, ni échange, et prenons le temps de réellement « décoloniser nos imaginaires », comme l'a dit Monsieur Latouche...

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