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Désargence.over-blog.com

L’écologie politique

25 Novembre 2019, 17:09pm

                Toutes les propositions d’écologie politique, de décroissance, d’économie circulaire, symbiotiques sont aussi sympathiques que limitées par l’absence de prise en compte et de remise en cause de l’argent. Il en va de même pour toutes les projections fortes instructives telles le Convivialisme d’Alain Caillé, le Commun de Laval et Dardot, l’Entraide de Pablo Servigne. Dans un cadre capitaliste, même fortement régulé pour lui rendre un visage humain, ces analyses sont aussi séduisantes qu’impuissantes à nous sortir de l’impasse. Elles sont éminemment utiles, ne serait que pour ce qu’elles nous permettent de penser du capitalisme et d’un après capitalisme. Mais que valent-elles dans un monde où un seul financier, tel Georges Soros, est capable de contraindre la livre sterling à dévaluer et d’empocher quelques milliards au passage. Mes amis grecs me parlent des financements énormes que ce Soros investit dans leur pays sur la question macédonienne, pour l’installation pérenne des migrants sur ce territoire… Ses montages financiers sont si opaques que la plupart des bénéficiaires de ses largesses n’ont aucune conscience de l’origine de ces fonds soi-disant humanitaires. Et quand le jeu d’influence est clair au point que toute la presse ait fait état de valises de dollars à destination des parlementaires grecs et macédoniens pour accélérer l’accord, nul n’est capable de décrypter les mobiles exacts de cette “générosité”. Le roi du complot ayant largement contribué à la vulgarisation du complotisme, il a les mains très libres dans ses jeux de déstabilisation ! Que peuvent les Convivialistes, les tenants du Commun dans un tel contexte, d’autant que Soros n’est qu’une figure, médiatisée par lui-même, parmi d’autres plus discrets mais non moins efficaces ? J’ose espérer qu’un jour on ne découvre pas que tel ou tel groupe libertaire, antifa, anti capitaliste, anti-système, anti-tout, a été subventionné en sous-main par Soros au sujet d’un squat de migrants à Exharchia, via des donateurs “au-dessus de tout soupçon”. Les pauvres militants ne s’en remettraient pas !

                Quant à l’écologie elle-même et à ses nombreuses luttes, comment préserver sérieusement une population ou la biodiversité contre la pollution massive d’une usine quelque part, comment sauver une forêt d’un abatage sauvage ; comment réduire l’empreinte carbone et le dérèglement climatique, dans le contexte actuel ? Les multinationales ont tous les moyens d’acheter nos représentants et de les faire légiférer dans le sens qui leur convient. Elles ont l’argument de l’emploi dont elles usent et abusent auprès des gouvernants comme des travailleurs. Elles ont le pouvoir de ruiner un pays en délocalisant. Elles ont un savoir-faire étonnant pour habiller de vert les plus noirs projets. Elles savent parfaitement détourner notre attention sur un détail (les pailles pour boire par exemple) et continuer leurs massacres sur l’essentiel (les déchets de l’informatique par exemple). Elles sont capables d’embrouiller les esprits avec du nucléaire bon pour le climat en oubliant les déchets, la voiture électrique moins polluante en oubliant les batteries, l’éolien industriel en oubliant l’énergie grise qu’elles réclament, etc.

                Il faut se faire à cette idée, le capitalisme n’est pas compatible avec l’écologie. On ne peut intégrer le respect de l’environnement dans un cadre où la réalisation de profits financiers est le prérequis de tout choix politique. On ne peut pas croire que l’effondrement sera adouci et encore moins évité tant que tout reste marchandisé ou marchandisable. Quand Greta Thunberg a interpellé les députés français en juillet 2019, elle leur a dit : “Nous ne vous demandons pas de nous écouter, mais d’agir”. Dans le même temps, les mêmes députés votaient le CETA, traité on ne peut plus écocide ! Même un Ministre de l’écologie ne peut rien y faire (voir la déclaration de Marcel Gauchet, ministre durant un an et qui avouait n’avoir pu agir qu’à la marge, sur des détails) !

                En disant cela, je ne critique pas les militants écologistes, je ne leur conseille pas de rentrer dans le rang. Je leur dis simplement que l’énergie qu’ils déploient, l’inventivité donc ils font preuve, n’est pas à la mesure de l’impasse et de l’urgence qu’elle implique. Il se pose une évidente question de stratégie. Deux voies sont possibles, l’une consistant à mettre en exergue, à chaque instant, sur chaque sujet, que le rapport de force est en faveur du capitalisme, par construction puisqu’il s’appuie sur cela même qui induit le désastre, l’échange marchand, le profit, l’argent. L’autre issue est pour, chacune de ces luttes, de montrer qu’il en serait autrement dans une société fondée sur d’autres paradigmes. Par exemple en expérimentant ce qu’elle pourrait être concrètement (créer un potager bio, personnel ou professionnel est plus efficace que toutes les actions anti-glyphosate), en inventant d’autres modalité de vivre ensemble (dans des ZAD hors structure étatique, sans échanges marchands, sans salariat…), en mettant en place d’autres modes de circulation des biens (grafitéria, marchés et magasins gratuits…), etc. Tout ce qui fait sauter le cadre est bon, tout ce qui préserve le cadre ne peut que rendre le capitalisme supportable et donc repousse sa chute. Mais, de grâce, cessons de croire que nous pourrions changer le monde tant que le capital est roi !   

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