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Désargence.over-blog.com

Le Quantitative easing

25 Novembre 2019, 15:53pm

                Après la crise de 2008 qui a ébranlé le monde économique, est ressortie l’idée d’un QE (Quantitative easing) qui consiste à faire tourner la planche à billets, à distribuer cette manne à des taux proches de zéro et de relancer ainsi une économie malade. L’idée n’était pas complètement absurde et a fait ses preuves au Japon où elle est appliquée depuis des années. En 2015, la BCE et la FED s’y engagent en espérant contrôler le risque déflationniste. Le QE en tant que rachat massif de titres souverains et privés devait inciter les investisseurs et les particuliers à utiliser des crédits, et par là, de relancer la consommation.

                Cette méthode de relance ressemble bigrement à un procès toxicomaniaque. Les opiacés soignent fort bien l’angoisse, la morphine fait disparaître la douleur, c’est vrai, mais sur un temps limité. Après la phase de complétude vient le manque et le besoin d’une nouvelle dose, d’autant plus impérieux que le remède a été efficace. Chaque dose impliquant une accoutumance, les cycles manque-injection-satiété-manque s’accélèrent, la quantité du produit injecté aussi, jusqu’à l’aboutissement logique, l’overdose. Comparaison n’est pas raison certes, mais tout de même, la métaphore est parlante et correspond bien à la réalité financière du QE.

                D’autre part, si le QE donne une bouffée d’air à l’économie, il en donne à toute l’économie, celle dite réelle et celle dite spéculative. La réalité a montré que les sommes ainsi débloquées par la banque centrale disparaissaient en grande partie dans des fonds de pensions douteux, dans des achats de produits dérivés que plus personne n’est en mesure de contrôler et, in fine, relançait très peu l’économie réelle. La drogue QE n’étant pas censée soigner, mais juste apaiser, les failles systémiques s’aggravent, tout comme les souffrances que le toxicomane pensait éradiquer avec sa drogue. Il est assez prévisible que, tôt ou tard, l’overdose soit à craindre. Quelques économistes en ont admis le risque, dont certains cadres de la BRI, bien placés pour voir les effets de cette politique monétaire.

 

                Ces avertissements n’ont guère d’effets puisqu’il semblerait non seulement que le QE se poursuive, mais qu’on y ajoute son pendant social, le QE4P (en français, le quantitative easing for people !). Des parlementaires européens défendent l’idée d’utiliser le même système mais directement pour les particuliers les plus en difficulté et non plus aux seules banques, avec toujours les mêmes arguments, cela relancera la consommation dans les couches les plus pauvres, par ricochet l’industrie, puis la société entière. Le QE ayant fonctionné, pourquoi n’arriverions nous pas à gérer le QE4P et financer ainsi un revenu de base universel ? Encore un raisonnement de toxicomanes qui, avec une belle unanimité et en dépit de toute expérience, affirment toujours gérer parfaitement leur produit…

                Après tout, l’argent du banquier est bien créé ex nihilo à partir de simples lignes comptables de crédits. Pourquoi les États n’en feraient-ils pas autant, hors budget, pour relancer la consommation de tous les citoyens superflus qu’ils fabriquent ? Certains ont suggéré que le système n’éradiquerait pas la misère, mais la rendrait supportable, du moins pour un temps. Les plus pragmatiques ont approuvé au motif qu’un sous-prolétariat payé pour se taire resterait tout de même un prolétariat potentiel en cas de besoin. Que le QE se prolonge, qu’il soit augmenté d’un QE4P, cela ne résoudra pas l’impasse dans laquelle se débattent les économistes. Rien d’étonnant que les nombreux brûlots économiques qui sont édités (ils sont pléthore) fournissent 9% de savantes analyses et 1% de vagues propositions aussitôt descendues en flammes par les autres auteurs…

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